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© Getty

Comment assurer sa transition énergétique ? Lumière sur le cas EDF

Le 19 nov. 2018

La priorité du pays est la lutte contre le changement climatique et concrètement la diminution des émissions de gaz à effet de serre. Le Plan Climat adopté par la France en 2017 entend accélérer cette lutte, en se projetant sur une neutralité carbone à horizon 2050.

Directeur des transports et des véhicules électriques d’EDF de 2005 à 2008, directeur de la division collectivités territoriales de la direction Commerce de 2008 à 2012 et ancien directeur du cabinet civil et militaire du ministre de la Défense de 2012 à 2017, Cédric Lewandowski, actuel directeur exécutif chargé de la direction Innovation, stratégie et programmation d’EDF détaille la manière dont le groupe résolument tourné vers l’avenir tisse des liens, noue des partenariats, met en place un dialogue au niveau national et international avec les autres parties prenantes engagées dans la transition énergétique.

Comment EDF compte-t-il s’inscrire dans un monde décarboné ?

CÉDRIC LEWANDOWSKI : EDF dans cinquante ans ne ressemblera pas au EDF d’aujourd’hui. La part de nucléaire sera réduite mais plus efficace et encore plus sûre. Et surtout, on aura développé toute une série d’autres capacités de production d’énergies renouvelables et de stockage d’énergie de manière à rééquilibrer notre mix de production.
La première grande alternative est de tendre vers un nucléaire plus efficace et plus sûr, un nucléaire de troisième génération. Car cela reste le meilleur moyen de produire de l’électricité décarbonée en toute indépendance. J’insiste là-dessus : notre ambition est d’aller encore plus loin en termes de performance et de sécurité. Nous imaginons par ailleurs qu’il y aura une place demain pour des petits réacteurs, comme le projet de Small Modular Reactor (SMR), développé conjointement avec le CEA, Naval Group et TechnicAtome. Nous comptons bien proposer au gouvernement un vrai programme de développement en ce sens dans les années à venir.

Sur le terrain des énergies renouvelables, là aussi nous concentrons nos efforts pour doubler d’ici à 2030 la part de l’hydraulique, de l’éolien et du photovoltaïque dans le mix énergétique global. La seule part de l’énergie photovoltaïque va être multipliée par 4 d’ici à 2035 selon les objectifs affichés dans le Plan Solaire annoncé en décembre. Et nous allons bientôt inaugurer l’Institut Photovoltaïque d’Ile de France (IPVF), un pôle d’innovation technique sur le plateau de Saclay, qui va permettre de grandes avancées en la matière. 

De plus en plus, EDF recourt à des partenaires extérieurs, lance des appels à projets.
Quel sens prêtez-vous à cette démarche ?

C.L. : Pour accélérer la transition énergétique, nous ne devons négliger aucune piste. Nous devons nous tourner vers de nouveaux horizons, de nouveaux métiers, de nouvelles façons de faire. Et accepter de nous dire : « En tant qu’électricien, j’ai des progrès à faire dans le domaine de l’habitat, du démantèlement nucléaire ou de la silver economy, mais seul je n’y arriverai pas. ». Donc nous lançons des appels à projet à destination de start-up. Nous allons sélectionner certaines idées afin de les incuber au sein de notre pépinière de start-up EDF Nouveaux Business. Nous avons prévu de doter cette structure de 40 millions d’euros. L'objectif est d'investir dans au moins 10 start-up d’ici à septembre 2019.

Quelque 70 % des programmes de la R&D sont en commandite, c’est-à-dire qu’ils correspondent à de véritables préoccupations exprimées par les métiers du Groupe

Bien sûr, à travers cette entité, nous accompagnons aussi les initiatives de salariés du groupe. Parmi les premières pépites issues de l’intrapreneuriat : Store and Forecast et Metroscope. Deux sociétés nées de l’imagination de nos salariés qui sont allés chercher des solutions tant en interne qu’en externe... Sur des questions très pointues comme l’hydrogène et bien que nous ayons des spécialistes de la question au sein de notre département R&D d’EIFER, industriellement, nous ne savons pas le mettre en oeuvre. C’est la raison pour laquelle EDF Nouveaux Business a investi au capital de la société McPhy. Car nous sommes persuadés que l’hydrogène est un élément de décarbonation de l’économie extrêmement intéressant. Cala s'applique particulièrement pour les transports lourds et l’industrie. Faire rouler des trains régionaux à l’hydrogène décarboné est à nos yeux un vrai progrès.

La vraie révolution en cours, c’est cette transversalité qui se met en place

Et puis il y a aussi chaque année les Prix EDF Pulse. Par le biais de cette grande compétition d’innovation, nous nous ouvrons à des outils et des méthodes qui peuvent être expérimentés chez nous pour plus d’efficacité. Là aussi, le bénéfice est réciproque. En réalité, les ingénieurs EDF ont toujours innové. La vraie révolution en cours, c’est cette transversalité qui se met en place, ce décloisonnement entre les métiers, cette volonté de trouver des solutions ensemble. Le fait de se remettre en question, de se transformer en permanence est le propre d’une industrie à la pointe qui s’inscrit dans un processus d’amélioration en continue. L’innovation est inscrite dans les gènes de notre entreprise. 

À une échelle internationale, vous devez être confronté à des négociations serrées au sujet de l’énergie, entre des pays qui ne veulent pas compromettre leur développement et d’autres qui cherchent d’autres voies.
Est-ce difficile de faire valoir sa position ?

C.L. : En réalité, le monde de l’énergie est un microcosme de gens qui se parlent et partagent énormément à l’échelle internationale. Au sujet de la décarbonation, nous nous orientons vers un consensus très large. Au cours du sommet des plus grands électriciens mondiaux à Paris au mois de mai : le Global Sustainable Energy Partnership (GSEP), j’ai été frappé de constater que tout le monde autour de la table était totalement convergent sur le sujet de la décarbonation : autant les Chinois, les Américains que les Européens. D’une manière générale, les États se parlent, ils échangent. Il existe énormément de lieux de débats et de dialogue, à l’intérieur des entreprises, entre entreprises ou entre États. Cela ne veut pas dire que l’on soit d’accord, mais le dialogue existe, et il a toujours existé. Même dans le domaine nucléaire qui réunit moins de nations, la volonté de coopération est évidente. Car là aussi notre intérêt est le même : que le nucléaire soit le plus fiable, sécurisé et efficace possible. À ce sujet, il n’y a pas de compétition qui conduirait les uns ou les autres à cacher leur copie. De toute façon nous sommes soumis à des autorités nationales de sûreté qui réclament toujours plus de transparence. Quel que soit le domaine d’activité, sur le plan technologique, il y a énormément d’échanges scientifiques, de « fertilisations croisées ». C’est sans doute parce que la nécessité de s’inscrire dans la transition énergétique est une préoccupation partagée autour du globe.


Cet article est paru dans le hors-série Le Génie Collectif réalisé en partenariat avec EDF dans le cadre des Electric Days 2018.

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