Montage métavers

Le métavers et moi : à quoi va ressembler notre identité dans ces mondes virtuels ?

Avec Webedia

Identités, comportements, aspirations : plutôt que de spéculer sur ce que seront les métavers, si nous nous demandions plutôt qui nous serons à l’intérieur de ces univers virtuels ?

Depuis que Facebook s’est rebaptisé Meta, les spéculations sur l’avenir du métavers vont bon train. Seulement, il y a un problème : entre ceux qui n’y comprennent rien et les autres qui se demandent ce qu’ils pourront y faire au quotidien, difficile de se projeter. 

Quel look aura notre avatar ? À quoi ressembleront nos interactions sociales ? Y serons-nous plus libres ? Quelles émotions allons-nous éprouver ? En somme, qui serons-nous dans le métavers ? C’est à toutes ces questions que Webedia a choisi de répondre lors d’une conférence baptisée « Le Métavers et moi » et qui s’est tenue depuis la Gaîté Lyrique le 24 mars 2022. Sur scène, Marion Bories, responsable des études chez Webedia, Jean-Maxence Granier, directeur et fondateur de l’agence Think-Out et Michaël Stora, psychologue et psychanalyste, ont esquissé le portrait de ce méta-moi

Pour celles et ceux qui ont peur d’être un peu perdus, commençons par une définition. Le métavers, c’est un « lieu de rencontre, stable dans le temps, d’une communauté d’utilisateurs souhaitant s’engager dans une grande variété d’activités sociales en ligne, en immersion », annonce en préambule Marion Bories. En gros, c’est une réplique de notre vie quotidienne dans un monde virtuel. Rien de nouveau répondrez-vous. Et vous aurez bien raison. Second Life avait imaginé le concept il y a presque vingt ans, tout comme des jeux vidéo comme le célèbre Fortnite le font aujourd’hui. C’est d’ailleurs en étudiant le comportement des gamers que Marion Bories et Jean-Maxence Granier souhaitent analyser le comportement de ceux qui iront sur le métavers. 

Être celui ou celle que l’on n’ose pas être 

Bien que les contours des métavers restent flous, une chose est certaine, c’est grâce à un avatar que nous allons les parcourir. Mais que dira de nous cet avatar, cette projection virtuelle de nous-même ? Jean-Maxence Granier rappelle l'étymologie du terme : « C’est la forme que prennent les Dieux quand ils s’incarnent sur Terre. » Sans aller jusqu’à nous prendre pour des Dieux, l’avatar sera donc l’occasion de proposer une expression de soi avec « des effets de ruptures forts ou des éléments de continuité », un prolongement de son être réel qui se dirigera probablement vers une version améliorée de notre personne. 

C’est ce que les psychanalystes appellent le « moi idéal ». Michaël Stora complète : « On va pouvoir être cet autre qu’on n’ose pas être. Pour ceux qui ont parfois une personnalité un peu clivée, on va jouer à mettre en scène cette partie qui d’habitude est rejetée. »

Cela signifie-t-il pour autant que le métavers sera une terre d’acceptation, de liberté où l’on pourra être qui on veut en échappant à sa classe ou à son assignation de genre ? Bien que l’on puisse envisager un relatif affaiblissement des normes sociales et moins de préjugés, c’est avant tout les autres qui viendront infirmer ou confirmer notre identité, rappelle Michaël Stora. Eh oui, car dans le métavers, nous ne serons pas seuls !  

Me, myself et l’autre dans les métavers 

Comme on l’observe dans les jeux vidéo où la relation à l’autre est facilitée, on peut aisément imaginer que dans le métavers il sera tout aussi aisé de nouer des relations. Selon Jean-Maxence Granier, la distanciation avec la réalité étant plus faible dans le métavers que dans les jeux vidéo, les relations sociales y seront plus pérennes et tangibles. 

Toutefois, ne nous voilons pas la face. Comme le souligne Marion Bories, le risque que les gens se lâchent à cause de la confusion entre le réel et le virtuel accroît le risque de violences et de dérives. « Des règles devront exister », insiste-t-elle. Pas étonnant que 47 % des Français soient tout à fait favorables ou plutôt favorables à ce que les États instaurent les mêmes règles dans les mondes virtuels numériques que dans le monde réel, d'après une étude IFOP. 

Néanmoins, quelles que soient les formes qu’il prendra, le métavers sera assurément une question de collectif dans lequel nous serons incités à faire et vivre des choses ensemble. Aujourd’hui il est possible d’assister à un concert comme celui de Travis Scott dans Fortnite qui a rassemblé 12 millions de joueurs, et un chiffre total de 28 millions de viewers pour la série de 5 concerts réalisés dans le jeu. Mais les expériences proposées restent passives, et l’on vit sans réellement y participer. 

Action ! Passez d’une expérience passive à une méta-expérience 

Alors comment faire en sorte que l’expérience dans le métavers apporte une plus-value par rapport à la vraie vie ? Que ferons-nous exactement dans le métavers ? Jean-Maxence Granier en est persuadé, « la dimension créative l’emportera sur la destruction. » Bien que la tentation de transgresser soit grande dans le métavers puisque la liberté y est accrue, nous y serons dotés d’outils créatifs qui vont nous inciter à construire des « mondes physiquement impossibles dans la réalité », rappelle-t-il. Un univers de créativité entre les mains des utilisateurs !  

Au-delà de cette créativité rêvée, les utilisateurs resteront également des consommateurs dans le métavers. Et pour Michaël Stora, « avec le métavers, les gens sont attirés par des expériences, mais aussi par la valeur esthétique, symbolique et divertissante des marques. » Les marques ont en effet bien compris que le métavers représentait une opportunité pour elles de s’attaquer à un marché nouveau. « Elles vont jouer un rôle dans cet idéal du moi. Les marques aident à apparaître d’une certaine façon aux yeux des autres », précise Marion Bories. Marques de mode, fabricants automobiles, univers du sport, elles ont toutes un intérêt à avoir leur place. Reste à savoir comment l’inscrire en cohérence avec la communication globale de l’enseigne. 

Bien que les hypothèses soient nombreuses, une certitude : nous serons différents dans le métavers. Et la question de la personnalité ouvre la voie à plusieurs interrogations : quelles seront les futures communautés du métavers ? Qui seront les influenceurs de cet espace virtuel ? Pour y répondre, vivement le futur !  

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