
Drones pharmaceutiques au Rwanda, fintechs à Lagos, énergie solaire sans passer par la case pétrole : l'Afrique innove vite et bien. Pourtant, faute d'indicateurs adaptés, cette révolution reste largement invisible.
L'industrie africaine, qui compte pour 10 % du PIB du continent, est encore relativement faible. Elle fait face à des défis infrastructurels majeurs : moins de la moitié de la population dispose d'un accès fiable à l'électricité, et les ressources en eau restent très inégalement distribuées.
Pour autant, le continent a des atouts indéniables. Il dispose par exemple d'importantes réserves de minerais encore inexploitées. 00 % du stock mondial de cobalt est ainsi situé dans le sous-sol africain, alors que le continent capture une part infime de la chaine de valeur des batteries. Une tension qui n'échappe plus aux grandes puissances : en février 2026, une quarantaine de délégations africaines se sont réunies à Washington pour discuter du positionnement du continent dans cette chaîne de valeur signe que la bataille pour capter la valeur des ressources africaines est désormais ouverte. Une population jeune, un vrai dynamisme numérique et des pôles urbains actifs viennent compléter la liste des avantages concurrentiels de l'Afrique.
Possible « leapfrog » énergétique
Au-delà de ces qualités intrinsèques, l'Afrique est déjà une terre d'innovation. Les progrès de l'énergie solaire ravivent le fantasme solarpunk et laissent imaginer un fonctionnement énergétique plus distribué. Le continent pourrait passer « directement aux énergies renouvelables sans passer par la case des énergies fossiles », rappelle l'expert climatique François Gemenne. Un rapport récent chiffre les économies potentielles à plusieurs milliers de milliards de dollars d'ici 2050 si l'Afrique réalise ce « leapfrog » (raccourci) énergétique. De manière générale, les fortes contraintes qui pèsent sur l'Afrique nourrissent une innovation frugale et créative, adaptée aux enjeux de l'époque. Des fintechs comme Flutterwave ou Paystack court-circuitent le système bancaire traditionnel et font de Lagos le hub technologique à la plus forte croissance au monde. En 2026, Lagos, Nairobi, Kigali, Le Caire, Casablanca et Accra concentrent une nouvelle vague de startups IA qui confirment ce rôle de moteur continental. La startup Zipline, créée au Rwanda, exporte désormais sa technologie de livraison pharmaceutique par drone aux États-Unis ou au Japon… En mars 2026, Zipline a levé 200 millions de dollars supplémentaires, dépassant les deux millions de livraisons cumulées et une valorisation de 7,6 milliards de dollars. Ce qui était un pari africain est devenu une référence mondiale.
Cette effervescence reste largement ignorée aujourd'hui. Certes, certains de ces exemples — Zipline, les fintechs, le solaire — commencent à faire leur entrée dans le récit médiatique dominant. Mais l'essentiel de l'iceberg demeure invisible, notamment tout ce qui relève de l'économie informelle, locale et citoyenne. Comme l'explique un groupe de chercheurs constitué dans le cadre du réseau AfricaLics, on ne peut pas soutenir ou valoriser ce que l'on ne mesure pas. C'est là que réside le vrai signal : non pas dans les licornes visibles, mais dans les pratiques d'innovation que nos grilles d'analyse occidentales continuent de ne pas voir. Une invitation à repenser en profondeur les indicateurs de suivi de l'économie africaine, pour en saisir la dimension réelle.






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