Huile de palme : accusé de faire un cadeau à Total, le gouvernement revote

Total a-t-il réussi à faire plier les députés ? C’est la question posée par de nombreux militants, alors que le gouvernement a fait passer un amendement rétablissant un avantage fiscal pour l’huile de palme.

Greenpeace France estime qu’environ la moitié des produits présents en supermarché contient de l’huile de palme ou des dérivés. Cette huile, qui contribue grandement à la déforestation, se retrouve aussi dans nos voitures. En France, 75% de l’huile de palme consommée est utilisée pour fabriquer du carburant.

Alors quand les députés français ont voté le 14 novembre 2019 un maintien de l’huile de palme sur la liste des biocarburants jusqu’en 2026, les associations écologistes n'ont pas hésité à dénoncer un « joli cadeau » pour Total.

Un vote contre le climat

L’amendement est soutenu par des élus MoDem, LREM et LR des Bouches-du-Rhône. Ce département accueille notamment la nouvelle bioraffinerie de Total, qui produit, on vous le donne en mille, du carburant à base d’huile de palme. Pour Clara Jamart, responsable des campagnes #forêts à Greenpeace France, c’est évident : « les députés ont cédé au lobby agressif mené par Total depuis plus d’un an », confie-t-elle dans les colonnes de France Info. Elle rappelle que Total se fournit en Asie du Sud-Est, et que 24 millions d’hectares de forêts ont disparu en 25 ans en Indonésie.

Un argument « compétitif »

Le patron de Total Patrick Pouyanné dénonçait dans Le Journal du dimanche un traitement sévère de la part de la France par rapport aux autres pays européens. Il déclarait vouloir « être au même niveau de compétition que [ses] concurrents européens qui, contrairement à [lui], bénéficient d’un avantage fiscal jusqu’en 2030. » C’est aussi l’argument brandi par l’amendement : celui-ci doit permettre « à court terme d’éviter à la France un désavantage économique du fait des ressources utilisées pour la fabrication de biocarburants par les autres pays européens », relate Libération. Le média a contacté Barbara Pompili, présidente (LREM) de la commission du développement durable. Celle-ci admet que ce vote est l’œuvre des lobbies, et le signe d’un relâchement de l’attention des députés.

Un nouveau vote, mais un amendement toujours soutenu par le gouvernement

Avec plus de 10 000 tweets au compteur, le #huiledepalme témoigne de la colère de l’opinion publique et de certaines personnalités politiques, qui ont demandé une seconde délibération. Celle-ci a été accordée par Édouard Philippe après 13h le vendredi 15 novembre 2019.

D’après la journaliste Brigitte Boucher, le gouvernement devait néanmoins maintenir un avis favorable. De quoi révolter de nouveau les associations. Clément Sénéchal, porte-parole climat chez Greenpeace dénonce ainsi une incohérence politique.

Finalement, l'Assemblée a rejeté l'amendement controversé.

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