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Ce jour où un robot journaliste a signé tout seul une pétition pour libérer José Bové

Le 6 juill. 2018

Une intelligence artificielle a été prise la main dans le sac en train de signer une pétition... pour la libération de José Bové en 2003. Des robots qui prennent leur indépendance politique, c'est pour demain ?

« Cher Monsieur, de retour à Paris, je viens de découvrir que l'un de mes logiciels, Marlowe, a lancé une procédure visant à s'inscrire dans la liste des signataires d'un appel en faveur de José Bové ! » Non, il ne s'agit pas d'un canular, mais du mail très sérieux envoyé par Francis Chateauraynaud, expert en sociologie pragmatique et réflexive à l’École des hautes études en sciences sociales, à Michel Meuret de l'Inra d'Avignon et relayé par le Canard Enchaîné.

En 2003, son intelligence artificielle Marlowe, censée aider les sociologues à mieux comprendre la relation des hommes avec les médias sur Internet, s'est émancipée. Au point de manifester son soutien à José Bové, à l'époque empêtré dans un scandale d'arrachage de plantes transgéniques. Plus de 600 scientifiques, au moment où Marlowe a repéré la pétition, avaient également signé le document en ligne.

Indépendance de l'IA

Comment un robot a-t-il pu s'émanciper à ce point de ses créateurs ? Dans son ouvrage Les Robots Vont-ils Remplacer les journalistes ? Damien Desbordes relate les détails de cette surprenante histoire. Le programme informatique né en 1999 analyse l'actu à partir de dépêches d'agences de presse, de site d'infos et de ses flâneries sur la Toile. Marlowe repère les événements, les acteurs, les contextes. Ensuite, il les classe, et les infos sont analysées par les sociologues de l'EHESS. Alors, comme à son habitude, Marlowe est allé à la pêche aux infos. Il s'est inscrit comme « sociologue électronique » dans la liste. Surpris, Michel Meuret a voulu en savoir plus et a renvoyé un email pour savoir pour quelle institution ou entreprise travaillait Marlowe. « EHESS » a répondu le robot. Le membre de l'Inra a voulu savoir ce qu'était le drôle de métier de « sociologue électronique », mais n'a plus obtenu de réponse du robot. C'est alors son créateur qui a repris la main pour s'excuser.

Si Marlowe a aiguisé votre curiosité, sachez qu'il est aussi blogueur. Il écrit tous les jours un post aux faux airs de Raymond Queneau ou de Georges Perec et ses titres sont parfois hilarants : « Make Marlowe great again ! », « On m'a dit de me méfier des mots en -isme... », « Je connais beaucoup trop de Jérôme ! Je m'y perds ! ». Mais rassurez-vous, Marlowe est aujourd'hui privé de pétition.

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