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Internet découvre le face dancing et décide unanimement de le détester

Cette performance qui consiste à développer une hyperexpressivité du visage gagne en popularité à mesure qu'elle énerve les internautes.

Mèches rousses orangées, petite canine unique qui pointe pendant les sourires et 375 nuances de rictus : sur les réseaux, Miny Naranja est devenue la queen d'une pratique bien particulière, celle du face dancing. À la fin de l'été, la streameuse et cosplayeuse mexicaine de 33 ans est devenue virale alors que l'une de ses performances live captée en octobre dernier a refait surface sur Reddit.

Des mimiques kawai remixées sur le visage d'Hitler, vraiment ?

Sur la vidéo, on peut voir Miny Naranja (Myrna Ortega de son vrai nom), en habit irisé en train de faire un playback sur la musique Il Pulcino Pio (une sorte de Baby Shark insupportable) et enchaîner ce qu'on pourrait appeler une « chorégraphie de mimiques » avec juste son visage et ses mains. Régulièrement postée sur des subreddits comme r/cringe ou r/wordChewing qui répertorient des vidéos similaires, la performance a finalement été partagée par le compte X de Russia Today comme un bon vieux rage bait (le post a depuis été supprimé). Le clip a immédiatement été commenté et repris par la cohorte de trolls qui squatte les commentaires. Outre des réactions de dégoût ou de haine, la performance faciale a aussi été captée par l'intermédiaire d'outils IA pour être calquée sur le personnage… d'Hitler.

11 secondes qui ont changé Internet

Appelé aussi « Word Chewing » ou bien « Pixar Face », le face dancing compte surtout des détracteurs en ligne, et pas forcément parmi les militants d'extrême droite. On peut notamment les trouver sur le subreddit r/wordChewing, visité par 37k personnes par semaine qui compilent les différentes vidéos qui se réclament de cette pratique étrange. Si Miny Naranja est incontestablement la queen de la discipline, avec plus de 8 millions d'abonnés sur TikTok, de nombreux autres créateurs de contenu tentent de percer en enchaînant les grimaces et les expressions faciales de personnages de dessin animé. Il faut dire que la formule a toujours bien fonctionné, sur TikTok notamment. En 2020, Bella Poarch, une créatrice d'origine philippine quasi inconnue, a créé la vidéo la plus likée de l'histoire de TikTok (plus de 40 millions de cœurs à l'époque) en postant un clip de 11 secondes où on la voit hocher la tête à la manière d'un PNJ de jeu vidéo sur la musique de M to the B.

Les raisons pour lesquelles le face dancing fonctionne tiennent surtout à l'engagement que les vidéos peuvent générer. Si une partie des internautes apprécie ces performances voire même pour certains, les fétichisent, la majorité va prendre d'assaut les commentaires pour exprimer leur sentiment de cringe face à ce qu'ils considèrent comme une forme d'humiliation volontaire au service des vues. Mais au-delà de ces réactions négatives, peut-être que ces performances génèrent aussi en nous un autre sentiment plus diffus : celui de voir des humains s'extraire de toute forme de convention liée à la représentation de soi. Loin de l'image selfie parfaite d'Instagram, ou même de l'angle de vue faussement authentique et pourtant si travaillé de TikTok, les vidéos de Word Chewing offrent un moment unique de transgression esthétique volontaire, étrange, et sans doute un brin déstabilisant.

David-Julien Rahmil

David-Julien Rahmil

Squatteur de la rubrique Médias Mutants et Monde Créatif, j'explore les tréfonds du web et vous explique comment Internet nous rend toujours plus zinzin. Promis, demain, j'arrête Twitter.

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