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Bradley Cooper, dans le film Limitless, derrière son ordinateur

Accro à la distraction ? Ce livre va vous faire (re)gagner en productivité

Le 28 sept. 2018

Chaque jour, on perd du temps. Sur Facebook, à lire des mails inutiles, à y répondre… Résultat : notre capacité de concentration est réduite à néant. Et ça pose problème… Le livre de Cal Newport a peut-être les solutions pour y remédier.

Le saviez-vous ? Malgré une production cinématographique prolifique, Woody Allen ne se sert que d’une simple machine à écrire pour travailler. De son côté, J. K. Rowling a dû s’enfermer dans un luxueux palace loin de sa famille pour écrire le dernier tome des aventures de Harry Potter. Quant à Bill Gates, il aurait compris le potentiel d’internet après une semaine passée isolé dans une charmante demeure coupée du monde.

De là à se dire qu'on est moins con quand on n'est pas dérangé par internet, il n’y a qu’un pas. Sauf qu’en fait, c’est la somme de toutes les distractions que nous subissons qui amenuise notre capacité de concentration – et donc de production.

C’est ce qu’a identifié le spécialiste de l’information théorique américain Cal Newport. Dans son livre Deep Work, Retrouver la concentration dans un monde de distractions, ce docteur du MIT oppose deux formes de travail.

D’un côté, il y a le travail en profondeur, mené dans un état de concentration absolue qui exploite à fond nos capacités cognitives pour plus de valeur ajoutée. De l’autre, le travail superficiel, qui regroupe les tâches logistiques non-exigeantes sur le plan cognitif, et qui sont souvent exécutées en étant distrait sans créer beaucoup de valeur.

Le problème aujourd’hui, c’est que nous – travailleurs – perdons contact avec le travail en profondeur à cause de ce qu’il appelle « les outils de réseaux ». L’appellation englobe les services de communication (e-mails, SMS, messageries instantanées…), les réseaux sociaux et tous les sites d’entertainment. La prolifération de ces outils et leur facilité d’accès (smartphones, ordinateurs) a complètement fragmenté notre attention.

 

Une nécessité à l’ère de l’économie de l’information

Votre journée n’est qu’une succession de réception et d’envoi d’e-mails ? Le tout, entrecoupé de pauses fréquentes qui vous donnent l’impression de distractions éphémères ? Ce n’est pas bon signe – mais c’est le cas pour la majorité d’entre nous.

Le phénomène n’a rien de neuf. La nécessité du travail en profondeur, en revanche, est assez récente. Dans une économie industrielle, les ouvriers peuvent s’en sortir sans jamais cultiver de capacité à se concentrer hors de toute distraction. Mais nous sommes dans une activité de l’information – et les « travailleurs du savoir » (plutôt que du « faire ») sont de plus en plus nombreux. « La capacité à travailler en profondeur se fait de plus en plus rare tout en devenant de plus en plus précieuse dans notre économie. En conséquence, ce sont les rares personnes à entretenir cette habileté, puis à l’inscrire au cœur de leur vie professionnelle, qui s’épanouiront et connaîtront la réussite », prédit l’auteur.  

Ok, ça a un petit côté effrayant de se dire que notre sentiment de débordement n’est lié qu’à notre incapacité à rester concentré… Mais Cal Newport donne quelques clés pour nous y retrouver.

 

Des journées plus courtes mais optimisées

Ses réalisations prouvent l’efficacité de sa méthode. En 10 ans, il a publié 4 livres, décroché un doctorat, écrit des articles universitaires et a été embauché en tant que professeur à l’université de Georgetown. Le tout, en ne travaillant que la semaine – et rarement après 17h ou 18h.

Pour réussir à avoir un « emploi du temps ramassé », il faut quelques sacrifices. Notamment réduire tout ce qui est « superficiel ». Mais il le promet : le jeu en vaut la chandelle, d’un point de vue pro mais aussi perso. « Je ne touche pas à mon ordinateur après avoir quitté le bureau – sauf pour écrire des articles de blog ». Cette capacité à « couper » complètement lui permet de profiter de sa femme et de ses deux enfants. « L’absence de distraction dans ma vie atténue le bourdonnement mental ambiant qui semble de plus en plus envahir le quotidien des gens ». Il poursuit : « m’ennuyer ne me dérange pas, et cela peut constituer une habileté étonnamment gratifiante ».

 

Quatre règles à respecter

Pour parvenir à cet état de concentration ultime qui permet de gagner en efficacité, il énonce quatre règles. Promis, elles ne feront pas de vous un moine tibétain… Mais ça chamboule quand même le quotidien, c’est certain.

