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Meubler son logement, un facteur d’intégration sociale

© Tima Miroshnichenko

La Banque Solidaire de l’Équipement d’Emmaüs permet aux personnes précaires qui accèdent à leur premier logement de se meubler à petits prix. Une étape essentielle vers le bien-être et l’estime de soi.

Après six mois passés au Palais de la Femme, une résidence sociale pour les femmes isolées à Paris, Yaba Brigitte Cissé, aide-soignante de 36 ans, a pu trouver un logement. Pourtant, ce n’est pas tout d’avoir un toit sur la tête : encore faut-il pouvoir s’y sentir bien. « Il fallait carrément tout meubler, j’avais besoin de tout !  » , se souvient-elle.

Quand les ressources financières manquent, s’équiper relève parfois du parcours du combattant. Pour adoucir cette épreuve, sa travailleuse sociale a une solution : la Banque Solidaire de l’Équipement (BSE). Ce service, créé en 2012 par Emmaüs Défi, récupère des invendus neufs et les revend à petits prix à des foyers qui accèdent à des logements autonomes après une situation de précarité.

« Notre but est de les amener à nous dire ce qui leur plaît ou non »

« On voulait éviter le surendettement, ou que les personnes vivent dans un campement pendant des mois car cela compromet la capacité de se maintenir durablement dans un logement. Moins une personne s’approprie son logement, plus il se dégrade vite » , indique Marianne Yvon, responsable de la Banque Solidaire de l’Équipement. Un enjeu pour les bailleurs sociaux donc, mais aussi pour le bien-être des futurs locataires.

Marc Breviglieri, sociologue et professeur associé à la Haute École spécialisée de Suisse occidentale nous le confirme : « Meubler, c'est créer un monde sensible qui touche à l'agréable et donc, d'une certaine façon, ce monde prend soin de l'habitant qui s'y sent bien. » Traduction : choisir ses meubles et équiper dignement son logement permet non plus seulement de vivre, mais de bien vivre.

Linge de maison, vaisselle, matelas, petit mobilier, ustensiles de cuisine… Dans leurs boutiques, les salariés de la BSE accueillent les futurs locataires, trois mois maximum après leur installation. Pas évident de se projeter quand on a vécu dans des lieux d’habitation collectifs comme Yaba Brigitte. D’où l’intérêt du showroom, nous explique Marianne Yvon : « On ne demande pas aux usagers de justificatifs, on les considère comme des clients. Notre but est de les amener à nous dire ce qui leur plaît ou non. »

Renforcer l’estime de soi et l’intégration sociale

Avant de pouvoir déambuler dans les rayons des boutiques, les futurs clients font un point budget avec leurs travailleurs sociaux. Puisque le but est de sortir de la gratuité, les clients paient l’ensemble de leurs achats. En fonction de leur budget, ils définissent ensemble les équipements nécessaires, « afin de ne pas les mettre en difficulté » , précise Marianne Yvon.  

Yaba Brigitte Cissé avait un budget d’environ 800 euros pour meubler la totalité de son appartement quand elle a franchi les portes de la BSE. « C’est mon salon et ma cuisine qui me préoccupaient. Il me fallait des ustensiles de cuisine, une table à manger, une table basse » , se souvient-elle. L’aide-soignante est surprise par la qualité des meubles proposés par la boutique, qui n’ont rien à voir avec une boutique de seconde main. « Je me suis dit que tout allait être vieux jeu, mais non ! Je suis restée bluffée » , ajoute Yaba Brigitte. Cette qualité est rendue possible grâce aux nombreuses enseignes qui donnent des produits neufs issus d’invendus, de retours clients ou de fins de séries.

Parmi les plus gros partenaires, on trouve Maisons du Monde qui donne chaque année plusieurs milliers de produits en parfait état. « Pouvoir proposer de beaux produits comme ceux de Maisons du Monde épouse parfaitement notre volonté de restaurer l'estime et le sentiment de confort matériel des personnes accompagnées dans l'équipement de leur nouveau logement », souligne Aurore Ruffier, responsable des Partenariats Entreprises chez Emmaüs.

Parmi les coups de cœur de Yaba, un canapé d’une valeur de 150 euros. Grâce aux petits prix proposés par la BSE, qui sont en moyenne à 20 % des prix du marché, les ménages réalisent en moyenne une économie de 1000 euros. Néanmoins, ce service ne permet pas que de faire des économies, souligne Marianne Yvon : « On a mené une enquête auprès des jeunes de l’aide sociale à l’enfance qui arrivent dans leur premier logement. Grâce à la BSE, ils s’autorisent à recevoir des gens chez eux, leur famille, des amis et à être fiers d’eux. » Un constat que partage le sociologue Marc Breviglieri : « Un logement à son goût est une condition de l’hospitalité pour autrui. Faire venir chez soi et donner l’hospitalité renforce l’estime de soi en lien avec les autres. C’est par là un facteur d’intégration sociale. » Depuis qu’elle a emménagé dans son appartement de 52 m², Mme Cissé invite ses amis qui « ont kiffé le canapé !  » .

En 2021, la Banque Solidaire de l’Équipement a vendu 69 000 équipements dans ses boutiques de Paris, Aubervilliers, Villeurbanne, Roubaix et Toulouse, livrés chez les particuliers par des compagnons d’Emmaüs.


Cet article est issu de « Beau et Responsable », un dossier complet réalisé par L'ADN en collaboration avec Maisons du Monde. Pour accéder aux autres contenus qui le composent, c'est par ici !

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