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Quand les gares s'ouvrent aux projets collaboratifs

Le 12 nov. 2015

La SNCF ouvre les espaces vacants de ses gares du réseau Transilien pour accueillir des projets collaboratifs : crèches, conciergeries et ateliers de massages pourraient être mis à la disposition des voyageurs et des habitants d’ici peu. Interview.

Chaque jour 3 millions de personnes empruntent le réseau francilien. Aussi pour que les gares ne soient plus que des tunnels de passage ordinaires et sans réel intérêt, la SNCF a décidé, avec OuiShare, de les transformer : les deux acteurs lancent un appel à projets, afin de les faire muer en lieu d’innovation sociale, de développement collaboratif, avec une mixité des usages et des activités. Les candidats auront ainsi la possibilité d’aménager des espaces qui leur ressemblent et qui permettent à la communauté de se développer, selon les attentes, les besoins et les valeurs. Ils devront proposer un projet sur un lot de un à trois sites maximum.

Nous avons rencontré Karine Saugné, Responsable Département Valorisation Immobilier de Gares & Connexions / SNCF Proximités – Transilien, ainsi qu’Antonin Léonard co-fondateur de OuiShare, pour en savoir plus.

Comment est née cette initiative de développer des espaces de service et de travail dans les gares du réseau SNCF Transilien ?

Karine Saugné : Le projet vient de la volonté de la SNCF de développer des services dans les gares du réseau Transilien pour les voyageurs du quotidien, soit plus trois millions de personnes, ce qui représente un flux très important, et les riverains. Nous nous sommes donc tournés vers OuiShare pour nous accompagner dans un développement d'un projet collaboratif.

Antonin Leonard : OuiShare représente une communauté internationale d’innovateurs et de passionnés du mouvement collaboratif dans son ensemble. La SNCF, avec la MAIF, est un de nos gros partenaires sur le OuiShare fest, rendez-vous international de l'économie collaborative qui se déroule à Paris. La quatrième édition aura lieu l’année prochaine : nous mettons en relation notre communauté avec des entrepreneurs, des innovateurs, des startups, afin de réfléchir sur les tendances du collaboratif et la manière dont les entreprise vont pouvoir s’ouvrir de plus en plus à des contributions externes.
Dans le cadre de la réflexion sur l’évolution des gares et la possibilité d’y développer des espaces collaboratifs, nous avons eu l’idée et l’intuition de faire contribuer des citoyens, des personnes ordinaires, certainement les mieux placées pour élaborer ce genre de projet. C’est un défi à plusieurs niveaux : nous devons déjà faire savoir que cette possibilité existe et concevoir les services collaboratifs qui seront mis en place demain en gare. Nous jouons un rôle d’ « interface culturelle » entre ces entrepreneurs des nouveaux usages et les entreprises qui cherchent à innover.

 

Quelles communautés souhaitez-vous toucher avec ce projet ? (startup, association, PME…)

K.S. : Nous voulons toucher les opérateurs locaux, car ce sont finalement eux qui connaissent le mieux l’environnement, le territoire ; ils sauront apporter le projet le plus adapté pour la gare et pour les besoins des voyageurs et des habitants. La gare, ou l‘on pourrait dire le « quartier de la gare » est parfaitement intégré à la ville : nous travaillons régulièrement avec les collectivités locales qui nous mettent en relation avec des startups, des initiatives locales, des opérateurs. Ensemble nous pouvons redynamiser les villes.

A.L. : Des citoyens, des locaux, porteurs de projets associatifs, qu’il s’agisse d’entrepreneurs pour certains ou de créateurs de startup : l’objectif premier est de faire remonter toutes les bonnes idées et toutes les initiatives qui sont déjà portées par les citoyens en Ile-de-France.

 

Quels genres d’espaces souhaitez-vous créer ?

K.S. : Il y a 18 gares dans l’appel à projets, il s’agit d’une première vague. On peut imaginer consacrer ces espaces vacants à des espaces de coworking, des crèches, des fablab… nous sommes très ouverts. Seule contrainte : il faut que le projet soit adapté aux besoins des voyageurs et des riverains, ancré dans le territoire et autres projets urbains. Cette complémentarité est nécessaire. Autre point important : le projet doit être viable de manière économique, il faut qu’il se pérennise dans la gare. Grâce à l’économie collaborative, la gare peut se transformer en un espace chaleureux et qui revêt aussi beaucoup plus de sens pour ceux qui l’empruntent, s’intègrent à la communauté et coconstruisent avec nous des services. Les 18 gares sélectionnées, sur 383 gares du réseau Transilien, l’ont été car elles couvrent toute la région Ile-de-France, et qu’elles n’avaient aucun autre projet. De plus, nous avons cherché à créer un certain rapprochement géographique de gares pour mutualiser les coûts.

 

Quelles sont les étapes clefs de ce projet de gares partagées ?

K.S. : Les candidats ont jusqu’au 22 novembre pour visiter les gares, préparer leur projet de service et déposer une offre provisoire en ligne. Dès le lendemain, ces offres seront soumises aux commentaires des internautes. Les candidats pourront ainsi se nourrir de leurs remarques pour enrichir et mieux adapter leurs projets. Ils auront ensuite jusqu’au 31 décembre pour déposer leurs offres définitives.

Avec ce projet pensez-vous créer la gare de demain ?

K.S.: Je ne dirai pas demain, il s’agit de la gare de maintenant. Les projets vont être mis en place en 2016, mais aujourd’hui déjà nous sommes engagés dans cette mutation. La gare du réseau Transilien a déjà évolué et l’appel à projets est en train d’accélérer cette évolution.

A.L. : Cet appel à projets donne une visibilité et une résonance en ligne à des initiatives qui ont été menées aux quatre coins de la France ces derniers mois  et même ces dernières années, et qui souffrent du manque de visibilité car elles sont parfois très localisées. L’enjeu à venir pour le Transilien et, plus largement pour la question du futur des gares, c’est justement de trouver comment croiser des approches de design participatif aux usages réels. Certaines personnes sont très connectées, d’autres le sont moins. Et si on veut concevoir la gare de demain, il faut s’assurer qu’on est au plus près des usages de tous les citoyens.

 

(photo by Nicolai Berntsen)

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