
Après les GLP-1, Wall Street mise tout sur la repousse des cheveux. Et quand les biotechs s’en mêlent, les investisseurs s’affolent plus vite que vos pauvres follicules.
Et si la prochaine ruée vers l’or des laboratoires ne concernait ni la minceur ni la longévité, mais votre cuir chevelu ? À Wall Street, en tout cas, la calvitie est LE marché pharma à suivre. Le média américain Bloomberg rapproche cette fièvre du succès des traitements GLP-1, popularisés par le blockbuster Ozempic. Le parallèle avec les médicaments anti-obésité est, il est vrai, tentant : une demande de masse, l’espoir de traitements plus simples et mieux tolérés, et des consommateurs carrément prêts à payer de leur poche pour en finir avec leurs insécurités physiques.
Selon les données de l'Académie américaine de dermatologie, l'alopécie touche environ 50 millions d'hommes et 30 millions de femmes aux États-Unis. En Europe, les études disponibles situent la proportion d'hommes concernés entre 40 et 45 %. Et pourtant, du côté des solutions, rien de bien florissant : aucun nouveau médicament n’a été approuvé depuis la fin des années 1990.
150 dollars par mois en vitamines, crèmes et casques LED
Aujourd'hui, les patients disposent surtout du minoxidil, qui peut provoquer des palpitations cardiaques, et du finastéride, souvenir associé, lui, à une baisse de la libido. Pas sûr, dans ces conditions, que le jeu en vaille la chandelle. Et si le tourisme capillaire à la « Turkish Hairlines » a abaissé la barrière à l’entrée, avec des coûts pouvant afficher jusqu’à 70 % de moins que ceux pratiqués en Europe ou aux États-Unis, la chirurgie demeure coûteuse et contraignante. « Certains sont prêts à prendre l’avion jusqu’en Turquie pour se faire déplacer des cheveux sur le crâne, explique à Bloomberg Gil Blum, analyste chez la banque d'affaires Needham. Imaginez s’il était possible d’obtenir le même résultat sans passer par une greffe. » De fait, le marché existe déjà : selon une enquête citée par Cosmo, les patients américains concernés dépenseraient environ 150 dollars par mois en vitamines, crèmes et casques infrarouges, souvent sans preuves cliniques solides.
Parmi les acteurs à suivre, Bloomberg cite Veradermics, qui développe une version orale du minoxidil. Depuis son entrée en Bourse, l’action de la société a bondi de près de 500 %. Si elle obtient le feu vert de la FDA, cette molécule pourrait devenir la première pilule autorisée contre l’alopécie féminine. Autre société de biotechnologie positionnée sur ce créneau, Absci développe ABS-201, un candidat injectable contre la perte de cheveux, conçu à l’aide de l’intelligence artificielle. La société prévoit de publier des résultats cliniques intermédiaires au second semestre 2026, tandis que son action a plus que doublé depuis le début de l’année. De son côté, Cosmo prépare une demande d’autorisation américaine pour la clascotérone, une solution topique qui agit directement sur le follicule. Le dossier devrait être déposé au premier trimestre 2027, mais le traitement ne pourrait faire son apparition dans les pharmacies américaines qu’à partir de 2028, au plus tôt.
Ces développements nourrissent l’enthousiasme des investisseurs, mais répliquer le phénomène GLP-1 se heurte à un point décisif : le remboursement. Les médicaments contre l’obésité ont fini par obtenir une prise en charge par les assurances, tandis que ceux contre la perte de cheveux devraient rester à la charge des patients. Mais si une injection, ou mieux encore une pilule quotidienne, tient la promesse d’une repousse sans effets indésirables majeurs, Wall Street ne doute pas que le jackpot soit à portée de mèche, même sans prise en charge.



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