 

Règle n°1 : travailler en profondeur

Pour parvenir à cet état de performance et de concentration, il faut adopter la méthode du travail en profondeur vs travail superficiel. Pour ce faire, il convient de définir votre propre philosophie, adaptée à votre situation (notamment en termes de rythmes). Il préconise d’instaurer des rituels rigoureux et originaux (sur votre lieu de travail, les procédés, etc.) et ne pas hésiter à employer les grands moyens, notamment en bouleversant radicalement son environnement habituel. Enfin, il convient de ne pas travailler seul… en prenant quelques précautions. La relation entre travail en profondeur et collaboration est délicate, mais tirer parti d’une collaboration peut accroître la qualité du travail. « Il faut l’adopter lorsque cela s’impose, mais ne pas aller jusqu’à vénérer cette quête d’interactions ».

 

Règle n°2 : étreindre l’ennui

Il est difficile de savoir se concentrer si on n’apprend pas à son esprit à se débarrasser de sa dépendance à la distraction. Cal Newport fait le parallèle avec les sportifs, qui doivent prendre soin de leur corps en dehors des séances d’entraînement. « Vous aurez du mal à atteindre une grande profondeur de concentration si vous passez le reste du temps à fuir le moindre signe d’ennui ». Il constate que nous sommes nombreux à penser être capable de passer d’un état de distraction à un état de concentration. Mais c’est un peu trop optimiste ! « Une fois que vous êtes programmé pour être distrait, vous y êtes accro ». L’utilisation d’un service source de distraction ne diminue pas en soi la capacité du cerveau à se concentrer, c’est plutôt le fait de passer en permanence, au moindre signe d’ennui, d’activités qui demandent de se concentrer à des activités distrayantes. « Cette bascule constante affaiblit les muscles mentaux responsables d’organiser les nombreuses sources rivalisant pour accaparer votre attention ». Vous voilà prévenus !

Il préconise d’isoler des « plages horaires » dédiées aux distractions. « Ce faisant, vous renforcez les muscles chargés de sélectionner ce qui doit retenir votre attention. Si votre prochain créneau internet est programmé dans 20 minutes et que vous commencez à ressentir un certain ennui, qui conduit à l’envie de céder à une source de distraction, les 20 prochaines minutes de résistance se muent en une séance de gymnastique destinée à faire travailler votre concentration ».

Vous devez utiliser internet toute la journée pour votre métier ? Bonne nouvelle, cette stratégie fonctionne aussi. « L’important n’est pas le nombre ou la durée de vos créneaux internet, mais de veiller à ce que vos créneaux hors ligne soient parfaitement respectés ».

 

Règle n°3 : dire adieu aux réseaux sociaux

On vous voit flipper derrière votre écran… Mais pas de panique. Cal Newport – bien qu’il soit lui-même absent des réseaux sociaux – ne vous demande pas de tout arrêter. D’autres ont tenté l’expérience et s’en sont bien tirés, mais ça n’a pas besoin d’être aussi radical. « Il ne s’agit pas de déserter carrément internet, mais de rejeter l’état d’hyperconnectivité empreinte de distraction dans lequel nous nous trouvons ». En gros, naviguer sur Twitter pour rester au courant de l’actualité à un moment de la journée, c’est OK… Mais poster tous ses repas sur Instagram, clairement pas.

Oups.

Règle n°4 : fuir la superficialité

Malgré les heures sup, rares sont les personnes qui travaillent vraiment 8h par jour. De plus en plus d’entreprises réussissent à instaurer des semaines de 4 jours sans pour autant imposer des horaires délirants à leurs employés. Le secret ? Quand on dispose de moins d’heures pour mener à bien sa mission, on respecte plus son temps de travail – et on cesse de faire des choses sans importance… Avoir moins de temps, c’est l’utiliser de manière plus pertinente.

Si votre boss n’est pas tenté par le principe, il est quand même possible d'identifier des moments où l’on peut gagner du temps. Notamment en planifiant chaque minute de sa journée. Pas très glamour, ni très révolutionnaire… Mais ça marche. « On passe une grande partie de nos journées sur pilote automatique sans réfléchir à ce que nous faisons de notre temps ». Essayez de terminer vos journées à 17h30, et soyez un peu plus difficile à joindre sur votre portable ou par mail… Et vous verrez – apparemment c’est très bon pour la productivité !

 

Cal Newport, Deep Work, Retrouver la concentration dans un monde de distractions, éditions LEDUC.S, 304 pages.

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