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Voyage sur Mars : premières angoisses

Après 1 semaine de simulation de vie martienne dans une capsule en plein milieu du désert de l'Utah, Camille Gontier, journaliste de bord, nous raconte ses premières angoisses.

Alors que nous approchons de la moitié de notre mission, plusieurs sentiments contradictoires se mêlent en moi. Une certaine forme d’anxiété tout d’abord. La sourde angoisse que la bonne entente au sein de l’équipage ne commence tout doucement à se dégrader. Une angoisse d’autant plus difficile à vivre que sa simple évocation pourrait suffire à déclencher ce qui la cause. Si je suis le seul à y penser, c’est bien que c’est moi, l’élément perturbateur au sein de l’équipage ! Les aspects psychologiques font partie intégrante d’une mission de simulation : avant d’envoyer un équipage enfermé pendant plusieurs années dans un vaisseau à destination de Mars, plusieurs études sur les effets du confinement et de la promiscuité s’imposent. Pas question d’avoir une mutinerie ou une dépression à bord. Jusqu’à présent, l’ambiance est bonne, et le fait que nous travaillions tous sur nos propres projets nous offre toujours la possibilité de nous isoler. Mais l’idée que la réussite d’une mission, que l’équilibre au sein d’un équipage puisse être détruit par quelque chose d’aussi bassement terre-à-terre, d’aussi peu noble au regard de notre but final qu’une mésentente au sein de ses membres, m’est insupportable.

 

Un tel problème serait beaucoup moins important sur Terre, si nous étions directement en contact avec une chaine de commandement, si nos supérieurs pouvaient immédiatement intervenir auprès de nous. Mais un équipage en partance pour Mars se retrouve seul, aussi bien face à lui-même que face aux problèmes techniques qu’il lui faudra résoudre. Liberté totale dans la réparation d’une panne, dans le choix d’une procédure à appliquer ; mais également responsabilité de devoir seul en assumer les conséquences. Classique amour de la servitude !

 

Mais les astronautes d’aujourd’hui sont tout autant sélectionnés sur leurs capacités à résoudre des problèmes techniques que sur leur relationnel. Selon les traités, un astronaute est un « émissaire de l’humanité ». Dans les faits, c’est un excellent communiquant, qui présente bien lors des conférences de presse et qui sait parler simplement de son métier. Mais la parole qui leur est offerte est leur muselière : l’attention médiatique qui nous est accordée dans notre capsule ne nous isole que davantage du reste du monde. En effet, peut-on réellement attendre d’un émissaire de l’humanité qu’il exprime ce qu’il pense et ce qu’il a sur le coeur ? Il a un devoir de réserve, et ne peut que se montrer consensuel lorsqu’on l’interroge sur la marche du monde. Depuis que je suis entré dans la station, j’ai la désolante impression que la Terre continue de tourner sans moi. Quoi de plus ironique, alors que je suis censé incarner un astronaute justement en train d’orbiter autour de la Terre ?

 

Journal de bord de Camille Gontier, Journaliste de bord MDRS 164

Propos recueillis par Caroline Martin

 

Pour revivre la mission du début :  

L'ADN vous emmène sur Mars

La vie sur Mars : premiers contacts

En direct de Mars : première sortie en scaphandre 

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