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femme devant un eVtol

eVtol : les taxis volants peuvent-ils désengorger nos villes ?

Le 8 oct. 2019

C’est le pari de Anita Sengupta, ingénieure spatiale et entrepreneuse spécialisée dans les eVtol, ces véhicules aériens autonomes et électriques. Pour elle, les premiers engins seront opérationnels dès 2025.

Anita Sengupta est une spécialiste des technologies de mobilité futuristes. Après 16 années passées comme ingénieure aérospatiale pour la NASA, elle a rejoint l’entreprise Hyperloop One pour travailler sur le train à propulsion magnétique qui pourrait révolutionner le transport au sol. Mais pour elle, le futur de la mobilité doit s’envisager en 3D et dans les airs. C’est pourquoi elle a lancé Airspace Experience Technologies, une start-up qui entend commercialiser les taxis aériens du futur – les eVTOL (electric vertical take-off and landing, ndlr), soit des véhicules autonomes et électriques volants. Aujourd'hui, le marché de ces nouveaux véhicules volants est en pleine ébullition, et la course aux prototypes fait rage. Nous avons rencontré Anita Sengupta lors du festival Hello Tomorrow pour une discussion à bâtons rompus sur le futur des mobilités.

Projetons-nous en 2030 et au-delà. D’après vous, à quoi ressemble la mobilité urbaine ?

Anita Sengupta : Elle n’a rien à voir avec ce que nous connaissons aujourd’hui ! Pour commencer, les véhicules individuels ont disparu des centres-villes grâce aux municipalités qui ont réussi à décourager les citadins de rouler avec leur voiture. La pollution et les embouteillages s'en trouvent réduits. Ensuite, de nouveaux aménagements ont été réalisés. Les véhicules autonomes circulent ainsi sur des chaussées spéciales et accueillent plusieurs personnes.

Dans le ciel, les taxis volants se chargent de véhiculer les personnes. Notamment pour les transporter entre les aéroports. J'entrevois une densification du trafic aérien entre les aéroports régionaux, qui sont peu utilisés aujourd'hui. Grâce à l’utilisation de l’espace aérien, il y a moins de pollution et un environnement plus plaisant pour les piétons. En parallèle, j’imagine que nous utiliserons beaucoup plus les bicyclettes, les trottinettes et autres véhicules légers.

Qu’est-ce qui est en jeu avec la démocratisation des nouveaux véhicules volants autonomes, comme celui que vous avez conçu avec votre société Airspace Experience Technologies ?

A. S. : Ce qui est véritablement nouveau c’est que nos engins volants sont électriques. Sur des distances courtes, ils sont complètement 0 émission et n’utilisent aucune énergie fossile. Ces véhicules décollent et atterrissent verticalement, mais ils peuvent également voler comme des avions réguliers, ce qui les rend bien plus efficaces que des hélicoptères d’un point de vue énergétique. Ils sont également semi-autonomes.

Du point de vue de la conception, nous faisons beaucoup d’efforts pour proposer ces véhicules à un tarif abordable. Comme notre entreprise est basée à Détroit, la ville de la voiture, notre objectif est de dupliquer les méthodes industrielles de l’industrie automobile classique pour fabriquer des engins volants électriques et autonomes.

Quand seront-ils entièrement opérationnels et disponibles pour le public ?

A. S. : Je pense que nos engins obtiendront la certification pour effectuer des vols commerciaux dans cinq ans. D’ici là, nous devrons prouver aux régulateurs américains que nos véhicules sont fiables et aux normes.

Quels sont les avantages de ces nouveaux moyens de transport aériens ?

A. S. : Aujourd’hui, en ville, nous envisageons la mobilité en deux dimensions. D’après moi, la smart city de demain doit s’envisager en trois dimensions, en intégrant l’espace aérien. Avec les nouveaux véhicules volants électriques, on peut imaginer des autoroutes dans le ciel, qui permettent de réguler les encombrements sur les routes. Mais ce ne seront pas des véhicules privés individuels. Ils feront partie d’une flotte, un service de leasing et on pourra accéder au service par une application. De la même manière que nous avons Uber ou Lyft pour la mobilité routière, nous aurons ce même type de service « on demand » (à la demande) mais pour la mobilité aérienne.

Pour vous, les mobilités partagées représentent le futur ?

A. S. : Absolument. Imaginez-vous, lorsque vous vous débarrassez de votre véhicule personnel c’est l’équivalent de 2000 kilogrammes de déchets qui partent à la casse. La mobilité partagée permet, d’une part, de produire moins de déchets, et d’autre part, de réduire les émissions de carbone. Que ce soit sur la route ou dans les airs.

