premium 1
premium 1 mobile
Extrait du film Qui Veut Tuer Son Boss

Que risque-t-on à insulter son boss sur Facebook ?

Le 1 févr. 2018

En matière de RH, l'utilisation des données des collaborateurs pourrait devenir abusive. La Charte Éthique et Numérique RH veut poser le cadre de ces nouvelles pratiques.

Le flou qui règne autour de l’utilisation des données personnelles en matière de RH permet, d’un côté, aux entreprises de largement en abuser – et de l’autre, de donner des sueurs froides aux collaborateurs et collaboratrices. Vous craignez qu’un tweet déplacé ne soit mal interprété ? Que votre portable ne trahisse la longueur de vos pauses café ? Vous avez raison – même si, d’un point de vue éthique, c’est très déplacé, les DRH utilisent de plus en plus d’outils technologiques et prédictifs pour faire fonctionner les entreprises.
Le meilleur exemple en date est celui, très récent, d’Amazon : la plateforme a déposé un brevet pour équiper ses employé.e.s de bracelets connectés, capables de traquer leurs moindres mouvements. Pour Jérémy Lamri, co-fondateur du Lab RH, c’est le signe que les entreprises se permettent de fouiller dans les données personnelles des équipes sans véritable limite. « Nous en sommes encore loin en Europe : nous avons une appréhension naturelle à utiliser les données pour espionner les gens. Mais si ce type d’objets venait à se multiplier, on pourrait très bien imaginer qu’une entreprise surveille l’état de santé d’un employé, son activité sportive ou son rythme cardiaque ». Les dérives potentielles sont claires, et plutôt effrayantes : renvoi pour cause de pause un poil trop longue, de lenteur à accomplir certaines tâches, ou de risque de maladie. « Imposer un bracelet ou un collier à quelqu’un, c’est comme lui mettre une laisse ».

Le ton est donné.

Nous n’en sommes pas encore là (en France en tout cas…), mais d’autres dérives sont déjà bien ancrées. Celui qui siège au comité consultatif d’Orange explique ainsi que, lors de recrutements par exemple, il est fréquent de paramétrer des outils selon des critères stricts : diplôme, âge, expérience… « Ce n’est pas volontairement discriminant, mais c’est très limitatif, et cela contribue à créer des stéréotypes, des clones ». Cette pratique, qu’il appelle « matching prédictif », revient à « utiliser les données du passé pour prédire l’avenir »… et maintenir les biais, notamment de genre et d’origine.

Puisqu’aucun cadre légal n’existe à ce sujet, les syndicats craignent également que les données soient utilisées pour évaluer les employé.e.s, et potentiellement les renvoyer. « On peut tout à fait imaginer des audits, qui justifieraient que quelqu’un garde son poste ou non ».

Des outils de plus en plus modernes, qui se rapprochent souvent d’un management « à l’ancienne ». « On surveille les gens à la tâche et non au résultat ». L’ancêtre de ces pratiques ? La pointeuse. « À l’ancienne », on vous dit…

Pour limiter les dérives, les équipes du Lab RH, en collaboration avec la CFE-CGC, proposent la Charte Éthique et Numérique des RH : les entreprises qui la rallient sont invitées à travers 8 principes à cadrer leurs pratiques. Transparence, consentement, finalité, minimisation et exactitudes des données utilisées, limitation de conservation, confidentialité, responsabilité… « Le succès de cette initiative dépend de la volonté des entreprises à y souscrire. En attendant, nous les invitons à débattre du texte afin d’en proposer une version enrichie à la fin du premier semestre 2018 ».

À vos idées !

Commentaires
  • Cadre supérieur de la fonction publique, j'applique la devise du "Pour vivre serein, vivons déconnecté", pas le linkedin, pas de facebook,pas de compte tweeter, seul lien ou référence sur internet mes interventions pro.
    Nous nous piégeons souvent nous même à vouloir "partager" nos vies.

  • Cadre supérieur de la fonction publique, j'applique la devise du "Pour vivre serein, vivons déconnecté", pas le linkedin, pas de facebook,pas de compte tweeter, seul lien ou référence sur internet mes interventions pro.
    Nous nous piégeons souvent nous même à vouloir "partager" nos vies.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.