bannière 2
bannière 2
premium1
Employés de l'agence Image 7

Anne Méaux : « Je n’aime ni les peureux, ni les frileux »

Le 4 juill. 2018

Quand on rencontre Anne Méaux, on s’attend à une sacrée leçon. Pour les 30 ans d’Image 7, celle que les médias surnomment « la papesse de la com’ » nous parle des rencontres qui lui ont permis d’en arriver là, de ce qu’elle aime – ou pas – chez les gens, mais aussi de féminisme et de liberté. Vous êtes prêts ?

Valéry Giscard d’Estaing, Alain Madelin, François-Henri Pinault… Quand on l’écoute, Anne Méaux n’a que de grands noms à la bouche. Son histoire est faite de rencontres, et elle leur rend hommage. Ainsi qu’à ses consultants, qu’elle sélectionne, un à un, avec soin. Pour elle, le plus important dans le métier de consultant en communication – qu’elle soit financière, de crise, politique… - c’est d’être structuré intellectuellement, « d’où mon goût pour le latin et le grec qui ne relève pas d’une vieille nostalgie. Mais la période fait que nous sommes agressés à la nano-seconde par les informations, vraies ou fausses, qui arrivent dans tous les sens. Le premier talent d’un consultant, c’est d’avoir l’esprit de synthèse suffisant pour remettre de l’ordre et des priorités ».

Le ton est donné.

« Je ne crois pas aux grands spécialistes. Un bon consultant a une vision globale d’un sujet »

La « méthode Image 7 » est fondée sur l’intelligence collective. Le terme peut paraître éculé ; chez Anne Méaux, c’est un leitmotiv depuis 30 ans. « Je dirige une Maison extrêmement moderne, qui n’a rien à envier aux grandes thèses liées à la digitalisation ». Ici, on travaille en transversal – et pas uniquement depuis que les silos ne sont plus à la mode. « Ça a toujours été le cas, et c’est aussi ce qui a fait notre différence ».

Mais pour que ça performe, pas question de recruter des clones : la recette d’Anne Méaux ? Mixer les profils. Au niveau des univers, des expériences et des âges. « Les gens viennent de Normale Sup, Dauphine, Sciences Po ou Polytechnique. Ils ont étudié l’Histoire ou la philo. La personne la plus âgée a 68 ans et la plus jeune n’a pas beaucoup plus de 20 ans ». Un cocktail de têtes bien faites qui n’ont pas peur du choc des cultures. « J’ai besoin d’avoir ces intelligences qui viennent d’univers différents. Il faut pouvoir bâtir un corps de message qui sera décliné sur différents marchés : financiers, politiques, économiques, internes… Je ne crois pas aux grands spécialistes. Un bon consultant a une vision globale – ce qui n’empêche pas l’expertise ». Décliner une stratégie ou un message cohérent sur plusieurs terrains d’application, c’est impossible si l’on ne travaille qu’avec des gens qui ont les mêmes parcours, les mêmes idées. « Savoir attirer et garder les plus grands talents, c’est ça la clef des grands groupes pour se développer ».

Pour s’assurer de cette diversité, elle recrute elle-même chaque personne qui rejoint ses rangs. « Je travaille beaucoup. Quitte à me lever tous les matins, autant que ce soit pour retrouver des gens que j’aime ».

Des gens qu’elle aime au point qu’elle en parle comme de sa famille. « Je suis le patron, il n’y a pas de doute là-dessus. Mais mon talent, c’est de faire croître celui des autres, de créer des alchimies ». Pour abriter cette famille, elle ne conçoit pas Image 7 comme une agence – un mot qu’elle déteste ! – mais comme une Maison. « Je ne me vois pas comme une femme de la com’ ou de la pub mais comme une cheffe d’entreprise. Je n’ai pas le sentiment de diriger une agence : je n’ai pas inventé un produit mais une méthode. Bien sûr qu’on fait de la com’ ! Mais on fait aussi beaucoup d’autres choses ».

« Ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre »

Quand on la questionne sur l’évolution de sa Maison, Anne Méaux se plaît à citer Verlaine – Image 7 aujourd’hui ressemble à ce qu’elle était il y a 30 ans, mais a su évoluer. « Mon entreprise n’est ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre ». Les valeurs sur lesquelles elle a fondé sa société sont toujours là, mais elle a su intégrer des expertises en fonction des besoins de ses clients, notamment à travers « deux révolutions : digitale et internationale ».

Avec le numérique, au départ, elle pense faire comme tout le monde – « acheter une boîte » - avant de changer de cap. « Plutôt que d’embaucher 20 personnes que je n’aurais pas choisies, j’ai préféré recruter des gens qui ont une double culture, celle du digital et du conseil ». Depuis, en interne, elle développe les formations, les web factories, les interventions de startups. « Puisque nous les conseillons, il faut comprendre ce qu’elles font ! »

Par ailleurs, depuis début 2018, Image 7 fait partie d’une alliance d’agences internationales composée de Finsbury au Royaume Uni et aux Etats-Unis, de Glover Park Group à Washington et d’Hering Schuppener en Allemagne. L’initiative est l’aboutissement d’un long cheminement. « Mes clients souhaitaient que je développe l’activité à Londres. Mais pour bien faire, il faut avoir une maitrise complète de l’écosystème ». Celle qui, de son propre aveu, a un côté « bonne élève toujours en quête d’excellence » ne pouvait pas être la meilleure dans un pays qu’elle ne connaissait pas aussi bien que la France. « J’ai rencontré les équipes d’Hering Schuppener qui ont fait venir une consultante chez nous. Elle s’est tout de suite intégrée . Il y a eu une entente culturelle formidable avec cette agence alors nous avons rejoint l’alliance. Ça nous permet d’apprendre sans changer de culture ». La seule condition ? « Ils n’ont aucun droit sur Image 7, aucun droit au capital. Je reste libre ».

