Des poissons rouges dans un sac en plastique

Biodiversité : notre maison se vide et nous regardons (encore) ailleurs

© Raden Eliasar

Les chiffres du dernier rapport du WWF sur la biodiversité sont effrayants. Heureusement, la COP15 dédiée au sujet arrive en décembre…

C’est l’autre crise écologique. Moins connue que le dérèglement climatique, la disparition de la biodiversité — due aux activités humaines — menace de rendre notre planète inhabitable et reste largement ignorée des pouvoirs publics. Elle aussi.

Les résultats de la dernière étude du WWF sont pourtant plus qu’alarmants. Tous les deux ans, l’ONG et la Société zoologique de Londres publient l’Indice Planète Vivante. Cet outil de référence mesure « l’état de santé de la nature (…) en suivant les tendances de l’abondance des mammifères, des poissons, des reptiles, des oiseaux et des amphibiens ». L'indice prend en compte 5 230 espèces de vertébrés, répartis en 32 000 populations d'animaux à travers le monde.

Publiée le 13 octobre, l’édition 2022 fait état d’une chute de 69 % des populations d’animaux sauvages suivies dans le monde entre 1970 et 2018.

« Ce rapport est une alerte rouge pour la planète et donc pour l'humanité. »

Marco Lambertini, directeur général du WWF

C’est en Amérique latine que le déclin est le plus spectaculaire (94 %). Les populations d’espèces d’eau douce ont connu le plus grand déclin à l’échelle mondiale (83 %). Des espèces iconiques comme les tortues luth, lynx, requins, coraux et rainettes sont parmi les plus menacées. En 30 ans, le nombre d'éléphants de forêt africains a ainsi chuté de plus de 86 %. 

Bienvenue dans la 6e extinction de masse 

L’étude permet de mesurer la vitesse à laquelle la biodiversité s’éteint. Même si l’Indice Planète Vivante a été contesté par une étude de 2020 parue dans la revue Nature, il existe un large consensus scientifique : nous vivons une 6e extinction de masse caractérisée par un rythme inédit. Selon l’écologue Philippe Grandcolas, la disparition de ces espèces se fait « 1 000 fois plus vite que lors des crises précédentes ».

En détruisant les habitats naturels de nombreuses espèces, le changement d’utilisation des terres est la plus grande menace. Viennent ensuite l’extraction des ressources (déforestation, surpêche), la pollution (notamment aux pesticides), l’essor vertigineux des transports, et enfin le changement climatique. Mais si nous ne parvenons pas à limiter le réchauffement à 1,5 °C, celui-ci deviendra la principale cause de la disparition de la biodiversité. C’est mal barré pour les rainettes…

Le WWF exhorte donc gouvernements et entreprises à s’engager en faveur du vivant comme ils l'ont fait pour le climat lors de la COP21. La 15e conférence de la Convention des Nations Unies sur la diversité biologique, la COP15, doit justement se dérouler du 5 au 17 décembre à Montréal. Et ses participants ne sont pas très enthousiastes…

Des négociations internationales « compliquées »

L’ambassadrice française pour l’environnement, Sylvie Lemmet, a publiquement reconnu que les négociations en vue d’un tel accord étaient très difficiles. L’une des dernières versions du texte contient près d’un millier de points encore en cours de discussion. La question du financement des mécanismes de protection est la plus débattue.

Madame Lemmet a donné quatre raisons principales à ces difficultés : un contexte international qui ne favorise pas vraiment la coopération, le rôle de la Chine qui l’organise à distance, le peu de pays mobilisés et une « faible ambition générale ».

Faites entrer l’équipe B 

Prévue en Chine il y a deux ans, puis décalée par la pandémie, cette édition se déroule au Canada mais reste sous présidence chinoise. Et celle-ci ne semble de toute façon pas vouloir en faire un événement majeur. Selon des documents officiels, les chefs d’États ne sont tout simplement pas invités ! Même pas une petite session zoom. Le sommet ne réunira que les ministres concernés et les associations conviées. Au mieux, une coûteuse réunion de travail, au pire une COP pour rien.

Aucun des objectifs du précédent accord mondial signé en 2010 au Japon n’a pourtant été atteint. La situation est d’autant plus absurde que cette COP15 se déroule en même temps que la Coupe du Monde de football au Qatar où certains chefs d’États sont attendus malgré le coût écologique et humain de cet évènement.

Si seulement les rainettes avaient une équipe de foot…

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