Sac d’organes et clone sans cerveau : le projet extrême des fous de la longévité

Sac d’organes et humain sans cerveau : les fous de la longévité deviennent nécrophiles

Et si nous pouvions développer un clone sans cerveau pour se servir de ses organes parfaitement compatibles et rester jeunes et en bonne santé plus longtemps ? Fou ? Pour certains, plus tant...

À quoi seriez-vous prêts pour vivre plus longtemps ? Fin mars, Wired dévoile les projets de la startup R3 Bio de développer des « sacs d’organes » non sentients, soit des structures d’êtres vivants, le cerveau en moins. Une semaine plus tard, le Technology Review détaille dans une longue enquête les implications d’un tel projet.

L’ambition initiale paraît louable : limiter le recours aux animaux vivants, et notamment aux primates, pour les tests pharmaceutiques en créant des clones sans cerveau. Mais le but à long terme serait de créer des versions humaines qui pourraient être utilisées comme source de tissus et d'organes, revendiquent les deux magazines américains.

Mères porteuses pour « sacs d’organes » à la malformation cérébrale

Selon le Technology Review, l’une des inspirations majeures du cofondateur et docteur en biotech John Schloendorn est l’hydranencéphalie, une malformation du système cérébral caractérisée par l’absence de développement des hémisphères cérébraux. Si la plupart des enfants atteints de cette malformation décèdent in utero, avec les soins nécessaires, certains peuvent vivre jusqu’à leur vingtaine. « Selon les normes médicales en vigueur, le prélèvement d'organes sur des personnes atteintes d'hydranencéphalie n'est pas autorisé, car elles ne répondent pas aux critères de la mort cérébrale : leur tronc cérébral est en effet fonctionnel », précise néanmoins le journal.

Autre enjeu éthique majeur : le processus de développement de ces « sacs d’organes » humains. Pour l’instant, les utérus artificiels n’existent pas et il faudrait donc faire appel à des mères porteuses payées pour porter ces ersatz de clones. « Dans le futur, un clone sans cerveau pourrait donner naissance à un autre », rapporte le magazine.

« Bodyoïds », sacs d’organes et greffe de tête

Si la technologie paraît tout droit sortie d’un film d’horreur et des cerveaux malades de scientifiques psychopathes, les clones humains sans cerveaux se trouvent à la croisée de nombreuses recherches bien moins controversées. Ainsi de la xénogreffe, ou la transplantation d’organes issus de porcs génétiquement modifiés. Plusieurs essais ont été réalisés et deux patients ont reçu un cœur de porc qui a pu être maintenu plusieurs semaines, rappelle l’Inserm. Ainsi aussi des organoïdes, soit une version miniature et simplifiée d’un organe développée in vitro. En 2024, ce même Technology Review publiait une tribune signée par trois bio-scientifiques pour défendre l’idée d’un « bodyoïd » (ou « corpoïde », en français). Il s'agit de faire pousser des organes humains pour pallier la pénurie d’organes. « Les récentes avancées en biotechnologie ouvrent désormais la voie à la production de corps humains vivants dépourvus des composants neuronaux qui nous permettent de penser, d'être conscients ou de ressentir la douleur. Beaucoup trouveront cette possibilité troublante, mais si les chercheurs et les décideurs politiques parviennent à coordonner ces technologies, nous pourrions un jour être en mesure de créer des corps « de rechange », tant humains que non humains », revendiquent alors les scientifiques dans ce qui ressemble de près au concept de « sac d’organes » présenté par R3 Bio.

Les technologies de remplacement sont par ailleurs étudiées dans le domaine de la recherche pour la longévité, comme le démontre ce papier publié en 2025 dans le magazine Nature, intitulé « Remplacement comme intervention contre le vieillissement ». Le but ultime ne serait pas de remplacer les organes défaillants mais de faire une greffe totale de ce nouveau, et plus jeune, corps : ne resterait de vous que votre cerveau. Là encore, des recherches dans ce sens ont déjà été menées, rapporte le Technology Review. En 2025, des chirurgiens russes ont coupé la tête d’un cochon avant de la recoudre. L’animal a survécu mais était totalement paralysé – les chirurgiens l’ont euthanasié quelques heures plus tard.

Un écosystème de chercheurs et d’investisseurs

Dans Technology Review, R3 Bio nie vouloir faire des « clones humains non-sentients qui seraient portés par des mères porteuses » et affirme que « toutes allégations d’intention ou machination pour créer un clone humain ou des humains avec des dommages cérébraux sont catégoriquement fausses ». Une semaine plus tôt, les mêmes allégations (quoique moins détaillées) rapportées dans Wired, dont certaines exprimées par la cofondatrice Alice Gilman elle-même, n’avaient inspiré aucun correctif.

Le magazine américain maintient son enquête et construit un faisceau de preuves pour démontrer que ces conversations et projections ont bien eu lieu : des rendez-vous, des évènements et même une feuille de route technique pour ce que R3 Bio a appelé « un clonage de replacement de corps » ( « body replacement cloning » )  dans une lettre adressée en 2023 à ses soutiens. Elle démontre aussi un écosystème de chercheurs et investisseurs engagés dans les technologies de clonage et de longévité.

Selon Wired, R3 Bio est soutenu par le milliardaire et investisseur américain Tim Draper, le fonds d’investissement singapourien spécialisé dans la longévité Immortal Dragons et celui britannique LongGame Ventures.

Les longétivistes sont-ils nécrophiles ?

Moins invasif, et étrangement moins éthiquement douteux, la « nécrocosmétique » devenait fin mars mainstream sous la plume de la journaliste beauté Jessica de Fino. On apprenait que les dons d’organes et de tissus ne concernaient pas seulement les interventions médicales vitales. Le gras des organes de cadavres est aussi utilisé, et de manière parfaitement légale aux États-Unis, pour gonfler nos BBL, rehausser nos pommettes et lisser notre cellulite. La même Jessica De Fino inventait en début d’année le « morgue gaze » (qu’on pourrait traduire par « regard mortuaire » ) : une esthétique figée et cadavérique, et donc censé être... jeune pour toujours.

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