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« Pour la grande distribution, la RSE représente une opportunité de nouveaux modèles d’affaires »

© Kindel Media

À mesure que les entreprises s’engagent de plus en plus dans la transition écologique et sociale, Bertrand Swiderski, directeur de la RSE chez Carrefour, partage sa vision pour le secteur de la grande distribution. Il met en avant l’importance d’un rythme juste et des opportunités à saisir, à quelques jours de l’ouverture de la Paris Retail Week. Entretien.

Comment, en 2024, définissez-vous la RSE ?

Bertrand Swiderski : Elle demeure avant tout la responsabilité qu’une entreprise assume vis-à-vis de la société. Ce principe de base reste inchangé. Toutefois, en 2024, la RSE est aussi porteuse de nouvelles opportunités. La société évolue rapidement, créant ainsi des débouchés pour les entreprises et les start-up : de nouveaux marchés, de nouveaux modèles d’affaires, et une vision renouvelée du commerce. On trouve des opportunités dans des initiatives telles que la lutte contre le gaspillage alimentaire, illustrée par des entreprises comme Too Good To Go, dans la montée en puissance de la seconde main, ou encore dans les emballages durables, via la consigne ou le vrac.

Quels sont, selon vous, les principaux leviers pour améliorer la performance sociale et environnementale de la grande distribution ?

BS : Il est primordial de répondre aux attentes des consommateurs, qui ont considérablement évolué : aujourd’hui, leur priorité ne se limite plus au prix. Le Nutri-Score, par exemple, est désormais bien ancré dans les habitudes, et les consommateurs privilégient les produits classés A, B ou C. Dès que nous remplaçons un emballage plastique par un emballage en carton ou le supprimons totalement, les consommateurs adhèrent. Nous constatons que le consommateur évolue, en général, vers une société plus responsable.

Cependant, il ne suffit pas de suivre ces attentes ; il faut aussi les anticiper. Par exemple, il est de notre responsabilité de proposer une offre variée et abordable de protéines végétales. Lorsque cela est bien fait, cela rencontre un franc succès. Il en va de même pour les solutions d’emballages consignés.

Des initiatives comme C’est qui le patron ou le programme Act For Food de Carrefour ne répondaient pas initialement à des demandes explicites des consommateurs, mais à une attente implicite. Nous avons devancé la demande, et cela a fonctionné. Construire le monde de demain, c’est un exercice collaboratif. Il est essentiel de ne jamais perdre de vue le consommateur. Il s’agit d’une véritable interaction, une sorte de danse collective à mener ensemble.

Cette "danse" avec le consommateur implique-t-elle un besoin d’information ou d’éducation ?

BS : Il ne s’agit pas de prôner une "éducation à la consommation". Il est essentiel de préserver le libre choix du consommateur, qui n’apprécie pas que l’on choisisse à sa place. Notre rôle consiste à proposer des alternatives de manière subtile. Par exemple, vous vous apprêtez à acheter du jambon, et nous vous proposons des tranches végétales ; vous cherchez des œufs, nous mettons en avant des œufs bio et plein air. La clé est d’offrir des options plus durables tout au long du parcours d’achat.

Cependant, il est crucial d’éviter les panneaux signalétiques trop évidents : ils ne fonctionnent pas. Le client ne souhaite pas s’engager dans une lecture complexe, il regarde un prix, un produit. Il faut rester dans les codes de l’achat, par exemple en recourant à la dégustation.

Ces enjeux de RSE sont-ils compatibles avec le pouvoir d’achat ?

BS : Le pouvoir d’achat se résume à une question de choix. Un consommateur peut opter pour des produits bio tout en se tournant vers des produits anti-gaspillage, par exemple. Le vrac est souvent moins cher, tout comme les savons solides par rapport aux liquides. Cela rejoint notre idée initiale : la RSE offre de nombreuses opportunités.

L’idée selon laquelle une consommation responsable est nécessairement onéreuse est biaisée. Elle est nourrie par certains produits élitistes, mais cela ne représente qu’une partie de l’offre. Il existe aussi des produits du quotidien qui ne sont pas plus chers.

Dans un secteur aussi concurrentiel, comment les acteurs de la grande distribution peuvent-ils coopérer pour développer une filière plus responsable ?

BS : Il existe plusieurs approches. La plus courante est ce que j’appellerais la compétition positive. Par exemple, sur des projets comme le vrac pour les liquides, C’est qui le patron ou les paniers anti-gaspillage, quinze jours après leur lancement chez nous, ces initiatives se retrouvent chez nos concurrents. Tout le monde se copie, et c’est bénéfique, car cela nous pousse à multiplier les projets sociétaux.

Il existe également des projets non concurrentiels, souvent liés aux infrastructures, comme la fermeture des réfrigérateurs ou le passage à l’éclairage LED. Dans ces cas, nous collaborons à l’échelle nationale, européenne ou internationale, notamment via des associations. Cela permet de mutualiser nos expertises et d’accélérer le déploiement de solutions.

Peut-on dire que la grande distribution est pleinement engagée dans une démarche de durabilité ? Quelle place occupent les limites planétaires dans cette démarche ?

BS : La grande distribution est consciente de sa responsabilité en tant que metteur sur le marché. Elle s’efforce de devenir plus durable, mais cela nécessite du temps. Nous ne pouvons pas aller plus vite que la société elle-même. Nous avons des magasins 100 % bio, spécialisés dans les produits frais, destinés à une clientèle très engagée. Mais notre rôle est de répondre aux besoins de l’ensemble de la société. Par conséquent, notre démarche de durabilité s’adapte au rythme de cette dernière.

Dans le domaine de l’alimentaire, nous sommes rapidement confrontés aux limites planétaires, qu’elles soient environnementales ou géopolitiques. Nous analysons les risques liés aux changements climatiques et aux ressources limitées. Par exemple, en lançant des initiatives comme la consigne du verre, nous anticipons la pénurie future de certaines matières premières, telles que la silice.


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