« Pour être libres, les consultants doivent faire preuve de rigueur »

C’est ce désir de liberté qui l’a poussé à créer son entreprise. Quand elle entre à l’Élysée aux cotés de Giscard, Anne Méaux a 21 ans. Après 1981, elle s’occupe de l’image de l’ancien Président, et du groupe parlementaire UDF. « J’ai connu la génération  Juppé, Toubon, Madelin, Longuet etc…  ... Puis, j’ai dirigé la communication du ministère de l’industrie : ça a été un vrai tournant. À force de parler de création d’entreprise toute la journée, j’ai découvert un univers qui m’a passionnée ». Alors quand Mitterrand gagne les élections, elle choisit de se lancer.

30 ans plus tard, elle s’en félicite encore. « Je suis d’une génération qui a été bouffée par l’idéologie. Celles d’aujourd’hui sont beaucoup plus ouvertes, moins embrigadées, plus libres.

Par ailleurs, liberté rime avec rigueur « on ne fait rien sans ça ». La rigueur est la seconde colonne d’Image 7. « C’est parce que j’impose une grande rigueur à mes équipes que je leur permets d’être libres ». Elle leur laisse notamment le soin de s’engager pour des causes en parallèle de leur métier. « Elles ne me tiennent pas forcément au courant,  chacune est libre de son emploi du temps . Quand vous dirigez une entreprise, vous pouvez bien sûr créer l’espace de vie que vous voulez : ça ne nuit pas au travail, au contraire ».

La contrepartie, c’est que la hiérarchie se construit sur la compétence. « Certes l’expérience apporte du talent, mais je ne crois pas à l’avancement à l’ancienneté ». Chez Image 7, les gens doivent gagner leur place – un système qui ne peut pas fonctionner pour  toutes les entreprises . « Je n’aime ni les gens peureux, ni ceux qui sont frileux. Ils n’ont pas leur place ici ».

« Il n’y a rien de pire que ceux qui disent qu’ils savent comment ça se passe. Un très bon consultant doit se former en permanence »

En 30 ans, le métier d’Anne Méaux a évolué, et ce n’est pas près de s’arrêter. « Certaines boîtes qui font partie du panorama vont mourir. Il ne restera bientôt que celles qui font de l’ultra-spécialisé avec les données, et celles qui feront du haut-de-gamme, du sur-mesure, qui sauront réconcilier la technique et l’intellect. Et je suis sûre que nous serons extrêmement bons là-dedans ». Ça demande une certaine souplesse, et une bonne organisation en interne. « Il n’y a rien de pire que ceux qui affirment tout savoir, ne pas avoir besoin de changer leurs vieilles méthodes. Il faut une intelligence curieuse : un très bon consultant doit être en formation permanente ». Et sur des sujets très vastes : faire une communication de qualité, cela implique de prendre en compte les aspirations des communautés, et de comprendre aussi bien les évolutions techniques que sociétales. C’est pour cela qu’au moins deux jeudis par mois, Anne Méaux organise des conférences. Luc Ferry, Raphaël Enthoven, Delphine Horvilleur… « Nous faisons venir des économistes, des philosophes, des créatifs ! C’est indispensable pour comprendre l’époque ».

« Les femmes ont une relation au management différente »

Anne Méaux en est persuadée : on peut avoir une très belle réussite professionnelle et une vie personnelle épanouie – sauf peut-être en politique… « Je suis résolument féministe. Les femmes ont l’habitude de gérer des choses différentes au quotidien, ne serait-ce que leur carrière et leur famille. J’ai 3 enfants que j’ai réussi à éduquer en menant une vie professionnelle qui me convient ». Superwoman ? « Tout est une question de dosage. Entre vivre pleinement et assumer ses choix, ses actes ».

« Les femmes ont une relation au management différente », poursuit-elle. « Nous sommes multitâches, et ça va bien avec le métier : je ne crois qu’au sur-mesure. Ça demande une bonne dose de psychologie ! Il faut cerner les gens, comprendre les non-dits, considérer le vécu… »

En riant, elle dit qu’Image 7 progresse vers la parité : « nous devons avoir atteint un tiers d’hommes… » Et plus sérieusement, elle pense que l’égalité hommes-femmes, c’est le minimum que puisse faire une entreprise en termes d’engagement. « Ça et le respect de la planète ». Fondatrice de l’association Force Femmes – qui aide les femmes de 45 ans et plus à retrouver un emploi -, elle choisit ses combats. Et elle pense que toutes les entreprises devraient en faire autant. « Puisque l’Etat n’a plus les moyens, c’est aux entreprises de trouver un thème de société sur lesquelles elles peuvent aider ». Mais attention, un engagement sociétal doit correspondre à des valeurs professionnelles ou personnelles. On ne parle pas là de greenwashing ou d’initiatives faites à la légère, mais de vraies actions, signifiantes. « Les entreprises sont perméables à cela depuis peu. C’est extrêmement lié à l’augmentation des inégalités, qui est réelle. Nous vivons à une époque de la transparence, qui fait qu’elles sont encore plus visibles et donc plus choquantes qu’avant. Je suis pour le capitalisme mais plus que jamais les entreprises doivent donner un sens à leur action et s’impliquer dans des causes sociétales. »


Crédit photo d'illustration : Irène de Rosen

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

L'actualité du jour