Bitcoin surplus gaz naturel

Impact écologique des cryptomonnaies : les solutions envisagées sont-elles réellement vertueuses ?

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L’industrie des cryptomonnaies planche sur des solutions vertueuses pour améliorer son bilan carbone. Un sujet majeur au vu du développement de ce marché qui comporte toutefois des angles morts. On fait le point.

Le salut du Bitcoin viendra-t-il de l’industrie des énergies fossiles ? Le site du média américain Bloomberg rapporte qu’Exxon, le géant américain du pétrole et l’un des poids lourds de l’industrie des énergies fossiles dans le monde, lance un projet visant à utiliser les excédents de gaz brûlés sur ses plateformes d’extraction pour miner du Bitcoin. Au mois d’avril, la startup américaine Crusoe Energy annonçait une levée de fonds importante d’un montant de 505 million de dollars (480 millions d’euros) pour développer son infrastructure de conversion des surplus de « gaz échoués » en électricité destinée à miner du Bitcoin. Exxon serait en train de négocier un contrat avec la startup pour lui ouvrir les portes de certains de ses sites en Amérique du Nord. En France, l’entreprise phare de ce secteur se nomme BBGS, pour Big Block Green Services Mining. Elle a été fondée par l’entrepreneur Sébastien Gouspillou avec l’intention de promouvoir l’utilisation des surplus d’énergies renouvelables et la réutilisation des surplus issus des énergies fossiles dans le minage de cryptomonnaies.

Bitcoin et crypto, vertueux sur le plan environnemental ?

Le minage des cryptomonnaies fait l’objet de vives critiques centrées sur sa consommation d’énergie et son impact environnemental. En ligne de mire le proof-of-work, ce protocole de validation et de sécurisation des transactions qui demande aux ordinateurs qui l’exécutent une puissance de calcul colossale et donc une quantité très importante d’énergie pour faire tourner les machines. Pour contrer les critiques, l’industrie des cryptomonnaies se livre à une intense bataille de lobbying en ligne et cherche à prouver que le minage de cryptomonnaies peut être neutre et même vertueux sur le plan environnemental. De fait, des solutions émergent. Parmi les pistes les plus sérieuses, celle qui concerne l’utilisation des excédents de gaz brûlés par l’industrie du pétrole pour les convertir en électricité destinée à miner du Bitcoin. Cette industrie, dont on sait qu’elle est lourdement polluante et responsable de dégâts écologiques irréversibles, a habituellement recours à la technique du torchage, c’est-à-dire le fait de brûler les rejets de gaz fossiles aux différentes étapes de l’exploitation du pétrole et du gaz naturel. C’est la raison pour laquelle des cheminées laissant échapper des flammes signalent habituellement les sites d'exploitation d'énergies fossiles. La startup Crusoe Energy a développé un procédé permettant de réutiliser et convertir ces gaz brûlés en électricité. Ainsi, elle affirme pouvoir réduire les émissions de CO2 des sites de production d’énergies fossiles de 60 %.

La technologie de Crusoe Energy pourrait également s’attaquer à la production de méthane, l’autre gaz responsable de l’aggravation des dérèglements climatiques. L’analyste Daniel Batten soulignait ainsi récemment dans un thread que le minage de Bitcoin pourrait permettre de réduire de 8 % les émissions de méthane d’ici 2030, en les rendant 80 fois moins dangereuses.

Optimiser, plutôt que réduire ou renoncer

Les technologies « vertes » visant à optimiser les sites d’extraction d’énergies fossiles à des fins de minage offrent des solutions pratiques intéressantes. Couplées à la généralisation de l’usage des excédents d’énergies renouvelables dans le minage, elles pourraient permettre à l’industrie de limiter son empreinte écologique mondiale. Jusqu’à atténuer l’image de pollueur d’une industrie très active pour ferrailler contre celles et ceux qui l’accusent d’inconséquence sur le plan écologique ? Pour la communauté des cryptomonnaies, l’affaire serait entendue. Les assertions quant au coût énergétique et écologique du protocole proof-of-work manquent de précision, elles seraient donc nulles et non avenues.

Si les efforts de toute une industrie pour verdir son bilan sont louables, ils ne doivent pas occulter le fait que ces avancées reposent avant tout sur l’optimisation du système existant qui dépend très largement de l'extraction d'énergies fossiles. Ces technologies permettent avant tout de s’inscrire dans les creux du système, d'optimiser les externalités négatives à la marge, plutôt que réduire ou renoncer. L’intention est louable mais elle n’offre pas de réponse solide face aux objectifs de long terme de sortie des énergies fossiles, dont on rappelle qu’ils font l’objet d’un consensus scientifique. Cet impératif-ci nécessite de repenser de fond en comble le système, et pas seulement de s'en accommoder en le corrigeant.

Par ailleurs, ces tentatives d’optimisation des sites d’extraction pétrolière ou gazière ne conduisent-elles pas les entreprises concernées à faire diversion sur la réalité de leur activité ? En définitive, on peut légitimement se poser la question : le Bitcoin ne contribue-t-il pas à réhabiliter Exxon ?

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