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Le Pentagone aurait financé de fausses vidéos djihadistes

Le 5 oct. 2016

Entre 2006 et 2011, dans le cadre d’une guerre de communication menée en Irak, le Pentagone aurait dépensé un demi-milliard de dollars pour financer de fausses vidéos djihadistes. Une révélation du Bureau of Investigative Journalism.

Le Bureau of Investigative Journalism, fondé en 2010 par l’entrepreneur David Potter et son épouse la journaliste Elaine Potter, est une organisation non gouvernementale britannique basée à Londres et spécialisée dans la production d'articles d'investigation.

En partenariat avec les équipes du Sunday Times, ils ont révélé le 2 octobre dernier les résultats d’une enquête portant sur des travaux effectués pour le Pentagone par l’agence britannique de communication et de relations publiques Bell Pottinger.

Un ancien salarié de l’entreprise, Martin Wells, a détaillé au collectif de journalistes les dessous de l’affaire, et l’ancien président de Bell Pottinger a confirmé au Sunday Times que son bureau a effectivement travaillé sur une opération militaire secrète.

Le département de la Défense américain aurait commandé à l’agence une série de vidéos. Les premières, officielles, visaient à  "promouvoir les élections démocratiques" en Irak et se présentaient comme des clips publicitaires anti-Al-Qaïda. D’autres,  affirme Martin Wells, classées "top secret" étaient directement supervisées par des militaires américains, et conçues pour être vendues puis diffusées par des chaînes arabes, sans leur préciser que l’armée américaine en était le commanditaire.

Enfin, des reportages de propagande djihadiste siglés Al-Qaïda étaient également produits. Quel peut être l’intérêt du Pentagone à propager ce type de contenu ? Piéger les personnes qui les visionnaient. Pour les regarder, les spectateurs devaient utiliser Real Player, une application de streaming qui fonctionne via Internet. Une fois l’adresse IP localisée (via Google Analytics), le Pentagone se trouvait en possession d’une carte assez précise des sympathisants du mouvement : en Irak, en Iran, en Syrie, et même en Amérique.

Les activités de Bell Pottinger pour le gouvernement américain ont pris fin en 2011, quand les troupes américaines se sont retirées d'Irak. Elles auront duré 5 ans, sous les mandats successifs de George W. Bush, puis de Barack Obama. L'agence a changé de propriétaire en 2012 et sa structure actuelle n'aurait plus aucun lien avec la précédente. Son ancien président, Lord Tim Bell, conclut : "Nous avons fait beaucoup pour aider à résoudre la situation en Irak. Pas assez. Nous n'avons pas pû empêcher le désordre qui a émergé ".

En effet, nous l'aurons noté, cela n'a pas "empêché"... 

Martin Wells
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