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Voitures autonomes : réinvestir l'espace-temps

Le 25 avr. 2017

Chaque jour le temps que nous passons dans nos voitures équivaudrait au temps qu’il a fallu pour construire les pyramides. Ce temps, Claire Delaunay, cofondatrice de la startup Otto qui travaille à la mise au point de camions à conduite autonome, compte bien le réinvestir.

Rachetée en août 2016 par Uber, après seulement quelques mois d’existence, pour 610 millions d’euros, Otto entend bien révolutionner les transports routiers en les rendant plus efficients : « Anticiper les fortes affluences, livrer à la demande et non plus seulement lorsque le camion est plein, mieux calculer les détours, viser le juste volume de camions… les moyens d’optimisation sont nombreux », expose la cofondatrice.

En voyant les zones d’optimisation possibles, Budweiser s’est très vite rapprochée de la société pour réaliser une première mondiale : utiliser un camion autonome pendant 120 miles sur une autoroute du Colorado pour relier deux entrepôts de la célèbre marque de bière américaine. Lorsque se pose légitimement la question de l’emploi de ces routiers, l’ingénieur française nous explique que « nous ne sommes pas encore au point où les conducteurs peuvent être totalement remplacés. Ils ont encore de belles années devant eux ». Si la première pensée va directement dans le sens de la protection de l’emploi, Claire Delaunay nous fait relativiser cette réflexion en nous spécifiant « qu’aux États-Unis, la demande de livraison augmente mais il n’y a plus de conducteurs, et le turnover est très fort sur ce marché qui passe son temps à recruter avec des processus qui sont extrêmement longs. L’automatisation des véhicules devrait se faire dans une approche complémentaire avec les chauffeurs ».

La sécurité comme argument phare

C’est le premier argument mis en avant sur le site de la société qui promet de faire baisser le nombre d’accidents qui s’élève aujourd’hui à plusieurs centaines de milliers par an. Si beaucoup d’entre nous ont gardé à l’esprit l’accident mortel qui engageait un véhicule Tesla, peu se souviennent que l’enquête avait révélé que le conducteur n’avait pas pris en compte les avertissements que lui envoyait la voiture…

Pour pallier les craintes que suscite cette technologie, Claire Delaunay estime qu’il y aura deux grands moyens : l’essai et les données. « Quand une nouvelle technologie est mise entre les mains des gens, l’opinion change. Nous sommes dans le même cas de figure pour les véhicules autonomes. Ces derniers produisent également beaucoup de données. Plus il y en aura, plus nous serons en mesure de rassurer les gens avec des statistiques représentatives. Avec le temps, nous créerons des points de réassurance face à l’inconnu. »

L’accélération dans la course à l’automatisation

« Il y a douze ans, je travaillais déjà sur des prototypes de véhicules autonomes avec Valeo en Europe. Les capteurs n’étaient pas aussi avancés et personne n’y croyait vraiment », nous révèle Claire Delaunay. Pour la cofondatrice d’Otto, l’impulsion a été donnée par Google il y a six ans qui, très certainement grâce à son image et à son audace, a montré que les voitures autonomes pouvaient être une réalité. « Les gens se sont alors mis à y croire, le nombre de fournisseurs de capteurs a explosé, les recherches et les avancées se sont multipliées… Certes il y a eu des progrès en termes de technologies, d’algorithmes, de capteurs mais tout cela a été possible car les gens ont commencé à y croire. Google a eu un impact incroyable sur le développement de la voiture autonome », explique la cofondatrice d’Otto.

Si l’impulsion est venue d’Alphabet (société mère de Google), il se pourrait pourtant que la société ne se retrouve pas en pole position : « Il est difficile de dire qui est le mieux positionné. Si Uber est le plus rapide, les acteurs sont à des niveaux équivalents et la course ne va pas se résoudre en un an. Si aujourd’hui un acteur possède un temps d’avance, cela peut très vite changer car ce qui va faire la différence n’est pas tant la technologie, c’est l’usage qu’en proposera l’entreprise et sa façon de l’amener sur le marché. Pour cela, Tesla et Uber sont bien positionnés car ils ont déjà les pieds dans le marché de la voiture autonome quand Google n’y a jamais été. Et a contrario, les fabricants d’automobiles sont mal positionnés car s’ils sont implantés sur le marché, l’autonomie totale ne fait aucun sens pour eux. En fabriquant des voitures autonomes ils tuent leur business model », déclare Claire Delaunay.

La promesse d’un espace-temps réinvesti

Si nous n’utiliserons pas le temps de trajet pour construire des pyramides, nous aurons bien une nouvelle bulle de temps équivalente à quatre ans de vie d’un Français. En même temps que les voitures autonomes se développeront, les villes devraient également se désengorger : « D’un seul coup nous serons en mesure de libérer énormément d’espaces au sein des villes, et qui pourront, par exemple, être réinvestis par des espaces verts », projette la cofondatrice d’Otto.

Une technologie qui devrait nous libérer de l’espace et du temps donc. Force à nous est d’inventer ce qui s’y passera dedans…


Claire Delaunay sera présente à L'Echappée Volée dont L'ADN est partenaire. Pour réserver vos places pour les 11, 12 et 13 mai prochain c'est ici.


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