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Comment entreprises et territoires s’emparent de l’imaginaire pour bâtir le monde de demain

© Matt Palmer - Unsplash

La Cité de l’Économie et des Métiers de Demain (CEMD) a interrogé chercheurs et entrepreneurs locaux sur l’impact de l’imaginaire sur leur envie de progrès. L’occasion de faire le point sur la nécessité de mobiliser de nouvelles perspectives sur nos futurs communs.

Comme souvent, Albert Einstein a été visionnaire. Le physicien déclarait dans les années 1940 que : « l'imagination est plus importante que la connaissance car la connaissance est limitée tandis que l'imagination englobe le monde entier, stimule le progrès, suscite l'évolution. »

Comment, dès lors, trouver l’inspiration pour se projeter vers d’autres représentations du monde ? Comment entreprises mais aussi territoires peuvent contribuer à ce renouvellement de nos imaginaires ? Autant de questionnements essentiels auxquels la Cité de l’Économie et des Métiers de Demain (CEMD) a souhaité répondre en organisant le 23 mai 2022, le deuxième acte de sa conférence longue-vue intitulée On n’arrête pas le progrès.

Technologies, construction des imaginaires et modèles de société

Premier élément inséparable de l’imaginaire : celui de la fiction. « Quelle est la relation entre les faits de science, la recherche et les faits de fiction ?  » , questionne Nicolas Minvielle, professeur à Audencia Business School, docteur en économie et spécialiste des imaginaires, également en charge de la Red Team Défense des armées françaises.

L’imaginaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale a-t-il inspiré le monde dans lequel nous vivons désormais ? C’est ce que l’on peut se dire quand on visionne une archive vidéo de l’INA datant de 1947 dans laquelle l’écrivain-journaliste René Barjavel prévoit malgré lui et avec 70 ans d’avance, l’iPhone, l’information en continu et les séries télévisées.

« Les fictions mettent en scène des usages et des technologies existants et inspirent de nouvelles images et technologies » , répond Nicolas Minvielle. Saviez-vous que le Communicator de Star Trek avait inspiré le cultissime Motorola à clapet ou que le compte à rebours de la NASA puise son origine dans celui du film Woman in the Moon, de Fritz Lang en 1929 ? Preuve que celles et ceux qui spéculent sur le monde de demain doivent être pris au sérieux.


Nicolas Minvielle met néanmoins en garde : « Les imaginaires ne sont pas neutres. » En effet, qu’ils soient impulsés par des puissances étrangères ou même les GAFAM, les imaginaires servent une vision du monde mais aussi les intérêts de quelques-uns… Dans son ouvrage Hollywood, le Pentagone et le monde, Jean-Michel Valantin fait la démonstration du lien entre l’armée américaine et « les visions technologiques de la guerre telles que nous les connaissons » , précise Nicolas Minvielle. Il faut donc observer ces imaginaires avec précaution car ils ont le pouvoir de « manipuler notre vision de demain » .

À l’inverse, l’une des raisons pour lesquelles les rapports alarmants du GIEC sur le climat ont aussi peu d’effets sur les politiques et la population, c’est qu’ils « ne racontent pas d’histoire » . Le film Don’t Look Up en 2021 se fait parfaitement l’écho de la difficulté de générer l’action par la connaissance... La clé selon Nicolas Minvielle : proposer un imaginaire pour générer de l’action.

Le récit européen, rempart fragile contre l’instabilité 

Parmi les imaginaires qui pourraient bien nous sortir de l’ornière, celui charrié par le Vieux Continent. L’imaginaire européen est aujourd’hui quelque peu en retrait par rapport au mastodonte américain, ou même à celui que peut proposer la Corée du Sud ou la Chine depuis quelques années. Pourquoi l’Europe peine tant à faire rêver ?

 Viviane de Beaufort, professeure et chercheuse en droit européen à l’Essec, le réaffirme pourtant : « L’Europe est notre dernier rempart » pour le climat, l’Ukraine, la montée des intégrismes, l’intolérance…

Puisque le récit de l’Europe est la paix, c’est un récit qui a « jusqu’ici peu touché les citoyens, sauf peut-être ceux qui viennent d’un pays où la guerre a sévi il y a peu encore » , souligne la spécialiste. En l’absence de cette paix interne, les chocs économiques, sociaux, sanitaires ou climatiques seraient bien plus complexes à absorber, assure Viviane de Beaufort.

Des entrepreneurs imaginatifs au service du progrès ?  

Concrètement, quel rôle peut jouer l’imaginaire dans le développement des projets entrepreneuriaux ? Xavier Facelina, SEO de Seclab, entreprise montpelliéraine spécialiste de la cybersécurité, a sa petite idée sur le sujet. À l’image de Motorola ou de la NASA, c’est dans un film, War Games, que ce chef d’entreprise a découvert sa vocation, qui le mènera des années plus tard à créer Seclab.

Dans ce film catastrophe américain de 1985, « un pirate informatique veut pirater les serveurs pour jouer aux jeux vidéo gratuitement » , se souvient-il. Xavier Facelina décide donc de devenir pirate informatique, puisque le terme de hacker n’avait pas encore été popularisé à l’époque.

L’entrepreneur met son savoir-faire et sa passion au service des entreprises et institutions. Il collabore ainsi avec le ministère de la Défense sur un sujet d’automatisation de centre de commande qui lui rappelle étrangement le synopsis du film War Games qui l’avait inspiré quelques années auparavant. Et le défi est de taille : il faut « penser le futur » afin d’anticiper les attaques de demain.

Et dans 20 ans ? Quels défis devra-t-on anticiper ? Pour l’entrepreneur, il y a deux trajectoires possibles : une catastrophiste, « où la technologie continue d’aller plus vite que nous » et une autre, « où la cybersécurité n’existera plus car cette compétence sera intégrée aux autres métiers » , imagine-t-il.

Les territoires montrent le chemin

Une chose est sûre, les territoires sont et seront les fers de lance de cet imaginaire au service des citoyens et des entreprises. Michaël Delafosse, maire de Montpellier et président de Montpellier Méditerranée Métropole, le confirme : les territoires doivent prouver qu’il faut avoir confiance en l’avenir et que tous, collectivement, « nous en sommes capables » .

Jalil Benabdillah, vice-président Économie, Emploi, Innovation et Réindustrialisation de la Région Occitanie, ne dit pas autre chose. Selon lui, à l’image de sa région, le territoire doit être dans la prospective et « se nourrir des réalités, des envies et des rêves des citoyens » .

Un bon programme pour les années à venir, au cours desquelles on pourrait imaginer que citoyens et citoyennes se saisissent des atouts de leurs territoires respectifs pour se projeter dans un avenir commun. 

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