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Un drone en train de voler
© Jared Brashier via Unsplash

Il y a 5 ans, Amazon promettait des colis livrés par drones. On n'en est pas vraiment là

Le 13 déc. 2018

Alors que le patron d’Amazon nous avait annoncé un service de livraison par drone pour 2018, force est de constater que la promesse est loin d’être tenue. Entre soucis techniques et problèmes législatifs, pourquoi le fantasme du géant de la distribution est-il difficile à concrétiser ?

Souvenez-vous. 

En décembre 2013, Jeff Bezos prédisait au journaliste de l’émission américaine 60 minutes, que les livraisons de colis allaient bientôt s’effectuer par drone. Dans la foulée, le géant de la distribution diffusait sur YouTube une publicité pour son futur service Prime Air dans laquelle on voyait un client se faire livrer un objet en moins de trente minutes grâce à un engin volant. Un service qui n'aurait dû mettre que cinq petites années à devenir réalité.

Une législation frustrante

Nous sommes à présent en décembre 2018 et un simple coup d’œil dans le ciel suffit pour constater que l’armée de drones d’Amazon n’est pas là. La firme a pourtant effectué quelques livraisons aériennes en Angleterre en 2016. Mais il s’agissait plus d’un coup de communication en mode expérimentation que d’un véritable lancement pour le grand public. Aux États-Unis, Prime air a aussi du mal à décoller. Pendant plusieurs années, Jeff Bezos a même dû délocaliser sa base de test au Canada pour échapper à une législation jugée « frustrante ». Le temps que les autorités donnent des autorisations de vol, soit environ 6 mois, les modèles de drones deviennent obsolètes. Depuis mai 2018, le problème devrait pouvoir se régler puisque l’administration Trump a approuvé la mise en place d’un programme de trois ans pour tester ce mode de livraison.

Pourquoi tant d’attente ?

Si la promesse de Jeff n’a pas été tenue, c’est donc en premier lieu à cause de la législation. Aux États-Unis c’est la Federal Aviation Administration qui gère les vols. L’agence n'autorise pas que les pilotes de drone perdent leur véhicule du regard. Si la loi n’évolue pas, il est impossible de lancer dans les airs des drones autonomes capables d’aller dans des zones reculées. Pour Colin Snow, expert sur les usages de drones interrogé par APnews, il faudra au moins 10 ans avant qu'une telle réglementation puisse évoluer. En attendant, les tests de livraisons restent donc limités à des distances très courtes, ce qui n’a pas beaucoup de sens…

Météo, population, oiseaux... Les obstacles sont nombreux

La difficulté technique est elle aussi importante. Pour le moment la plupart des drones ont une durée de vol très réduite et leurs batteries ont besoin d’une heure ou plus pour se recharger. Cela signifie que les compagnies de transport devront gérer une flotte de véhicules plutôt importante pour maintenir une continuité de service. Plus grave encore, les drones de livraison restent vulnérables face au vent ou aux oiseaux. Pour créer un logiciel de vol robuste capable d’anticiper ces problèmes, Amazon a ouvert un centre de recherche en 2017 non loin de Clichy. Les équipes devront permettre aux véhicules de voler de manière coordonnée tout en évitant les zones trop peuplées et les conditions météo défavorables. Et en cas de gros pépin, la firme a même déposé un brevet prévoyant l’autodestruction du véhicule.

Drona non grata 

Avec tous ces tests, Amazon tient-il le bon bout ? Pas vraiment, quand on regarde les règles de sécurité mises en place par la Direction générale de l’aviation civile. Actuellement, il est interdit de faire voler un drone à plus de 120 m, de nuit ou au-dessus d'individus. Aux États-Unis, cette règle est même doublée d'une interdiction de survol de voitures en mouvement. Impossible dans ce cas d’imaginer des livraisons en ville, comme le prévoyait Amazon. Pour le moment, seuls des trajets effectués dans des zones rurales et sur des bases fixes sont envisagés en France. « D’ici deux ans, c’est une législation européenne qui va prendre le relais, indique Corinne Donzel, spécialiste de la législation des drones à la DGAC. Elle va fournir un cadre pour réaliser des démonstrations de faisabilité, mais pas de déploiement commercial. Ces tests vont nous permettre de définir les critères de sûreté des véhicules. Il est hors de question de faire voler ces engins au-dessus de zones densément peuplées avec des colis qui peuvent s’avérer dangereux. On regarde aussi s’ils sont sensibles aux perturbations électromagnétiques en passant près de lignes à haute tension ou d’antennes relais. Bref il y a encore beaucoup de verrous à faire sauter avant d’imaginer des drones venant livrer des colis chez vous. »  

La douce mélopée du drone à la campagne

Au-delà de la législation, l'inconfort de la population est aussi un facteur à prendre en compte. En Angleterre, les gens vivant non loin des lieux de tests d’Amazon ont confié à la BBC qu’ils étaient « horrifiés par le bruit » et profondément choqués à l’idée que « des drones puissent survoler la campagne ». Et ces réactions sont loin d'être des sentiments isolés. Une étude dirigée par la NASA en 2017 a mis en avant le fait que le bruit des petits moteurs électriques était particulièrement irritant pour l’oreille humaine, plus que le bruit d'une voiture ou d'un camion. « Les livraisons par drone posent des questions d’acceptabilité précise Corinne Donzel. À partir de combien de drones dans le ciel considère-t-on que ça devient une nuisance ? En Europe et plus particulièrement en France, les grandes villes ne peuvent pas être survolées par des hélicoptères. Si les drones lourds utilisent des moteurs thermiques, alors on pourra les considérer comme tels. » Avant de convaincre les gouvernements, Jeff Bezos va devoir aussi convaincre... les gens.

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