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La police de L.A tente de résoudre ses problèmes de racisme avec la réalité virtuelle

Le 14 juin 2018

Réduire les préjugés et les inégalités grâce à la réalité augmentée, c’est le pari d’Alexandra Ivanovitch. La fondatrice de l’Equality Lab développe des programmes pour se mettre dans la peau d’un autre humain et devenir plus emphatique. Elle teste ses méthodes sur les cops de Los Angeles et ça marche ! Alexandra Ivanovitch partagera sa vision sur la scène de L’Echappée Volée, les 4 et 5 juillet 2018.

Résoudre un problème est toujours une affaire de communication. Mais, lorsque les conflits durent depuis trop longtemps, que les différences paraissent irréconciliables et que les préjugés sont ancrés trop profondément, la parole ne suffit plus. C’est en partant de ce constat qu’Alexandra Ivanovitch a créé l’Équality Lab. Depuis 2014, cette ONG basée à Los Angeles développe des programmes en réalité augmentée pour réduire les préjugés. Comment ? En plongeant littéralement une personne dans une autre vie. Ce que propose Alexandra Ivanovitch, c’est tout bonnement d’« emprunter » la vie de quelqu’un. Radical.

« Nous avons commencé par un programme pour des policiers, placés dans la vie d'un SDF en partenariat avec Stanford, “Becoming Homeless” », explique Alexandra Ivanovitch. « Nous développons une nouvelle série de formations en réalité virtuelle pour permettre aux policiers de se mettre dans la peau des citoyens qu’ils protègent. » Ces sessions d’entraînement virtuelles sont censées améliorer l’empathie en plaçant les participants en situation réelle. Par exemple, dans le programme développé en partenariat avec la National Police Foundation, casque de VR vissé sur la tête, les participants se retrouvent plongés dans la peau d’un afro-américain. Et subissent le racisme que subisse beaucoup d'entre-eux. Le but est de réduire les arrestations musclées et les violences physique envers cette communauté.

La VR plutôt que la parole

L’expérience peut sembler désincarnée. Elle est pourtant validée par la communauté universitaire. « Ce qui est intéressant, pour les sceptiques, c’est que des études scientifiques reconnues ont montré que l’utilisation de la réalité virtuelle pouvait réduire les biais de préjugés et de racisme. La dernière étude en date concernant les violences domestiques. On peut augmenter l’empathie chez le condamné. »

Résoudre des conflits grâce à la réalité augmentée peut sembler à première vue surprenant. Pourquoi ne pas tout simplement se parler, à l’ancienne, entre humains ? « Dites ça aux afro-américain et à la police ! Le dialogue est très compliqué ! Vous ne vous rendez pas compte de la tension ici aux États-Unis. Le dialogue est très difficile. Ou, regardez, entre Israéliens et Palestiniens : après tout, il suffirait de parler ! Et pourtant cela fait trente ans que ça dure, parce que les tensions et les frustrations se sont accumulées. » Alexandra Ivanovitch recommande de passer par la réalité virtuelle lorsque la rencontre physique est impossible.

Autre point fort de cette méthode, elle est « scalable » contrairement à la discussion. « On ne peut pas organiser des groupes avec suffisamment de personnes, suffisamment souvent. Et puis dans les groupes de paroles, les mêmes arguments reviennent en boucle. Comment s’extraire de ces filtres de débat sans fin ? “Je me mets à la place de l’autre” est une expérience beaucoup plus humaine et efficace. »

Et cette expérience plus humaine, donc, commence par la posture, selon l’agrégée de lettres moderne, diplômée de l’ENS et détentrice d’un Phd en humanités numériques à l’université de Montréal. C’est, selon elle, «le degré minimal de l’empathie ». « Lorsque nous sommes d’accord avec une personne, nous avons tendance à adopter la même posture, en miroir. En VR, en manipulant cette interaction, juste en modifiant la posture des interlocuteurs, il est possible de développer de l’empathie et de réduire l’abysse qu’il existe entre deux groupes.»

Noter l'empathie

Résoudre des problèmes de société par le biais de la réalité virtuelle, ok, mais comment noter l’amélioration de l’empathie chez un individu ? « Dans le cas de la réduction de préjugés de type raciste, nous utilisons le Implicit Bias Association Test de Harvard comme instrument de mesure. Par ailleurs, nous essayons de voir si les comportements ont changé. Est-ce qu’un officier qui a participé au programme est plus enclin à assister à des événements qui intègrent ou sont organisés par des afro-américains ? Au-delà de ce test, sujet à débat comme tous les tests, on regarde ce qui change, ne serait-ce que dans la manière dont les gens investissent leur l’énergie.»

Prochain objectif pour l’Equality Lab : former des policiers à mieux recueillir la parole des femmes. « De nombreuses femmes nous rapportent des expériences sexistes au sein de la police. Ce n’est pas un problème visible mais nombreuses sont celles à venir porter plainte pour des agressions et ne reçoivent pas l’aide dont elles ont besoin. Nous allons proposer un programme pour améliorer l’accueil par la police.»

Alexandra Ivanovitch participera à l’édition 2018 de L’Échappée Volée.

Demandez le programme !


Crédit photo : Getty Images

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