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Tour Eiffel de Las Vegas

Rencontre avec Olivier Ezratty : qu’attendre du CES ?

KPMG
Le 9 janv. 2018

Le Consumer Electronic Show (CES) ouvre ses portes aujourd’hui à Las Vegas. Que faut-il attendre de cette nouvelle édition ? A quoi faut-il prêter attention ?  Olivier Ezratty, consultant spécialisé, nous livre ses prédictions.

CES 2018 : le couronnement de l’intelligence artificielles

Cette année, ce que je sens comme macro-phénomène, c'est le déploiement des solutions d'intelligence artificielle dans un tas de domaines. Je ne connais quasiment pas un exposant qui n'en parle pas. Ça va des chatbots aux systèmes de dialogue, qu’ils passent par la voix ou le texte. Il y a des solutions dans le monde des objets connectés qui sont censées s'adapter automatiquement à nos habitudes pour programmer automatiquement [nos] maisons.

Les véhicules du futur se concrétisent

Cette année, encore plus que les précédentes, on entend parler de véhicules intelligents voire autonomes. Hier, j'ai assisté à une conférence de presse tonitruante d'un constructeur, Bayton, qui a annoncé une voiture du futur intégrant tout ce qu'on peut imaginer : capteurs, intelligence artificielle, habitacle modernisé.

Ce qui m'a impressionné c'est la débauche de moyens pour une marque que personne ne connaissait et la capacité à présenter une voiture, entre le prototype et le concept car, qui intègre beaucoup des éléments du véhicule autonome du futur dont j'avais entendu parler dans le passé mais intégrées de manière assez sympathique : partagée, qui s'adapte aux besoins de ses utilisateurs de manière dynamique, avec beaucoup de façons de profiter de l'intérieur de la voiture - pour travailler, pour échanger.

L’électronique dans tous les secteurs

Il y a énormément d’autres sujets au CES : l'IoT, la réalité augmentée et virtuelle, l'audio et la vidéo avec des écrans de télé plus grands et plus impressionnants. Il y aura même de l'électroménager.

Une question de cycles

Il y a des vagues d'innovation. Des nouvelles technologies voient le jour mais souffrent de problèmes, les années suivantes, les entreprises vont présenter des produits pour résoudre ces problèmes. Il y a par exemple les objets connectés dont la mise en œuvre dans la maison est complexe menant des entreprises à tenter de résoudre les problèmes de l'orchestration des objets via de l'intelligence artificielle.

Et bien sûr, la réalité augmentée. Le problème de la réalité augmentée, c'est que les lunettes qui permettent d’en faire sont très encombrantes et affichent une image en superposition de ce qu'on voit de la vraie vie de qualité moyenne, avec un angle de vue très limité. Et en général, ce sont des lunettes très embarrassantes. Donc chaque année au CES, on voit des entreprises qui essaient de régler ces problèmes-là. On voit là la grande ingéniosité de la nature humaine. En ça, c'est intéressant le CES.

Et toujours, les idées saugrenues pas si stupides que ça

Ce que j'aime bien, c'est voir des objets connectés exotiques : pour les animaux ou dans le domaine du sommeil. J'en ai déjà répertorié. Il y a un oreiller robot, j'ai trouvé un lit qui remue, berce les adultes. Il y a des sextoys aussi qui sont rigolos. J'adore voir cette espèce de diversité de la créativité humaine mondiale.

Certaines startups ont un succès contre-intuitif. On voit des startups qui génèrent en France un petit regard moqueur, comme la brosse à dents connectée Kolibree, et qui deux ans, trois ans plus tard ont vendu plus de 100 000 brosses à dents ! C’est parce que le problème qu'ils cherchaient à résoudre existe et a de la valeur - se brosser des dents c'est un problème, limiter les carries c'est un vrai besoin.

Au-delà des startups, la valse des grandes marques

Il va y avoir des grandes entreprises qui consolident leur position, font leur come-back, changent leur positionnement. L'an dernier, les objets connectés qui étaient pilotés par la voix l'étaient quasiment tous via Alexa. Il y avait une dominance d'Amazon au détriment de Google, Microsoft et quelques autres qui sont présents sur le marché. Cette année, Google fait un come-back au CES absolument dingue. D'habitude, ils sont présents mais en filigrane, là ils ont un stand pour la première fois depuis quasiment huit ans, ils ont des pubs absolument partout, sur tous les hôtels, le monorail. Ils sont omniprésents, c'est absolument dingue.

La méfiance vis-à-vis de la technologie se fait ressentir

Le soucis pour plus de contrôle sur la technologie va apparaitre en filigrane. A un niveau purement technologique, on voit apparaitre des processeurs qui permettent de traiter de l'IA de manière locale. Ça a un intérêt en termes de performance et ça permet d’éviter que les données circulent dans le cloud, de préserver les données personnelles et les laisser dans les objets. On va aussi parler d'objets technologiques qui servent à la digital detox, des objets qui vont réguler le temps passé sur le numérique ou qui vont orienter le type d'usages vers des usages plus productifs ou créatifs.

Le regard n'est pas le même selon les régions. La manière dont les Asiatiques abordent la question du numérique est beaucoup plus optimiste et positive qu'en Europe ou aux Etats-Unis, voir naïve, sans forcément une grande prise de recul.

Les entreprises françaises toujours au top

Je m'attendais à ce que l'année dernière, ce soit le pic du pétrole. Eh bien non. En 2017, j'avais compté 316 sociétés françaises exposantes d'une manière ou d'une autre sur le salon. Là, j'en suis à 370, pour l'instant. On représente à nous seuls la moitié de la présence européenne et 7% du total, derrière les Chinois et les Américains qui représentent chacun 30% à 40%. On est le 3ème pays en nombre de boites et le 2ème en nombre de startups. Il y a un tropisme que je ne sais pas expliquer.

Il y a trois catégories [pour les entreprises françaises à CES], la première c'est la maison connectée, la deuxième c'est la santé, et la troizième les transports. Les trois représentent 40% des entreprises françaises mais on est présent sur 30 catégories de produits différents, la France est plutôt généraliste. En Allemagne, il n’y a quasiment que [du transport], la présence allemande est très typée, elle est presque mono-industrielle.

Chaque année, Olivier Ezratty publie un rapport sur l'évènement. Pour retrouver celui de l'édition 2017 : c'est ici.


Cet article a été publié sur HOW, le média qui donne la parole aux experts et expertes de l’innovation.

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