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Il y a du sublime dans le Geek

Le 17 févr. 2015

Une vision esthétique, littéraire et pleine d'autodérision du codage... Après la poésie mathématique de Cédric Villani, Vikram Chandra fait l'éloge du code. La beauté des sciences n'a pas fini de nous éveiller. "Geek sublime"… 292 pages au cœur de l'industrie qui ne dort jamais.

Programmer est un art. Et au royaume du sublime, Vikram C. nous livre un spectacle "techno-artistique" inspiré de ses expériences entre l’Inde et les Etats-Unis depuis les années 80. Homme de lettres devenu homme de lignes, quand Vikram n'écrit pas, il code. Et quand il code, il écrit aussi. Dans cet essai presque philosophique, ce programmeur de génie a laissé place à l’auteur de science-fiction pour nous parler avant tout de langage, et de création.

 

Son propos est clair : chaque jour, le code change le monde. L'influence est planétaire. Et il semblerait que les personnes mêmes qui en sont à l'origine habitent un univers différent du reste de l'humanité, dont ils sont à la fois exclus et nouveaux maîtres. Les programmeurs ont aujourd'hui plus que jamais "besoin de réclamer le caractère extraordinaire de ce qu'ils font". Ils sont auteurs, architectes, peintres, sculpteurs, poètes, musiciens… Le programmeur est artiste, "aux prises avec le langage", au même titre que l'écrivain. Et le goût de l’absolu n'est jamais très loin : "le code doit être d'une beauté absolue, car le lire, c'est comme écouter une symphonie : chaque instruction fait en quelque sorte deux choses à la fois, et tout s'y associe avec grâce". 

 

Hier, le programmeur était un concepteur technique incompris. Aujourd'hui, le progrès technologique et la société démocratisent son métier. Demain, il sera ce qu'il a toujours été : un créateur. Pour nous en convaincre, Vikram C. nous raconte l’histoire du siècle, celle de la révolution informatique. Il tente de nous expliquer le fonctionnement de la machine ordinateur, il nous ouvre les "portes logiques" de la programmation, nous invite au cœur de la Silicon Valley et de sa "Mafia indienne", nous livre un cours magistral sur la perfection de la langue sanskrit, et nous apprend même au détour d’un chapitre non-misogyne que les premiers codeurs étaient…des femmes.

 

On y rencontre les plus grands : Charles Babbage, mathématicien visionnaire,  et premier homme à avoir énoncé le principe d’ordinateur au début du XIXème siècle ; Alan Turing, le père british de la science informatique (à voir : son biopic actuellement en salle, The Imitation Game) ; Steve Wozniak cofondateur d’Apple Computer avec Steve Jobs et concepteur des premiers Apple ; John Bakcus, concepteur du langage d'IBM duquel est issu le Fortran, premier langage de programmation de haut niveau largement utilisé. Et les autres, gardiens éternels du code…

 

Bien que les nombreuses anecdotes et démonstrations pourraient, à certains moments, nous endormir et nous dépasser, Vikram C. ne fait jamais rimer code avec ennui. Très vite, une nouvelle vision de l’art technologique se dessine et de nombreuses questions se posent sur un métier qui se veut mystérieux. Plutôt deux fois qu’une, Vikram C. manie la langue avec précision et nous amène sur un terrain de jeu que l’on n’aurait pu imaginer : sans limite. Mieux que diaboliser le geek, il le sublime. "C'est indiscutable : nous sommes là au royaume de la perception humaine, du goût et du plaisir, et donc de l'esthétique"

 

Vaste programme.

 

C# !

 

Caroline Martin

@carolinemrtn

L'ADN - Le 17 févr. 2015
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