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Google m’a effacer…

Le 9 oct. 2014

Avec la multiplication des algorithmes, l’internaute se retrouve peu à peu pris au piège de la toile. Afin de préserver un semblant de contrôle des données, une loi s’avère nécessaire : reste à savoir qui en tirera les rênes… Explications de Richard Strul, Resoneo.

La différence entre Dieu et le père Noel… C’est que le père Noel c’est vrai. Coluche nous a laissé cette précieuse maxime.

C’est des histoires… Que nous confions au tout puissant réseau mondial depuis 25 ans au cours desquels nous avons stocké plus de « data » que depuis le début de l’humanité.

Nous avons d’abord confié aux moteurs ce qui avait une importance collective, puis des choses personnelles, pour finir par faire de Facebook un  cookie géant contenant notre « timeline » et celle de nos enfants.

 

Qu’en font-ils ?

Ils « algorithmisent », et montre à chacun ce qu’il souhaite voir,  en fonction de statistiques et de la loi du trafic.

La conférence d’Eli Pariser au Ted est à cet égard particulièrement pédagogique : nous ne voyons pas tous la même chose ; loin s’en faut.

La requête « Egypte », formulée à l’époque des émeutes, remontait  des résultats très différents pour un jeune égyptien et un autre internaute. Les émeutes étaient très présentes ou totalement absentes des résultats selon le cas.

Google et consorts bâtissent des bulles qui filtrent nos perceptions, comme le filtrage collaboratif d’Amazon: j’aime le Jazz...on m’en propose; et je m’enferme progressivement dans cette musique.  Plus j’en achète, plus l’algorithme m’en présente.

C’est ce qui a fait dire à Tim Berners Lee, un des créateurs d’Internet, que le web « fenêtre ouverte sur le monde » était en train de se refermer. Plus les algorithmes en savent sur nous, plus ils affinent les bulles et plus nous devenons myopes.

Croisez ça avec le fait que Marc Zuckerberg, fondateur de Facebook, ait déclaré que la vie privée était obsolète et il vous apparaitra clairement que vous n’avez plus la main sur votre image.

Donc une loi qui nous redonne du contrôle sur nos vies est une bonne idée. Reste à voir comment l’appliquer.

Qui doit décider qu’une info doit être désindexée ? En vertu de quel critère ? Ya-t-il une différence entre les censureurs en Chine qui bloquent l’accès à une donnée au nom de critères idéologiques et ceux qui souhaiteraient la désindexer au nom de… de quoi au fait ?

Dans « Les Falsificateurs » d’Antoine Bello, un jeune homme intègre une organisation secrète dont les membres ont pour mission de réécrire l’histoire, falsifier ou supprimer des documents officiels, faire oublier le lien entre la guerre froide et la course à l’espace russo-américaine, etc…Tout au long du roman, on se demande qui tire les ficelles? Pourquoi ? Qui réecrit l’histoire ?

La Cour de Justice vient de donner ce droit on ne sait pas trop à qui!

Google a reçu des milliers de demandes et en a refusé 60%, pour des raisons très diverses. Ils doivent désindexer si l’information est « inadéquate, plus pertinente ou excessive ». Cela laisse la porte ouverte à l’interprétation…

Imaginons un politique soupçonné d’agression sexuelle, ou qui ne paie pas ses impôts… et qui souhaiterait postuler comme Président, ou Député… En tant qu’électeur, n’auriez-vous pas envie d’en être informé avant de mettre votre bulletin dans une urne ?

L’histoire personnelle et celle avec un grand H ne vivent pas sur des planètes séparées.

Et le législateur, avec cette ordonnance a passé la main à des sociétés privées (Google n’est pas le seul moteur) pour juger d’éléments usuellement fondés en droit et arbitrés par des instances judiciaires.

Pas évident que Google soit ravi…. C’est du boulot ! C’est un coup à être embêté quand quelqu’un n’est pas d’accord. Mais surtout si Google n’est plus une source exhaustive, conservera-t-il son universelle attractivité ? D’ou sa velléité manifeste à prendre les rênes du sujet.

Ceci pose quelques vrais problèmes : la prescription, par exemple, diffère d’un droit et d’un pays à l’autre. Un fait doit il être désindexé si la justice qui l’a traité considère qu’il est encore d’actualité ? Et quel droit de quel pays s’applique ? Quand c’est le droit de la presse français, il date de 1881 !

Par ailleurs, à date, l’arrêt n’ouvre ce droit qu’à des personnes physiques. Rien n’est prévu concernant les personnes morales. Si j’ai eu un souci dans mon parcours professionnel, je pourrai effacer MES traces mais ce qui alliera mon nom et celui de mon entreprise sera toujours là..

Enfin, désindexer n’est pas effacer. Vous barrez l’accès à l’autoroute, vous ne détruisez pas les preuves… Des sites d’archives comme Wayback stockent des millions de vieilles versions de sites ; les grands médias, Wikipedia, et tous les léviathans du web conserveront leurs documents, sauf requête express à chacun. Certains se battent d’ailleurs pour ne pas être amalgamés à Google et brandissent l’article 19 de la déclaration universelle des droits de l’homme, sur la liberté d’expression.

 

Concrètement si j’ai un souci je fais quoi ?

D’abord je vérifie que je ne corresponds pas aux critères (empiriques) sur la base desquels Google refuse.

Si ma demande est en lien avec mon parcours professionnel, c’est souvent NON.

Je veux supprimer un lien que j’ai posé moi même :  NON.

Un lien d’actualité ou d’intérêt public : NON.

Et un profil de réseau social : NON.

Dans ce cas, la meilleure solution reste l’occupation de terrain, qui consiste à fabriquer et/ou positionner des contenus conçus pour se placer dans les résultats des moteurs, pour pousser les contenus gênants en bas de page.

L’avènement des smartphones et tablettes aide considérablement . L’écran plus petit affiche peu de liens. Autant de chances de ne pas être vu.

Si l’information est clairement diffamatoire, la voie juridique peut être efficace à condition de réagir vite. La prescription est courte. Tentez la médiation avant d’employer les grands moyens. Ca peut marcher…

 

Sinon la meilleure solution c’est de ne faire aucune bêtise. Ou gardez à l’esprit que tout ce que vous ferez sera un jour retenu contre vous..

Pensez à Google : Don’t be evil !

 

Richard STRUL
CEO et fondateur de RESONEO

Sylvie le Roy - Le 9 oct. 2014

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