enfant en train de taper un message

Votre IA : Vous la détestez en collègue, mais vous l'adorez en coparent

On surveille l'IA à la porte des entreprises, où monte la résistance. Pendant ce temps, elle s'installe dans nos cuisines et la chambre de junior.

En décembre 2025, Sam Altman, patron d'OpenAI et père d'un bébé de huit mois, racontait sur le plateau du Tonight Show comment chat GPT l’a sorti d’un petit moment d’angoisse. Quelques semaines plus tôt, lors d'un dîner, un ami lui raconte que son bébé du même âge que le sien sait ramper. Le bébé de Sam peine à remuer les bras quand on le place sur le ventre. Pris de panique, Altman s'éclipse aux toilettes pour interroger ChatGPT : « Est-ce que mon fils est normal ? Dois-je consulter ? » Le chatbot se veut rassurant : « Est-ce que tu ne projettes pas sur ton enfant les standards des gens très performants qui t'entourent ? » Sam Altman n’est pas le seul parent à se demander comment on a pu élever nos enfants sans les IA. Et c'est peut-être par ce type d'usages que les IA vont s'imposer.

Que celui qui n’a jamais flippé avec son bébé leur jette le premier token

« J'étais paniquée. Je me disais : mon Dieu, personne n'a pu m'aider à part ChatGPT » raconte Lilian Schmidt au magazine Wired. Sa petite fille n’arrive pas à faire ses nuits et les siennes virent à l’enfer. Elle a tout essayé mais ce sera son agent IA qui va lui permettre de réguler le sommeil de son bébé. Aux États-Unis, 79% des parents d'enfants mineurs utilisent déjà l'IA, contre 54% des personnes sans enfant (Menlo Ventures, 2025) et un tiers le font pour fluidifier leur planning et leur charge mentale. La journaliste Katrin Acou-Bouaziz, mère de trois enfants constate qu’elle doit gérer « par an une bonne vingtaine de rendez-vous médicaux, pédiatre, dentiste, ophtalmo, podologue… ». Alors quand elle découvre qu’elle peut obtenir, via une IA, des conseils pour résoudre les terreurs nocturnes de l’une de ses filles, c’est le soulagement. Elle s’émerveille de pouvoir le faire depuis chez elle, au calme, en prenant le temps de choisir ses mots. Elle n’en revient pas d’obtenir en quelques minutes des informations et des conseils précis, bienveillants et rassurants… gratuitement.

@heylilianschmidt

🎁 COMMENT “prompts” to get 7 FREE ChatGPT prompts to lighten your mental load, save time, and stay sane! 🫶 (or grab it right from my bio!) #chatgpt #chatgptformoms #mentalload #momtruth #momssupportingmoms #toddlermoms

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Lilian Schmidt partage désormais ses meilleurs prompts sur TikTok. Et la liste est longue et variée : écrire des histoires ou des chansons ; créer la garde-robe idéale pour la rentrée ; planifier son dimanche avec menus, idées de jeux et horaires de lancement des machines à laver ; et même des conseils pour apprendre à sa fille à participer aux tâches ménagères... Pour elle, ChatGPT est son second cerveau,« un coparent qui gère 97% de ma charge mentale », mieux que le papa. Lilian est tellement convaincue du caractère révolutionnaire des IA dans sa vie familiale qu'elle en a fait son activité professionnelle. Sur son compte ChatGPT for Moms, elle vend pour 37 dollars un GPT Coparent.

Drôle de paradoxe : les IA, on les préfère compagnons plutôt que collègues

Tout le monde guète l’impact des IA sur le monde des entreprises et sur les emplois. Mais, peut-être qu’on ne regarde pas au bon endroit. Car si les signaux clignotent au rouge quant à l’adoption des IA en entreprises, si les citoyens sont de plus en plus nombreux à exprimer leurs doutes voir leurs détestations pour ces engins pensants qui menacent leurs emplois… dans le même temps, l’IA pénètre sans difficulté et de plus en plus profond dans nos gestes quotidiens. Pour faire bref, l’IA entre moins vite dans les bureaux que dans nos chambres à coucher.

Quelques chiffres pour montrer que c’est bien du côté de nos usages intimes que la révolution IA se joue. Selon un sondage OpinionWay pour Orisha, 64 % des Français utilisent déjà des outils comme ChatGPT, Gemini, Le Chat, ou Claude. Mais parmi les utilisateurs, 60 % s’en servent principalement dans leur vie personnelle, contre seulement 25 % dans leur vie professionnelle. Aux États-Unis, le même écart se creuse et s'accélère. En 2025, l'usage professionnel de l'IA est passé de 33 à 37%, quand l'usage privé bondissait de 36 à 49%. D'après une analyse de Harvard Business Review, quand on demande aux Américains pourquoi ils s'en servent, les deux premières réponses ne sont ni le travail ni la productivité, ce sont la thérapie et la compagnie. L'ordinateur était entré par le bureau mais l'IA prend plutôt le chemin du smartphone. C'est par nos usages quotidiens qu'elle mène son assaut.

L’intime : cheval de Troie de la révolution IA

Mais qu'on ne s'y trompe pas. Ce qui se joue dans nos salons, nos cuisines ou la chambre de junior est extrêmement poreux avec nos vies de bureaux. D'abord via nos modalités d'usages. Avec la relation parent-enfant sous IA, on voit comment les codes de l'entreprise colonisent tout. On parle planning, efficacité, budget-temps, charge mentale à répartir. Et on constate, sans sourciller, que la machine remplace fort avantageusement un conjoint. Ensuite dans nos métiers, car l'usage intime des IA devient un gagne-pain, comme pour Lilian qui a troqué son travail pour inventer son ChatGPT for Moms. Enfin dans les métiers que nos usages vont percuter. Qui supportera encore d'attendre trois mois un rendez-vous, un soignant pressé, un diagnostic qui ne dit rien, quand une réponse précise et patiente arrive en deux minutes, gratuitement, à n'importe quelle heure ?

Béatrice Sutter

Directrice de la rédaction de L'ADN

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