Quelle est la place des mobilités dites « douces » dans ce panorama ?

A. S. : Leur place est prépondérante, notamment sur les premiers ou derniers kilomètres d’un déplacement. Les études montrent qu’ici, aux États-Unis, les gens sont en moins bonne santé, notamment parce qu’ils se déplacent avec leur voiture et n’utilisent pas assez leur corps. Les mobilités douces permettent de corriger cela, si elles sont rendues accessibles. Au final, ce type de mobilité a même un impact sur le système général de santé : il y aurait moins de diabète, d’attaques cardiaques ou de maladies liées à l’obésité.

Vous avez travaillé pour l’entreprise Hyperloop, qui promet de révolutionner la mobilité avec son « train » à propulsion électrique et à élévation magnétique. Quelles sont les promesses de ce nouveau moyen de transport ?

A. S. : J’ai l’habitude de dire que l’Hyperloop est comme un engin spatial, mais sur le sol. Concrètement, il s’agit de capsules qui sont propulsées électriquement à l’intérieur d’un tube sous-vide. L’élévation de l’engin se fait grâce à la force magnétique. Toutes les résistances liées à l’air et aux frictions du sol sont éliminées, c’est ce qui permet d’atteindre des vitesses très grandes quasiment instantanément. C’est également un moyen de transport vert, puisqu’il fonctionne à l’électricité. Pour cela il faut l’implanter sur une grille qui propose de l’électricité renouvelable, comme c’est le cas en Californie où je vis.

Qu’est-ce que l’Hyperloop pourrait changer dans la vie des gens ?

A. S. : Il pourra améliorer la qualité des transits, notamment sur les distances longues. Cela peut permettre aux gens de vivre éloignés des centres urbains, tout en y ayant accès très rapidement. Il faut comprendre qu’aujourd’hui un train classique met un certain temps à atteindre sa vitesse de pointe. Avec l’Hyperloop, c’est instantané. Cependant, l’avantage principal reste que ce véhicule n’émet pas de CO2. Ce moyen de transport pourrait donc devenir un transport de masse.

En tant qu’ingénieure aérospatiale, pensez-vous que les humains voyageront un jour sur Mars ?

A. S. : Oui, en effet, et cela arrivera certainement de notre vivant. Peut-être que nos petits-enfants iront sur Mars ! Mais avant d’y parvenir, il y a un certain nombre d’enjeux techniques à résoudre. Le principal étant de baisser les coûts de fabrication des navettes spatiales. On voit aujourd’hui qu’il y a une véritable explosion du marché avec des entreprises comme SpaceX, Blue Origin, Virgin Galactics ou encore Lockheed. Grâce à cette compétition, il devient soudainement financièrement possible d’envoyer des gens dans des vols cargo vers l’espace. Mais la seule partie que le secteur privé ne peut pas prendre en charge, c’est le développement des systèmes d’atterrissage. C’est principalement la NASA (National Aeronautics and Space Administration) et l’ISA (Israel Space Agency) qui guident les recherches en la matière. La coopération entre les entreprises privées et les agences nationales permet néanmoins d’accélérer le processus.

Une fois sur la planète rouge, de nouveaux enjeux cruciaux apparaissent. Faire pousser de la nourriture, se protéger des radiations, trouver de l’eau… mais ce challenge est vraiment excitant.

Pensez-vous que le tourisme spatial représente un marché en tant que tel dans les années à venir ?

A. S. : Je trouve l’idée même de vouloir faire une virée dans l’espace, simplement pour son plaisir, plutôt irresponsable. Je vois plutôt les désirs de certains milliardaires de voyager dans l’espace comme un moyen d’accélérer la recherche. Par ailleurs, nous avons beaucoup à apprendre de l’espace et de la vie dans l’espace, en termes d’efficacité énergétique, d’impact à mesurer etc. Pour partir effectuer de tels voyages, il faut calculer le poids de ce que l’on transporte, tout ce que l’on consomme doit être réutilisé (jusqu’à l’urine qui est purifiée). Cette façon de penser peut nous être très utile pour ré-envisager nos modes de vie et de transport.

En une phrase, quelle serait le plus grand enjeu pour les mobilités de demain ?

A. S. : Je pense que le véritable enjeu se situe au niveau de la transformation des mentalités. Il faut véritablement que les gouvernements encouragent et financent les nouveaux moyens de transport et les infrastructures. J’encourage également les anciennes générations à se convertir à ces nouveaux modes de transport, en commençant par se libérer de la dépendance à la voiture. On le voit, chez les jeunes générations la perspective est déjà bien différente sur ce sujet. Et bien sûr, pensons à des solutions durables qui permettent d’effectuer la transition vers des mobilités décarbonées.

 

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