premium 1
premium 1 mobile
usi2018

Pour le monde de la tech, il est venu le temps des responsabilités...

L'ADN
Le 5 juill. 2018

Chaque année, les conférences de l'USI réunissent un superbe plateau de speakers : scientifiques, philosophes, économistes, sociologues... Lors de cette édition 2018, ils sont unanimes : ils nous engagent à être plus responsables. Récit par François Hisquin, fondateur de l'USI.

Depuis des années, nous avons tous entendu d’innombrables plaidoyers pour une prise de conscience sociétale et écologique.

Peut-être ne nous ont-ils jamais autant mis face à nos responsabilités qu’à l’USI 2018.

Lorsqu’un dirigeant politique de la stature de Felipe Calderón dresse le sombre tableau du dérèglement climatique, lorsqu’un économiste de la renommée de Jeremy Rifkin s’alarme de l’extinction massive de la biodiversité, lorsque l’un des plus éminents paléontologues, Kenneth Lacovara, note que, jamais dans l’histoire de la Terre, les conditions n’ont changé à une telle vitesse, on ne peut que se sentir appelé à contribuer à relever ce défi planétaire.

Selon Jeremy Rifkin, l’apocalypse environnementale qui nous guette est l’héritage de la deuxième révolution industrielle dont nous vivons aujourd’hui l’agonie. Pire, au drame écologique que constitue ce modèle à bout de souffle fondé sur des ressources fossiles finies, vient s’ajouter le cancer des inégalités. Se jouant de structures obsolètes, l’économie, jadis redistributive, est devenue prédatrice. Gilles Babinet rappelle par exemple que, ces deux dernières années, 96 % des fruits de la croissance ont été accaparés par 1 % des Américains.

En partie responsables et surtout grandes bénéficiaires de cette situation, les firmes technologiques cristallisent une défiance qui rejaillit sur la tech dans son ensemble. Les inquiétudes sur l’emploi que suscitent par exemple l’intelligence artificielle et la robotique sont d’autant plus fortes que les artisans de ces innovations ne brillent pas toujours par leur sens de l’éthique et des responsabilités. Et il faut admettre qu’en voyant les impressionnantes capacités des robots de Boston Dynamics, présentés par son PDG Marc Raibert, on les préférerait entre de bonnes mains.

Impact environnemental, inégalités économiques, menaces sur l’emploi, mais aussi bulles de filtres fragmentant la société (Sandra Matz) et cybercriminalité (Marc Goodman)la tech a indéniablement sa part dans le problème. Mais il est plus indéniable encore qu’elle renferme des solutions. Face à l’immensité des enjeux, le seul objectif qui vaille, celui d’une société inclusive, résiliente, économe de ses ressources et offrant à tous une meilleure qualité de vie, ne pourra être atteint qu’en mobilisant tous les outils à notre disposition.

Les technologies nécessaires pour écrire ce scénario existent déjà ou connaissent des développements fulgurants : intelligence artificielle pour piloter les véhicules autonomes, gérer la smart city, ou élaborer, à l’image des nouveaux traitements médicaux ; fabrication additive et robotique pour révolutionner l’industrie ; blockchain pour sécuriser et fluidifier les échanges ; informatique quantique pour repousser toujours plus loin les frontières de la connaissance ; et, pour actionner l’ensemble, énergies renouvelables dont le coût chute de façon vertigineuse.

Cette promesse technologique, c’est le message d’espoir de l’USI. Pour Felipe Calderón, il est faux que nous ayons à choisir entre prospérité et préservation de l’environnement car transformer notre société sera créateur d’emplois et d’opportunités. Pour Jeremy Rifkin, tout n’est pas perdu et nous avons une chance de basculer en deux générations vers une économie efficace, distribuée, ouverte, décarbonée. À condition toutefois de prendre la mesure, individuellement et collectivement, de notre responsabilité historique et d’agir sans plus attendre.

Agir, c’est prendre en compte ces exigences sociales et environnementales dans chacune de nos décisions personnelles et professionnelles. C’est être, autant que possible, les acteurs et les ambassadeurs d’une technologie responsable au service du bien commun. C’est aussi peser sur les choix politiques dont dépendront la vitesse et l’ampleur des transformations.

Agir, enfin, c’est aussi préparer les générations futures à relever les défis d’un monde qui, pour le meilleur ou pour le pire, ne ressemblera pas beaucoup au nôtre. Comme l’a brillamment démontré Sir Ken Robinson, pour changer le monde, il faut commencer par changer l’éducation. Pour penser différemment, il faut enseigner la différence. Pour obtenir des solutions créatives, il faut enseigner la créativité. Et alors l’humanité sera capable, pour reprendre l’image de Renée Mauborgne, de sortir des eaux écarlates de la deuxième révolution industrielle pour s’épanouir dans l’océan bleu de la troisième.

Lorsque l’astronaute Mae Jemison demande à l’assistance d’imaginer les conditions d’un voyage interstellaire au long cours, les choix sont raisonnablement ceux qui permettront à l’équipage d’être durablement autosuffisant. Aujourd’hui, nous devons prendre conscience qu’en réalité, le voyage a déjà commencé, que nous sommes à bord du vaisseau... Veillons à ce que nos choix s’inspirent des siens.

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.