Cafard cyborg

Des cafards cyborg pourraient nous sauver la vie

La prochaine fois que vous vous apprêterez à écraser un cafard, réfléchissez-y à deux fois avant de lui donner le coup de grâce. Il pourrait bien s'agir d'un cyborg sauveur.

Des chercheurs de l'institut RIKEN au Japon ont conçu un « robot-cafard hybride télécommandé et rechargeable. » De robots, ils n'ont que le nom : il s'agit en fait de « cafards cyborg », de vrais cafards donc, que les chercheurs équipent d'un module électronique relié au système nerveux. Leurs missions ? Sauvetage en zones dangereuses, surveillance de l'environnement et espionnage. Cela vous évoque le scénario de film de science-fiction ? C'est normal.

C'est quoi un cafard cyborg, et comment cela fonctionne ?

L’idée du cafard n'est pas nouvelle. En 2012, des chercheurs de la North Carolina State University ont démontré qu’il était possible de télécommander ces insectes très résistants. Les travaux demeuraient jusqu'ici exploratoires, confrontés à deux problèmes principaux : une mobilité limitée et l'autonomie relative des batteries implantée sur les insectes. C’est là qu’intervient l'équipe de recherche de l’université de RIKEN, qui a développé une nouvelle interface à l’autonomie largement supérieure grâce à l’inclusion de minuscules panneaux solaires...

Le dispositif est constitué d'un cafard biologique (vivant) équipé d'un mini sac à dos imprimé en 3D. Celui-ci contient une batterie solaire et un module électronique relié au système nerveux de l'animal. La cellule solaire de 4 microns d'épaisseur (17 fois plus fin qu’un cheveu) génère l'énergie nécessaire pour traiter et envoyer des signaux directionnels dans les organes sensoriels de l'arrière-train (cerques) de l'insecte. (La stimulation des cerques droits dirige le cafard vers la droite, tandis que la stimulation des cerques gauches l'oriente vers la gauche).

Cafards et batteries solaires, le combo gagnant ?

La batterie solaire a été conçue sous forme de film photovoltaïque ultraléger pour adhérer au corps de l'insecte sans gêner ses mouvements naturels ni affecter son exosquelette : lors de la phase de test, l'insecte a été capable de se redresser lorsqu'il était retourné dans 80 % des cas.

Avec ce système, la cellule solaire organique a atteint une puissance de sortie de 17,2 MW, ce qui, selon le chercheur principal de l'institut RIKEN, Kenjiro Fukuda, serait 50 fois plus que les dispositifs actuels de récupération d'énergie pour les insectes vivants. Autre avantage de la batterie solaire : l'insecte n'a pas besoin de retourner à une station d'accueil pour recharger sa batterie, ce qui permet une plus grande autonomie sur site.

Un « biobot » baptisé Robobug

Pour leur étude, les chercheurs ont choisi l'espèce des « blattes sifflantes de Madagascar » en raison de leur taille relativement importante (5-7 cm), une surface suffisante pour intégrer la cellule solaire et le sac à dos de contrôle. Autre avantage de cette espèce, elle ne possède pas d'ailes qui pourraient cacher la batterie solaire alimentant le dispositif.

Quid de la souffrance des insectes ?

Interrogé au sujet du niveau de douleur ressenti par l'insecte, Fukuda s'est voulu rassurant : « Les insectes ne ressentent pas la douleur, il n'y a donc pas besoin d'approbation éthique. (...) Nous retirons l'appareil après la mission afin que l'insecte puisse reprendre une vie normale. » Encore faut-il que l'insecte revienne au bercail. En effet, une fois la batterie épuisée, le cyborg récupère toute son autonomie, il est donc libre d'aller où bon lui semble...

Des cafards en mission

L'équipe de l'institut RIKEN a indiqué que le système de contrôle du circuit devait encore être optimisé. Le dispositif actuel ne dispose que d'un unique système de contrôle de la locomotion sans fil, ce qui est insuffisant pour envisager une application telle que le sauvetage urbain. « C'est le problème auquel nous nous attaquons dans la prochaine phase de recherche », a déclaré Fukuda. Ce dernier prévoit de pouvoir déployer des cafards en mission d'ici trois à cinq ans, notamment dans un contexte de sauvetage : par exemple, localiser des corps sous des décombres après un tremblement de terre. Selon Fukuda, le système pourrait être adapté à d'autres insectes, tels que les coléoptères, les cigales volantes ou encore les abeilles.

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