13-05-Billie-Eilish

Billie Eilish et les végans : qu’est-ce qui a dévoré la cause ?

© Instagram

Des tensions entre la pop star et sa communauté révèlent la difficulté d'une génération à formuler ses combats ensemble.

Tout avait si bien commencé. Dans une interview filmée accordée à Elle, on découvre une Billie Eilish étonnamment souriante. La chanteuse pop se livre à quelques confidences sans conséquence, son amour pour les dragons, l’astrologie ou la série Girls. Rien qui puisse empêcher ses fans de liker. Mais à la dernière question : « Quel est le combat que tu mènerais jusqu’à la mort ? », là, ça dérape. Végane depuis ses 12 ans, la chanteuse tranche : « Manger de la viande est intrinsèquement mauvais. Tu peux manger de la viande, vas-y. Tu peux aimer les animaux. Mais tu ne peux pas faire les deux. » Le backlash est immédiat. En quarante-huit heures, la séquence provoque des centaines de milliers de commentaires. Le plus étonnant est que Billie Eilish n’a pas été attaquée par la droite conservatrice qui adore croquer du végan. Ici, c'est la jeunesse d’une gauche dont la star se revendique qui réagit.

Véganisme : le succès d’une génération

Le véganisme n’a jamais été un simple régime alimentaire et dans les années 2010, la pratique interpellait une génération sidérée de découvrir le désastre écologique. Que faire quand on a 20 ans, que tout concourt à cramer les ressources et que les institutions ne s’emparent pas de ces sujets ? Renoncer à sa consommation de produits d'origine animale semblait être alors une bonne manière de vivre ses convictions au quotidien. Au passage, une cause collective prenait des allures de routine individuelle. Dans cette période pré-Covid, le véganisme avait surtout gagné sa place dans les débats. Il restait très minoritaire, mais était devenu un sujet de société qui influençait les comportements et les industriels. En 2020, plus de 400 000 personnes participaient à Veganuary, ce défi qui consiste à s’alimenter en 100 % végétal pendant le mois de janvier, contre 250 000 un an plus tôt. La même année, les ventes américaines d’aliments plant-based progressaient de 27 %, la viande végétale bondissait de 45 %. Des succès qui ont fragilisé la cause ?

Vous reprendrez bien un peu de justice-washing

Les reproches qui s'abattent sur Billie Eilish ne ressemblent pas aux classiques attaques anti-végan. L’autrice du commentaire le plus liké, avec 130 000 mentions, écrit qu'elle a « cessé de prendre les végans blancs au sérieux » depuis qu'elle a regardé, au lycée, un documentaire sur la chasse à la baleine dans les communautés inuites. Quatre-vingt mille personnes approuvent un autre post qui affirme que les légumes et les fruits consommés par les végans « sont également récoltés au prix d'une immense cruauté et d'une exploitation extrême », avant de conclure que « la position à adopter est anticapitaliste. » D'autres encore qualifient le véganisme d'Eilish de « privilégié », de « performatif », « d'arrogant ».

Ces arguments n'ont pas grand-chose en commun, sinon leur fonction : permettre de clore le débat sans changer de comportement, tout en signalant une conscience politique suffisamment complexe pour résister aux causes "naïves". Le vocabulaire de la justice sociale devient ici un outil d'inaction, ce que certains chercheurs appellent, non sans cruauté, du justice-washing.

Une cause coupée de ses racines

Cette séquence révèle peut-être que le véganisme d'aujourd'hui a oublié le véganisme d'hier. Angela Davis, figure fondatrice du mouvement des droits civiques américain, était végane, Rosa Parks, végétarienne et Dick Gregory fut un militant antiraciste et antispéciste simultanément. Pour tous, refuser de manger des animaux était le refus que n'importe quel être vivant soit traité comme une ressource. Oppression animale et oppression humaine, un seul et même combat ! Mais en parlant davantage de la souffrance des bêtes, le véganisme d'aujourd'hui a sans doute perdu cette épaisseur politique. En rejoignant les rayons de supermarché, il a achevé d’être perçu comme une pratique de classe pour jeunes urbains.

C'est cette version qu’on reproche à Billie Eilish. La cause végane n'a jamais été simple à défendre et ces échanges soulignent le besoin d'une génération de relier ses combats entre eux, de formuler pourquoi se mobiliser ensemble, et sur quoi. Aux 80 milliards d'animaux terrestres abattus chaque année, la mobilisation la plus efficace reste celle du marché du plant-based qui explose. Au XXIe siècle, quand on croit faire une révolution, on découvre souvent qu'on a juste créé un rayon en supermarché.

Béatrice Sutter

Directrice de la rédaction de L'ADN

Discutez en temps réel, anonymement et en privé, avec une autre personne inspirée par cet article.

Viens on en parle !
commentaires

Participer à la conversation

  1. Avatar Heïdi dit :

    Billie Eilish n'est pas végane de toute façon puisqu'elle monte des chevaux. On trouve facilement des photos et articles à ce sujet sur Internet.

Laisser un commentaire