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DNA Script startup biotech

Vous avez loupé le coche des cryptomonnaies ? Il est encore temps de miser sur l'ADN de synthèse

Le 23 mai 2018

De la production de la prochaine génération d’antibiotiques, jusqu’aux cuirs de synthèse ou à la nourriture in vitro : l'ADN de synthèse est le prochain graal scientifique et économique. Explications de Thomas Ybert, CEO et co-fondateur de DNA Script, qui sera présent à l'édition 2018 de L'Échappée Volée.

Le bâtiment est discret, niché au cœur de l’hôpital Cochin dans le 14e arrondissement de Paris. Pourtant, c'est ici que sont abritées quelques-unes des pépites les plus prometteuses de ces prochaines décennies. Parmi elles DNA Script, une entreprise qui peaufine son savoir-faire en matière de synthèse de l’ADN.

Le marché de l'ADN de synthèse est en plein boom car, depuis quelques années, une révolution est en cours : il devient possible de fabriquer de l’ADN plus rapidement, de manière plus fiable et sans avoir recours à la chimie. C’est précisement ce que fait DNA Script qui a développé une technologie entièrement "naturelle". L’entreprise fabrique des brins d’ADN en cultivant des enzymes, ces protéines que l’on trouve en quantité illimitée dans tous les organismes vivants. L'ADN sert ensuite d'outil pour « réécrire » le code des cellules : celles qui fabriquent de l'alcool peuvent être reprogrammées et produire... de l'essence ! Les enjeux économiques sont faramineux. Énergie, pharmacie, médecine : les secteurs susceptibles d’avoir recours à ce nouvel outil sont nombreux, et les perspectives extrêmement vastes.

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Le couteau suisse du futur

L’équipe composée de chercheurs et chercheuses s’affaire sur les paillasses de l’hôpital Cochin. Pendant ce temps, d’impressionnantes machines ronronnent. Ici elles séparent les molécules pour produire des enzymes. Là elles impriment du code génétique. Thomas Ybert dirige les opérations de ce laboratoire de biologie synthétique. En 2014, après un doctorat à l’école Polytechnique et un passage chez Total en R&D, il co-fonde DNA Script avec Sylvain Gariel, ingénieur des Mines, élu innovateur français de l’année 2017 par le MIT et Xavier Godron, ingénieur également issu du l’école des Mines.

« On voit vraiment l’ADN comme une matière première qui va façonner l’avenir : les nouveaux médicaments, vaccins, diagnostics et aussi les nouveaux matériaux. Ce que l’on produit aujourd’hui par voie chimique, on pourra demain le produire par voie biologique », affirme Sylvain Gariel.

Ce nouvel outil pourrait permettre d’accélérer de manière significative des travaux déjà en cours dans les domaines des bio-carburants, de la bio-thérapeutique mais également des bio-matériaux, c’est à dire toutes les industries qui réfléchissent à des manières innovantes de concevoir des produits tout évitant de puiser dans les stocks de ressources naturelles (déjà passablement entamées, voire épuisées).

« Des entreprises comme Modern Meadow, Bolt Threads ou Impossible Foods produisent respectivement des cuirs synthétiques, de la soie d’araignée et de la nourriture in vitro à partir de levures ou de bactéries. Elles ont toutes besoin de quantités considérables d’ADN pour reprogrammer ces microorganismes, de manière à ce qu’ils produisent ces nouvelles matières », poursuit Thomas Ybert.

Prenons le cas de la soie synthétique : pour la fabriquer, l'équipe de Bold Threads a dû « reprogrammer les levures », qui dégradent naturellement le sucre en éthanol, de manière à ce qu'elles fabriquent de la soie et non plus de l'alcool. Le procédé est le même dans le cadre des bio-carburants : les micro-organismes naturels sont élevés, nourris et reprogrammés pour fabriquer de l'essence. Pour y parvenir, l'ADN synthétique joue un rôle clé. Nombreuses sont donc les entreprises à attendre que la technologie soit introduite sur le marché.

Une technologie bio-inspirée

Jusqu’à ces dernières années, « la capacité à développer ces technologies était limitée par la capacité à synthétiser de l’ADN », explique Sylvain Gariel. Et d'ajouter : « Aujourd'hui on sait très bien lire l'ADN, c'est le séquençage, mais on peinait à l'écrire, c'est-à-dire à le synthétiser.»

L’ADN de synthèse représentait le chaînon manquant, et la capacité à le synthétiser une avancée technologie majeure, une forme de graal scientifique… et économique. Ce marché émergent pèse déjà 1,5 milliards d’euros par an et ses perspectives de développement sont colossales : elles se chiffrent en dizaines de milliards dans la décennie à venir. Aux États-Unis, le marché de l’ADN synthétique et ses applications explosent. Et c’est une française, Emily Leproust, qui affiche la plus belle réussite. Qualifiée d’« orfèvre de l’ADN » (Le Monde), elle a fondé Twist Bioscience en 2013. Son entreprise a déjà levé 250 millions de dollars, auprès d’investisseurs prestigieux comme Bill Gates, le fondateur de Microsoft ou encore Sam Altman, le président de l’incontournable incubateur Y combinator. Basée à San Francisco, Twist Bioscience propose des petits brins d’ADN de fabrication « low cost » grâce à une technologie qui miniaturise à l’extrême le processus de fabrication.

Pionnière en France sur ce marché, DNA Script entend aussi devenir une référence. Pour cela l’entreprise s’appuie sur les milliards d’années d’expertise de la nature, la première à savoir fabriquer de l’ADN en s’inspirant des procédés de réplication du génome. En modifiant certaines enzymes qui jouent un rôle clé dans ces mécanismes, il est donc possible de reconstituer le collier qu’est l’ADN, à partir des « perles » de base du code génétique, les fameux A, T, C et G. Une fois toutes les étapes du processus maîtrisées, la synthèse d’ADN à partir d’enzymes d’origine naturelle pourrait être réalisée 10 et 20 fois plus vite que la synthèse chimique. Pour les entreprises concernées, l'impact économique serait colossal. Moins cher, de meilleure qualité : cet outil leur permettrait d'améliorer leur rendement.

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Réussir le passage à l’échelle industrielle

Thomas Ybert, qui supervise l’avancée des recherches, se montre confiant : « Aujourd’hui nous en sommes à un stade où nous avons prouvé scientifiquement que c’était possible. Maintenant nous devons faire en sorte que les performances soient le plus haut possible et que la technologie soit industrialisable ». DNA Script a réalisé deux levées de fonds, à hauteur de 20 millions d’euros via des investisseurs financiers, industriels et grâce au soutien d’organismes publics (Bpi France, Commission Européenne).  Après quatre années à murir sa technologie, notamment grâce aux apports de la recherche fondamentale, la biotech française s’apprête à se lancer. Les clients potentiels ne manquent pas et l’entreprise entend cibler d’abord le vaste domaine de la bio-pharmaceutique.

Alors que le magazine américain Wired annonce que la biologie sera la prochaine grande plateforme informatique, l’excellente santé des biotechs françaises laisse espérer de belles réussites scientifiques et économiques. Et DNA Script pourrait bien encoder son nom dans cette aventure-ci.


Thomas Ybert, CEO et co-fondateur de DNA Script sera présent à l'Échappée Volée - l'édition 2018 se tiendra les 4 et 5 juillet à la Seine Musicale (Boulogne Billancourt).


 

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