guiruch

Instagrameurs : comment détecter les fake influenceurs ?

Le 2 juill. 2018

Le youtubeur et instagrameur Guillaume Ruchon s’est penché sur l’analyse de 10 comptes Instagram pour détecter les techniques des tricheurs qui gonflent audience et engagement. Résultat ? Nationalité des followers, engagement feint, technique de pods... C'est pas joli joli !

Est-ce la fin des « fake influenceurs » ? Alors qu’ils cartonnent sur Instagram - du moins en apparence - marques, influenceurs et agences sont de plus en plus nombreux à dénoncer les pratiques de « gonflette » des Instagrameurs. En janvier dernier, une enquête du New York Times a mis un coup de projecteur sur l’entreprise Devumi, accusée d’avoir vendu des followers en masse, grâce à une base de 3,5 millions de faux comptes. Depuis, Unilever, deuxième plus gros annonceurs mondial, a annoncé ne plus vouloir travailler avec des tricheurs. Problème : il n'est pas toujours facile de les détecter.

« Qui dit marque, dit argent » résume Guillaume Ruchon. L’instagrameur et youtubeur s’est penché sur la question du fake. Il a publié une vidéo où il analyse une dizaine de comptes avec l’outil en ligne HypeAuditor. Contacté par la rédaction, l'auteur nous a expliqué avoir demandé à sa communauté de nommer les comptes qu'ils souhaitaient voir analysés. « J'ai eu plus de 300 participations au formulaire. J'ai pris ceux qui avaient été les plus cités. Et je me suis dit qu'il fallait que je vise ceux qui avaient une place particulière auprès des agences, des marques et des followers, et là où il y avait quelque chose de louche. » Influenceur « est un métier qui fait rêver… Il y en a qui abusent et qui achètent des abonnées et des commentaires (...) Sauf que lorsque l’on creuse, on se rend compte qu’il y a des trucs vraiment “chelous” », explique-t-il. Et ces excès, si l’on ne les dénonce pas, vont tout bonnement amener le métier à disparaître.

Comment détecter les fake ?

Pour Guillaume Ruchon, le nerf de la guerre, c’est l’engagement. Il s’obtient en divisant le nombre de likes par le nombre d’abonnés pour donner un score entre 5 et 15%. Oui mais voilà, ce score n’est pas suffisant pour détecter les arnaques. « Il faut tout “checker” : l’historique, pour savoir si tu n’as pas prix 20 000 followers d’un coup ; le nombre de gens qui suivent et sont suivis par la personne. (...) Il faut aller fouiner du côté des comptes qui likent les publications… Enfin bref, j’te raconte pas le bordel ! », synthétise, poète, le youtubeur.

Premier pas : regarder le nombre de followers et de likes. Le youtubeur commence par son propre compte avec les chiffres disponibles sur l’application : 62,7 k followers pour environ 5 000 likes par post. Un chiffre cohérent et stable. Il faut ensuite se pencher sur les personnes qui likent ou commentent les contenus. Sont-ils des humains ou des robots ? Cette méthode, fastidieuse, présente des limites, comme la nécessité de remonter tout le fil pour voir la date de création du compte.

Nationalités des followers

Pour éplucher ses données plus finement, le youtubeur utilisent HypeAuditor. Son compte à lui totalise le très haut score de 96 points sur 100 (il affirme ne jamais avoir vu de 100). Son audience est composé à 60% de Français, puis 31% d’Anglais puis 10% d’Espagnols, d’Allemands, de Russes et d’autres nationalités réunies. Cette répartition semble cohérente. Pour d’autres comptes, en revanche, comme celui de Rudy Lauer (The Parisian Man) cité par le youtubeur, c’est plus compliqué. L’influenceur français lifestyle aux 107k abonnés se positionne sur les secteur de la mode masculine et du voyage. Pourtant, seule 10% de son audience est française : 37% de ses followers sont anglais, 21% portugais, 8% espagnol et 4% turcs.

« Real people »

Autre donnée révélatrice d’une audience saine : la proportion de « real people ». 76% dans le cas du Guillaume Ruchon, pour 1,4% d’influenceurs (personnes qui ont plus de 5 000 followers). Quelques 10,7% représentent du mass follow (personnes qui suivent beaucoup de comptes, en masse). Le « mass follow » n’est pas très utile puisque, noyés sous la masse, les posts ne ressortent pas ou peu dans le fil de ce type de followers. Enfin, 11,4% sont des « suspicious accounts » qui peuvent être des bots ou des comptes fantômes qui n’existent plus. Lorsque que le mass follow atteint 30% ou plus, il y a anguille sous roche.

Historique de followers / following

L’influenceur a-t-il acheté ou non des followers ? Pour Guillaume Ruchon, c’est une donnée facile à vérifier. Il cite Thomas Poulet, aux 66,3k followers. Les graphiques indiquent un pic d’acquisition de 15 000 personnes le 12 novembre 2017. Un chiffre bien trop élevé pour être honnête, selon l'intuition de Guillaume Ruchon. Il cite également l’Instagrameuse Caroo qui, le 1er janvier 2017, a pris 40 000 followers en un jour. « Bravo ! », s’amuse le youtubeur. Par ailleurs la technique de follow/unfollow, en grande proportion, peut être révélatrice de triche. Cette technique utilise des bots pour suivre et liker des comptes, avant des les « unfollower » quelques jours plus tard.

Les pods : likez vous les uns les autres

Un bon engagement (le nombre de likes et de commentaires par post) n’est pas suffisant pour garantir l’authenticité d’une communauté. HypeAuditor met le doigt sur une pratique peu connue du grand public : les pods. Il s’agit d’un regroupement de personnes dont le but est de liker et de commenter les posts d’autres instagrameurs dans le but d’être favorisé par l'algorithme de l’application. Ils peuvent communiquer via des groupes de discussions privés par exemple et s’alerter au moment où il faut se liker les uns les autres. « Au début, c’était pour pallier un changement d’algorithme entre potes. Sauf que ça a débordé. Et maintenant, ils sont 200, 300, 500 dans les pods ! (...) Problème : quel est le réel engagement quand des personnes likent et commentent mais ne s’intéressent pas au contenu ? »

Engagement par rapport au même type d’influenceur

L’outil permet aussi de mesurer l’engagement des fans et de les comparer à ceux d’autres influenceurs. Guillaume Ruchon est ainsi à plus de 8% d’engagement quand des personnes avec autant de followers que lui ont un taux de 1,5% en moyenne.

Influenceurs sous influence

Le youtubeur ne s’est pas fait que des amis en révélant les pratiques classiques de triche. Douze heures après la mise en ligne de sa vidéo, il a indiqué sur un post Instagram avoir été la cible d’une attaque surprise... de quelques 10 000 faux comptes, qui se sont mis à le suivre. « Cela veut dire que j’ai visé juste », affirme l’influenceur dans sa vidéo. Par ailleurs, l’auteur a également été victime d’un message de menace et cinq personnes ont signalé la vidéo sur YouTube. Preuve que le contenu n’a pas plu à tout le monde…

 

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

L'actualité du jour