Chiffre

Les cabinets de conseil reçoivent plus d'argent de l'État que la recherche fondamentale sur le vaccin

Pendant la pandémie, l'État a plus dépensé pour payer des consultant·e·s qu'il n'a investi dans la recherche sur le vaccin.

Le chiffre tiré de l'enquête Les Infiltrés des journalistes Caroline Michel-Aguirre et Matthieu Aron a de quoi donner le vertige. Pendant la pandémie, l'État a dépensé auprès des cabinets de conseil privés la somme de 24,6 millions d'euros, soit plus que le budget alloué à la recherche fondamentale sur le vaccin. Le seul cabinet McKinsey a touché 10,7 millions d'euros, notamment pour mettre en œuvre la stratégie vaccinale en France. Mais les subsides publics ont largement arrosé tous les grands cabinets de conseil, parmi lesquels les « Big Four » – EY, Deloitte, KPMG et PwC –, mais aussi Capgemini, Accenture ou encore Roland Berger.

Un État dépendant au conseil privé

Caroline Michel-Aguirre et Matthieu Aron font état dans leur enquête d'une dépendance alarmante de l'État à ces armées de consultants et consultantes, formées pour le rationaliser et le moderniser. Les deux journalistes avancent un autre chiffre faramineux, celui de 1,5 à 3 milliards de dépenses annuelles en consulting. Ce chiffre prend en compte les données de la Cour des comptes mais aussi celles transmises par les administrations elles-mêmes.

Le site du média Public Sénat pointe quant à lui les montants ahurissants facturés par le cabinet McKinsey au ministère de la Santé au plus fort de la pandémie : « 250 000 euros de conseil par semaine, 50 000 euros par jour ». Gestion de l'approvisionnement en masque, marché des tests et des réactifs et enfin stratégie vaccinale... l'entreprise se justifie en précisant qu'elle était présente sur tous les fronts. Une omnipotence aux plus hauts sommets de l'État qui ne manque pas d'interroger. C'est d'ailleurs le sens de la commission d'enquête lancée par le Sénat et chargée de mettre au clair « l'influence croissante des cabinets de conseil privés sur les politiques publiques » .

Mais pourquoi employer des consultant·e·s externes plutôt que de former des agent·e·s de l’État ? En partie parce que les lois de modernisation des politiques publiques ont imposé des plafonds d'emploi, contraignant la masse salariale de l’État et imposant le recours à des consultant·e·s externes. « Alors même que le recours à des consultants coûte plus cher à l'État » , explique la politiste Julie Gervais, co-autrice de l'ouvrage La valeur du service public (la Découverte, 2021). « Mais aussi parce que s'est diffusée depuis le XIXème siècle la croyance selon laquelle le privé est systématiquement plus efficace. »

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