premium 1
premium 1 mobile
David contre Goliath

Oui, Microsoft et Google n'hésitent pas à écraser les petits nouveaux

Le 27 févr. 2018

Entre Google qui déréférence ceux dont l’algorithme est meilleur que le sien, et Microsoft qui menace de prison un entrepreneur luttant contre l’obsolescence programmée, les géants de la tech sont bel et bien les nouveaux Goliath.

Les géants de la tech n’hésitent pas à faire preuve d’un autoritarisme total pour laisser au fond du seau celles et ceux qui oseraient lorgner sur leurs plates-bandes.

Google : « don't be evil »… sauf avec ceux qui sont meilleurs que vous

L’histoire aurait pu être un joli fairytale à l’américaine. Shivaun et Adam Raff ont lancé leur première entreprise après s’être mariés : il s'agissait d'une application de rencontre. Basée sur un savant algorithme et baptisée MatchMate, elle considérait toute une batterie de paramètres poussés pour créer des rencontres. Le résultat, c’est que la techno derrière l’appli avait de quoi faire pâlir de jalousie les meilleurs geeks. « C’était comme demander à notre meilleur ami de nous présenter quelqu’un », confie Shivaun Raff au New York Times. « Par exemple, quelqu’un qui serait capable de dire : tu penses que cet homme va te plaire parce qu’il est beau, mais en réalité, c’est celui-là qui te plaira – il n’est pas aussi beau, mais il est très drôle ».

Cette technique s’appelle « recherche verticale », et est particulièrement compliquée à maîtriser. Même pour Google, dont les résultats de recherche sont construits selon une logique horizontale, c’est-à-dire qu’ils sauront répondre à une question du type « quelle est la population du Myanmar ? » mais auront beaucoup plus de mal à identifier le site qui vend des aspirateurs au plus bas prix. En partant de ce constat, les Raff ont choisi de créer leur propre comparateur de prix : Foundem.com.

Après une version confidentielle encourageante, le lancement public se déroule à merveille. Pendant deux jours. Deux jours où le référencement naturel leur permet de comptabiliser de nombreuses visites… Jusqu’à ce que Google en décide autrement : après une chute brutale, les Raff se rendent compte que le géant a tout bonnement choisi de les déréférencer. Et la bonne position de Foundem sur d’autres moteurs de recherche comme MSN ou Yahoo ne permet pas de compenser les pertes de trafic.

Après avoir essayé de contacter Google maintes et maintes fois, le couple se décide à porter plainte pour entrave à la libre concurrence.

Leur parcours du combattant les a placés sur la route de nombreuses entreprises qui ont souffert du monopole de Google : Yelp, Skyhook Wireless, TradeComet.com et même Getty Images ! Toutes coupables d’avoir développé, à un moment donné, une technologie capable d’ébranler la toute-puissance du géant du net.

Le procès qui oppose les Raff à Google est en cours depuis depuis 12 ans. « C’est très frustrant. Nous avons pour ambition de développer de nouvelles technologies, pas de devenir des croisés de l’antitrust », explique Adam Raff. La condamnation de Google par la Commission Européenne en septembre 2017 sonne comme une maigre consolation : l’entreprise doit désormais se plier aux mêmes conditions que les autres comparateurs de prix, à savoir un système d’enchères, pour que ses produits apparaissent dans les résultats de recherche.

Ne luttez pas contre l'obsolescence programmée : Microsoft pourrait vous envoyer en prison

Visiblement, Microsoft n’aime pas que d’autres se chargent de réparer ses travers. L’entreprise a été élue pire entreprise en termes d’obsolescence programmée. Une situation qui déplaît fortement à Eric Lundgren : cet entrepreneur a dédié son existence au recyclage des déchets électroniques à travers son entreprise, qui traite plus de 18 000 tonnes de déchets électroniques par an. Parmi ses clients : IBM et Motorola.

Il a également créé une boîte dont la visée est de donner une seconde vie aux ordinateurs, notamment en reproduisant les disques de restauration de Microsoft.

Problème : Microsoft vend ces disques et attaque Eric Lundgren pour complot et violation de droits d’auteur. Reconnu coupable, il risque une peine d’emprisonnement de 15 mois et une amende de 50 000 dollars. Pour sa défense, Eric Lundgren accuse directement les entreprises de la tech de rendre difficile la réparation de leur matériel pour forcer les consommateurs à s’équiper de nouvelles machines. « Ça me rend fou. Ce n’est pas un fonctionnement sain pour la société ». Il ajoute que l’assistant du procureur général en charge de l’affaire lui aurait déclaré que « Microsoft voulait sa tête sur un plateau ». Ambiance…

Pour corser un peu l’affaire, Eric Lundgren bénéficie d’une très bonne réputation de par ses autres activités : son entreprise a réparé et donné 14 000 téléphones portables à l’association Cellphones for Soldiers, a entrepris le projet de débarrasser la Chine et le Ghana de leurs déchets électroniques…

« Je me suis mis en travers des profits de Microsoft – l’entreprise me traîne donc devant une cour fédérale sur la base de fausses accusations », conclut Eric Lundgren.

Vous pensiez que les boîtes de la tech voulaient rendre le monde meilleur ? Raté. Les affaires restent les affaires...
Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.