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Se la jouer green quand on n’est pas clean

Le 17 déc. 2015

Lors de la COP 21 les marques étaient omniprésentes mais certaines n’ont pas manqué de se faire taper sur les doigts. Rencontre avec l’ONG Peuples Solidaires qui dénonce les marques qui, selon elle, se lavent au vert pour masquer des conduits loin d’être green.

En parallèle de la COP21 se tenait Solutions COP21 au Grand Palais. Un espace d’exposition qui permettait de découvrir des solutions qui contribuent à lutter contre le dérèglement climatique.  Nouveaux usages, nouvelles inventions, nouveaux métiers… un parterre d’initiatives était présenté pour proposer les solutions qui permettront de construire la société post-carbone. Pendant une semaine, 500 organismes (associations, scientifiques, TPE/PME, grands groupes…) présentaient leurs solutions. Malgré un accueil favorable de la part du public avec 81 % des visiteurs qui déclaraient désormais « détenir une meilleure information sur les solutions climat » et 74 % d’entre eux qui affirmaient être « engagés à modifier leurs habitudes et leurs comportements pour limiter leur impact sur le climat » selon l’IFOP, la fête s’est retrouvée entachée par une intervention non-violente d’une centaine d’activistes qui a tourné à l’expulsion musclée.

 

A l’origine de ce coup médiatique l’ONG Peuples Solidaire, qui entendait résonner les grandes entreprises présentes sur place et ouvrir les yeux des visiteurs face à des « actions vitrines ». « Notre intervention avait pour objectif de mettre en avant les faux discours des entreprises qui sont présentes dans cet espace. Il était ouvert à toutes les entreprises qui avaient les moyens de payer un prix qui pouvait être de 250 000 euros » précise Audrey Arjoune, Chargée de mission Justice Climatique pour l’ONG Peuples Solidaires. Pour l’activiste, l’hypocrisie des marques est flagrante « On pouvait y trouver Engie par exemple qui a des mines de charbon un petit peu partout dans le monde ou des entreprises pro-OGM... ». Pour tenter de résonner les visiteurs et les salariés de ces entreprises « des personnes qui sont affectées au niveau local par ses entreprises étaient présentes. L’idée était de les faire discuter de façon tout à fait pacifique afin de montrer le réel impact de leurs activités ». Sur les 400 militants, présents à l’entrée, seule une centaine ont pu rentrer avant de se faire très vite sortir avec une réaction « disproportionnée et violente »

Au-delà de l’événement qui se tenait au Grand Palais, l’ONG déplore une mauvaise posture du gouvernement qui « a choisi de s'entourer des entreprises parmi les plus polluantes ayant un impact social et environnemental désastreux dans le monde pour organiser la COP21. Le gouvernement Hollande a choisi Bolloré, Engie, BNP Paribas... dans les entreprises françaises qui soutiennent les négociations climatiques et qui sont partenaires officielles ». Pour aller plus loin dans la dénonciation, en collaboration avec Les Amis de la Terre, sont organisés les Prix Pinocchio du Climat  qui dénoncent de façon ironique les entreprises qui se créent une image responsable et qui ne le sont pas. « Cette année, BNP Paribas a eu un prix dans la catégorie "impact sur les populations locales". Il faut savoir que BNP est le 4ème investisseur au niveau mondial dans le charbon et les énergies fossiles, tout en sachant que la combustion du charbon amène au réchauffement de l'atmosphère et donc une accélération du changement climatique ; mais également une pollution de l'environnement local nuisant aux populations sur place en Afrique, en Inde, en Australie... Ils vont payer avec un budget de communication phénoménal leur soutien aux négociations climatiques en achetant un pouvoir d'influence (en partenaire, BNP Paribas a financé une partie de l'organisation de la COP 21) alors qu'ils continuent de soutenir des actions qui contribuent à dérégler le climat ». Et quand on évoque le droit de réponse des marques la chargée de mission précise que « plusieurs entreprises ont répondu suite à leur nomination. BNP Paribas niait en bloc en disant que nos informations étaient incorrectes. Malheureusement nous avons plusieurs rapports qui prouvent le contraire ». 

Malgré les apparences, Peuples Solidaires n’est pas pour autant anti-marques. « Je pense qu’elles ont un rôle à jouer pour la transition vers un monde plus juste et solidaire, on ne veut pas dénoncer tout ceux qui font de l'argent, loin de là.  », encore faut-il que les bonnes marques soient sélectionnées : « on pense que les entreprises qui "mentent" doivent être écartées de ces grandes décisions sur le climat, il faudrait privilégier les entreprises qui sont portées par l'économie sociale et solidaire, qui mettent en avant des solutions alternatives en étant soucieuse de leur impact sur le climat, les droits de l'Homme, etc. ». Même si les médias et les citoyens ont plus tendance à s’arrêter sur les coups médiatiques d’annonciation, Audrey Arjoune insiste sur le fait que deux jambes sont belles et bien présentes et nécessaires pour véhiculer le changement : « la jambe dénonciation et la jambe solution, qui propose de véritables offres alternatives ». Les réelles avancées se font en marchant, pas en boitant.

Jeremy Lopes - Le 17 déc. 2015
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