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psychiatre

La réalité virtuelle au service de la psychiatrie

Le 24 févr. 2017

Rencontre avec le Dr Eric Malbos, intervenant sur le salon Virtuality : il utilise la réalité virtuelle pour soigner ses patients et leurs phobies. Un succès.

Comment êtes-vous tombé dans la VR en tant que psychiatre/ psychologue ?

Dr Eric Malbos : 2002, je finissais mes études de médecine et je cherchais un sujet pour ma thèse : je ne voulais pas tomber dans les vieux poncifs, mais présenter quelque chose d’original ; quelque chose en rapport avec mes passions, les jeux vidéos et la science-fiction. Je me suis alors rendu compte que dans le monde, des laboratoires utilisaient la réalité virtuelle en médecine, et plus précisément en psychiatrie. J’ai commencé à m’y intéresser fortement et désormais je l’utilise en consultation.

Quels troubles mentaux soignez-vous avec cette technologie ?

Dr E. M.: Au centre hospitalo-universitaire de la conception, nous utilisons la VR pour traiter plusieurs troubles mentaux, le premier concerne les troubles anxieux, une famille qui comprend les phobies de tous types. Pour chacune d’entre-elles, je créé moi-même un environnement virtuel adapté. J’en ai conçu beaucoup pour des phobies fréquentes types, peur de l’avion, claustrophobie, phobie du métro, l’acrophobie, la phobie de conduite sur autoroute… ; et aussi pour des phobies plus rares, comme la phobie des chiens, la phobie de l’eau, ou les troubles anxieux généralisés (les inquiets chroniques). Pour ces derniers, la VR va servir à optimiser la relaxation. On transpose virtuellement le patient sur une plage, avec des palmiers, il assiste à un coucher de soleil. Nous traitons également les addictions comme le tabac, et surtout nous faisons de la prévention pour éviter la reprise : dans ce cas nous exposons le patient à de hauts risques de rechute : un café virtuel en ville, un restaurant virtuel au bord de la plage avec un coucher de soleil, une pause-café au travail, une attente de bus. Nous pouvons tout faire avec la VR, faire nager un patient, le confronter à l’autoroute.

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Quel est l’environnement que vous avez créé et dont vous êtes le plus fier ?

Dr E. M.: Le scénario de l’avion, c’est le plus classique mais c’est celui qui fonctionne le mieux. J’ai créé les systèmes de décollage, d’atterrissage, les turbulences, j’ai même dû créer l’aéroport, l’avion, les fauteuils, sur la base de photos car je ne suis pas ingénieur à la base. L’avantage de ce type d’expérience en psychiatrie c’est que l’on peut exposer le patient de manière progressive. C’est un environnement ouvert, le patient ne suit pas un couloir. Il peut se promener dans l’aéroport, il n’est pas obligé de rentrer dans l’avion ; ou s’il souhaite y entrer, il peut vivre l’expérience sans décollage. Le psychiatre se doit d’y aller doucement, pour ne pas le brusquer, d’autant qu’il est à même de contrôler en temps réel l’environnement : fermeture du sas de l’avion, nombre de personnes dans l’avion (souvent le patient préfère démarrer avec un avion vide, on rajoute ensuite des passagers au fur et à mesure), présence de turbulences, durée du vol… cette capacité de progression modulée est importante dans l’intérêt de la thérapie.

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Peut-on craindre des effets secondaires ?

Non, car nous avons suffisamment de recul. Les premières expériences de VR en santé mentale ont été réalisées en 1992. De nombreuses études scientifiques ont déjà été publiées à ce sujet : elles valident le fait que la VR soit très bien toléré, d’ailleurs les patients sont plus motivés par cette approche qu’une thérapie classique car il y a un côté ludique, rassurant, du fait de sa douceur et de sa progression. Evidemment, nous avons quelques craintes de temps en temps de cyber malaises (nausées créées par le port du casque), en dehors de cela il n’y aucun effet secondaire psychologique. Nous travaillons d’ailleurs avec des vétérans d’Afghanistan atteints de stress post traumatiques : nous récréons un Afghanistan virtuel où la personne revit son traumatisme afin qu’elle puisse mieux gérer en le revivant. Là aussi nous avons assez de recul sur la méthode, elle a déjà fait ses preuves sur les vétérans de la guerre du Viêtnam. Il est bien sûr important de comprendre que l’on ne plonge jamais le patient d’emblée dans des environnements virtuels, ce serait traumatisant et beaucoup trop brutal. Le patient est traité en 10 à 12 séances, les 4 à 5 premières séances étant dédiées à la gestion des émotions, de la relaxation, de la thérapie cognitive, da l’autosuggestion. Uniquement après on le plonge dans la VR pour qu’il applique les méthodes qu’on lui a enseignées. Nous envisageons même de créer des environnements virtuels pour traiter la schizophrénie, aider les malades à mieux gérer leurs hallucinations.

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Quelle est la valeur ajoutée de la VR rapport à la médecine dite classique ?

Dr E. M.:  La VR donne la possibilité d’une exposition progressive et le contrôle d’évènements aléatoires dans la réalité. Le deuxième avantage est la confidentialité : le patient peut s’entrainer sans avoir peur d’être regardé par les autres. Enfin : le coût. Dans un traitement classique, le patient doit être accompagné par son psychiatre en situation (métro, train, avion…). Ce dernier doit prendre en général une journée entière ce qui est chronophage en termes de temps et coûte extrêmement cher.
Avec le Dr Bouchard, professeur au département de médecine de la Faculté de médecine de l’Université Laval et neurologue au Centre hospitalier universitaire de Québec, nous allons d’ailleurs former une société savante autour de la RV dans la francophonie et son emploi dans la santé mentale : l'INFIRA (institut francophone et international de réalité virtuelle ou augmentée en santé mentale). Elle servira notamment à former les psychiatres et les psychologues à cette technologie. Cette institution servira également à délivrer des labels de qualité, pour les sociétés qui vont faire ce type de programme. Ces labels de qualité assureront aux professionnels comme aux patients que les environnements virtuels qu’ils utilisent ont un réel effet thérapeutique.

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Quel est selon vous l’avenir de la VR ?

Dr E. M.:  En tant que psychiatre je pense que cela va bouleverser notre société, les enfants qui vont grandir avec ce matériel seront plus intelligents que leurs ancêtres : cela va développer, amplifier, considérablement leur intelligence.  L’intelligence est basée sur le maniement de concepts abstraits : la VR va permettre à l’enfant d’avoir accès à des mondes abstraits, la géométrie dans l’espace, le monde de l’infiniment grand, de l’infiniment petit, tout ce qui n’est pas à portée de nos sens mais que notre cerveau peut conceptualiser. Il va pouvoir manier des rayons gammas, des systèmes solaires, avoir accès aux atomes, aux molécules et comprendre leur fonctionnement. Tout cela va développer considérablement ses capacités et de manière précoce…

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Le Dr Eric Malbos travaille au service de psychiatrie du Pr Lançon, CHU Conception APHM à Marseille. Il est psychiatre spécialiste du traitement en réalité virtuelle, ancien médecin de l'ambassade de France.
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