26-06-flock

Deflock : aux États-Unis, la guerre contre la vidéosurveillance est déclarée

Des appels à abattre les caméras de surveillance mises en place par l'entreprise Flock se multiplient sur TikTok, au risque de provoquer de la méfiance chez les militants

« I saw the sign ». C'est sur ce vieux morceau du groupe Ace of Base que des vidéos appellent à la rébellion sur TikTok. Accompagnées des hashtags #flock ou #deflock, ces vidéos mettent souvent en scène un extrait d'interview du CEO de Flock Safety, Garrett Langley, qualifiant le mouvement Deflock de « terroriste, pire que Antifa », suivi d'un enchaînement de photos montrant des caméras de surveillance saccagées un peu partout aux États-Unis.

@6umaiya

Atlanta is the most surveillanced place in the United States. #deflock #flock #palantir #privacy #freedom

♬ original sound - America First

Sur d'autres vidéos, c'est un mix musical inquiétant comprenant un extrait de Mulholland Drive qui met en exergue le réseau de caméras présent sur tout le territoire américain. Quel que soit le format, le message reste le même : « prenez conscience de la surveillance et agissez ».

@bbliftings

flock cameras are a third party independently owned company that creates a profile of you and your face everytime you pass one #deflock #flockcameras #conspiracytheory

♬ original sound - calamari

L'Amérique surveillée

Revenons un peu en arrière. Depuis la fin de l'année 2024, un mouvement de sabotage de caméras de surveillance s'est constitué aux États-Unis en prenant le nom de DeFlock. Sa cible principale ? L'entreprise Flock Safety, fondée fin 2017 à Atlanta, par Garrett Langley, Matt Feury et Paige Todd. Axé sur la vidéosurveillance, Flock a déployé à travers tout le pays un impressionnant réseau de caméras autonomes en énergie grâce à des panneaux solaires. À l'été 2025, Flock opérait déjà 92 000 caméras dans 49 États, connectées à plus de 4 800 agences de police et plus de 3 000 organisations privées (HOA, entreprises, écoles).

Leur système est surtout réputé pour scanner les plaques d'immatriculation des voitures (plus de 20 milliards par mois d'après sa page Wikipédia) et partager les données via le réseau TALON à l'ensemble des agences nationales, et notamment celle de l'ICE, sans passer par l'approbation d'un juge. D'après l'EFF (Electronic Frontier Foundation) et l'ACLU (Civil Liberties Union), le réseau Flock est loin d'être un simple outil de lutte contre le crime. Les ONG la qualifie plutôt « d'infrastructure nationale de surveillance de masse » opérée par une entreprise privée, accessible à des milliers d'agences sans contrôle judiciaire préalable, et qui « sème la peur parmi les personnes ciblées par les politiques d'immigration ou les mouvements anti-avortement ».

Rage against the machine

C'est dans ce contexte qu'est né le site deflock.org, créé par Will Freeman, un développeur du Colorado fin 2024. Ce dernier met à disposition une carte open source et interactive qui compile les données publiques sur les déploiements de caméras. En 2025, le site a documenté plus de 76 000 lecteurs de plaques à travers le pays. En parallèle, des militants s'attaquent aux pylônes soutenant les caméras ou bien tentent de les aveugler avec des lasers suffisamment puissants pour dérégler les pièces électroniques. En février 2026, le journaliste Brian Merchant, qui a enquêté sur le phénomène, expliquait que ces sabotages étaient vraisemblablement non coordonnés. Un homme, Jeffrey Scott Sovern, 41 ans et ingénieur, a détruit 13 caméras à lui tout seul entre avril et octobre 2025.

À la manière des edits qui rendaient hommage à Luigi Mangione, le principal suspect dans le meurtre du PDG d'UnitedHealthcare, les vidéos estampillées Deflock sont donc là pour mettre en lumière cette surveillance généralisée ainsi que les actes de vandalisme. Il s'agit généralement de la vitrine la plus visible du mouvement, qui documente le système plus en profondeur sur le subreddit r/FlockSurveillance. Sur ce hub communautaire : 219 000 abonnés, informations légales, enquêtes journalistiques, témoignages, coordination locale et célébration des destructions.

Mais depuis quelques semaines, le mouvement Deflock semble être pris d'une méfiance et d'une paranoïa grandissantes. La multiplication des vidéos TikTok issues de comptes très récents, ou semblant prendre soudainement le train en marche, donne l'impression à certains militants que Flock Safety a lancé une stratégie de honeypot pour attirer des militants et les faire arrêter.

@ransomwareh0use

STOP SNITCHING ON YOURSELVES OH MY GOD

♬ original sound - kippy

Dans les faits, la réalité sur le terrain leur donne plutôt raison. Comme le souligne le média Cybernews, les forces de police utilisent les données issues du réseau de caméras Flock Safety pour arrêter précisément les mêmes vandales. C'est notamment le cas de deux enquêtes dans l'Indiana et en Virginie, où les forces de l'ordre ont accédé aux données de 94 000 et 21 300 caméras pour identifier des militants Deflock. De manière plus globale, le système a aussi été utilisé pour traquer des militants des mouvements anti-Trump No Kings et Hands Off.

David-Julien Rahmil

David-Julien Rahmil

Squatteur de la rubrique Médias Mutants et Monde Créatif, j'explore les tréfonds du web et vous explique comment Internet nous rend toujours plus zinzin. Promis, demain, j'arrête Twitter.

Discutez en temps réel, anonymement et en privé, avec une autre personne inspirée par cet article.

Viens on en parle !
commentaires

Participer à la conversation

Laisser un commentaire