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slip rouge en train de sécher sur un fil

2020 : une affaire de slip qui nous concerne tous

2020 commence à peine que le bal des bad buzz est déjà ouvert. Et si on écoutait ce que cette affaire de slip a à nous dire ?

L’affaire du Slip français, qu’est-ce à dire ?

Petit rappel des faits. On est le 1er janvier, lendemain de fête donc. Une jeune femme - parfaitement inconnue - poste une vidéo depuis son compte Instagram privé. Elle s’y présente le visage grimé en noir, affublée d’un boubou, et hilare. Apparaissent bientôt deux de ses amis, déguisés également, l’une d’un manteau de fourrure et l’autre d’un costume de singe. C’est le compte Instagram @Maisnoncestpasraciste qui relaie en premier la vidéo en prenant soin de mentionner les comptes Instagram et profils LinkedIn (aujourd'hui suspendus) des trois personnes figurant sur la vidéo.

Selon Visibrain, plateforme de veille des réseaux sociaux, 86 146 tweets publiés par 41 730 internautes vont suivre. Deux des protagonistes occupent des postes au service marketing du Slip français. Dans les commentaires, on commence à trouver que ce serait une bonne idée d'interpeller l'entreprise, histoire de faire monter la pression. Et cela fonctionne. En quelques heures, près de 22 000 tweets appellent au boycott de la marque autour du hashtag : « BoycottSlipFrancais » . Dans la foulée, une pétition ouverte sur la plateforme Change.org réunit - à ce jour - un peu moins de 4 000 signatures.

https://www.instagram.com/p/B6xg6onqeiP/?utm_source=ig_web_copy_link

La marque réagit vite. Un communiqué de presse tombe dès le lendemain et annonce d’emblée des sanctions :

« Si l’entreprise n’est pas légalement responsable des agissements de ses salariés en dehors du contexte professionnel, nous considérons que nous avons cependant une responsabilité morale face à ses comportements racistes et discriminatoires qui sont aux antipodes de nos valeurs. C’est pourquoi nous avons décidé de sanctionner fermement les deux salariés. »

Que dit le droit ?

« Sanctionner fermement » ... Est-il seulement possible pour l’entreprise de le faire ? Pas évident. En effet, les faits reprochés ont été commis dans un cadre parfaitement privé, et sans aucune mention à la sphère professionnelle des protagonistes. Or, si on peut licencier quelqu’un pour faute professionnelle, on n’est pas censé pouvoir le faire pour des agissements dans le cadre d’une affaire privée. Et c'est sans doute, dans une très grande majorité des cas, une bonne chose.

On peut se rapporter en cela à l’article L1121-1 du Code du Travail :   « Nul ne peut apporter aux droits des personnes et aux libertés individuelles et collectives de restrictions qui ne seraient pas justifiées par la nature de la tâche à accomplir ni proportionnées au but recherché. »

Toutefois, la jurisprudence valide des exceptions. « En principe, l'employeur n'étend pas son pouvoir disciplinaire en dehors de l'entreprise. Cela étant, ce principe peut être tempéré s'il est avéré que les faits peuvent avoir un impact sur elle, explique Elvira Martinez, avocate au sein du cabinet FTPA. Ici, le risque de voir son image ou son chiffre d'affaires endommagés peut exister. Mais ce qui est très marquant dans cette affaire, c'est de constater la manière dont les réseaux sociaux veulent faire pression sur une partie du pouvoir disciplinaire des entreprises."

La com’ ne peut plus se passer des questions éthiques

Au-delà du droit donc, l'affaire du Slip français pose de vraies questions. Où s'arrête et où commence la responsabilité d'une entreprise ? Où commencent et où s'arrêtent ses actions de communication ? Qu'un fabricant de slips se trouve tout à coup interpellé sur une question de racisme nous rappelle que, décidément, la communication et le marketing ne sont plus qu'une affaire de business que l'on règle à coups de slogans, de plans média, et de chartes graphiques (fussent-elles particulièrement instagrammables).

Les entreprises - qu'elles fassent dans le slip ou les tuyaux de poêle - doivent désormais réfléchir en termes d'éthique. C'est incontestablement une extension du domaine de leur lutte.

Est-ce trop leur en demander ? Sans doute. Sont-elles prêtes ? Pas forcément. Mais ce ne serait pas la première fois que des entreprises mises en cause sur certaines grandes causes nous permettent, finalement, d'apprendre à penser et agir différemment. Cela nous fait un joyeux programme pour 2020 ! Bonne année à tous, donc. 

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commentaires

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  1. Alx dit :

    "En principe, l'employeur n'étend pas son pouvoir disciplinaire en dehors de l'entreprise."
    Ici l'impact est dû à la maisnoncestpasraciste qui relaie le plus massivement.
    La prochaine fois ils devraient carrément donner leur adresse pour qu'ils se fassent lyncher devant chez eux.

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