habillage
premium
premium
Ordinateur mac abandon
© Claudio Schwarz via Unsplash

Réfléchir à un numérique plus éthique

Le 10 déc. 2019

Aujourd’hui la volonté de côtoyer un numérique plus éthique se fait entendre. Après la prise de conscience, l’heure est donc à l’action. Oui, mais comment ?

Captologie, dark patterns, exploitation opaque des données personnelles, sans parler du gouffre énergétique des datas centers ou de l'épuisement de certains minerais rares… le numérique est régulièrement montré du doigt pour ses dérives. Et ces critiques viennent aussi du monde de la tech, comme les « repentis » de la Silicon Valley. Ces anciens employés de Google ou Facebook ont fondé le Center for humane technology pour « réaligner la technologie avec notre humanité ».

Cette initiative confirme, s’il en était besoin, l’impact puissant que le numérique a sur nos vies, qu’il soit social, sociétal et environnemental (voire politique !). Et la nécessité de développer un numérique plus responsable et plus vertueux. Une réflexion également portée par Christine Balagué, titulaire de la Chaire Good in Tech à l'Institut Mines-Télécom Business School. « Aujourd’hui, on s’aperçoit que les nouvelles technologies ont un impact autant négatif que positif. Notre Chaire est composée de chercheurs et d’experts en sciences humaines et sociales, en informatique mais aussi d’ingénieurs, pour comprendre comment développer des technologies responsables et éthiques », confie-t-elle.

Repenser l’éthique et le responsable

« Avant de parler d’éthique dans l’intelligence artificielle, il est important de se poser la question de notre propre éthique et de nos valeurs », déclarait l’experte en intelligence artificielle responsable, Virginia Dignum, professeure d'informatique à l'Université d'Umeå en Suède, en septembre 2019. L’introspection personnelle, une clé ouvrant la porte du responsable ? Pas tout à fait. Selon Virginia Dignum, « pour avoir des systèmes responsables, il est important d’éduquer les gens, que les recherches deviennent publiques, que les lois s’adaptent et encadrent le mieux possible ces principes, afin que tout le monde puisse demander de meilleurs systèmes numériques ».

L’éthique a fait du chemin, mais l’écologie numérique n’est pas encore arrivée à maturité. Selon une infographie du site Archimag, le numérique mondial consomme ainsi cinq fois plus de ressources naturelles que le parc automobile français et 55 % de la consommation d’énergie dans la filière numérique vient de son utilisation (envoi d’emails, streaming, requêtes sur Google..). Sans compter que 90 % de la consommation d’un smartphone s’effectue lors de sa fabrication.

Néanmoins, l’heure est à la prise de conscience. « Il existe de plus en plus de consignes pour utiliser du matériel écoresponsable. C’est de plus en plus demandé par les gros donneurs d’ordres. Nous utilisons aujourd’hui des composants matériels GreenIt qui consomme moins d’énergie », déclare Matthieu Bonenfant, directeur marketing chez Stormshield.

Traiter le bien à la source

Le responsable est aujourd’hui sur toutes les lèvres. Pascal Demurger, directeur général de la Maif, déclarait que « les dirigeants ne parlaient plus que de ça ». De grandes entreprises deviennent doucement des « entreprises à mission », adoptent le RGPD et se dotent d’un pôle Responsabilité Sociale des Entreprises (RSE). Mais attention à son contenu ! « Les entreprises possèdent un pôle RSE très normé, avec un cahier des charges pointilleux. Malheureusement, aucun critère ne concerne l’innovation numérique responsable. Il serait nécessaire à l’heure actuelle de créer un pôle RSE 4.0, se désole Christine Balagué, notre travail est justement de donner aux entreprises des critères de mesure qui n’existent pas encore. Le but est de les mettre en place et de les adapter au fur et à mesure des évolutions. »

Une politique interne qui peut avoir des répercussions plus grandes encore. Matthieu Bonenfant explique qu’« il faut prendre conscience que ce l’on fait dans le numérique peut avoir un impact. Le monde du numérique est intangible. Il n’est pas forcément évident de comprendre que lorsque l’on va stocker des données inutiles ou laisser une faiblesse dans un système, cela peut avoir un impact sur la collectivité. » Et de citer l’exemple du botnet Mirai : ce malware avait exploité une faille présente dans des centaines de milliers d’objets connectés pour attaquer et bloquer un service utilisé par les plus grands noms du streaming vidéo et musical en ligne, des serveurs de jeu vidéo et des centaines de milliers d’objets connectés.

La fin du mythe du big data

Récupération des datas, investissement dans les algorithmes et l’intelligence artificielle (1,5 milliard d’euros pour la France), systèmes de stockage, ces dernières années le développement de ces ressources a été important. Mais ce système s’est essoufflé avec l’arrivée de nouveaux enjeux sociétaux. « C’est la fin du mythe du big data et du temps où l’on collectait à tout-va pour tout stocker dans des ordinateurs gigantesques et piocher les informations quand on en avait besoin. Dans l’esprit du RGPD notamment, toutes les données inutiles et récupérées en masse avant le RGPD sont nettoyées des serveurs, ce qui leur permettrait de se vider, donc de consommer moins d’énergie », affirme Matthieu Bonenfant.

Mais l’enjeu du numérique est bien plus large que son seul impact environnemental. Pour Catherine Balagué, les algorithmes ont aussi leur part de responsabilité dans les inégalités sociales. « Nous travaillons sur le problème des algorithmes et des discriminations. Quand ils sont utilisés pour le recrutement par exemple, ils discriminent les femmes par rapport aux hommes, et les minorités de couleur aux États-Unis. Tous ces effets de discriminations, d’opacité des systèmes, entraînent des problèmes non seulement sur les consommateurs mais aussi sur la société. »

Le numérique est le reflet sans filtre d’une société. Regarder des vidéo Youtube produit 177 tonnes de CO2 par an et par utilisateur, parallèlement des initiatives responsables comme les chartes d’entreprises sont discutées, des moteurs de recherches comme Ecosia voient le jour et les grands donneurs d’ordres veulent montrer patte verte. Pour rendre le web plus responsable, faut-il s’y attaquer directement, ou changer notre façon de fonctionner ?

Vincent Thobel - Le 10 déc. 2019
premium2
premium1

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.