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© wundervisuals via Getty Images

Pour sauver la planète, faudra-t-il vivre dans des espaces plus petits et moins confortables ?

Le 5 nov. 2019

Oubliez la révolution du tout numérique, l’enjeu de l’habitat de demain sera d’abord de respecter l’environnement. Quitte à revoir nos standards de confort et d’espace.

Vous avez travaillé pour Ikea sur un catalogue interrogeant l’avenir des équipements de la maison. À quoi ressemble la maison de 2030 ? Quelles pièces changent le plus ?

Nicolas Nova : Pour ce catalogue, nous sommes partis du principe que certaines pièces comme le salon, la salle de bain et la cuisine allaient beaucoup évoluer, car on observait un fort développement des technologies pour ces pièces-là, contrairement à la chambre, aux espaces de passage ou au garage. Le salon reste un espace social et de divertissement. À l’avenir, les casques de réalité virtuelle ou augmentée y trouveraient donc tout à fait leur place, c’est une forme de continuité avec la place qu’occupent déjà les écrans dans cette pièce.

Mais on pourrait aussi imaginer un salon qui évolue en fonction des personnes qui y entrent ou du temps qu’il fait : lumière, ambiance, décoration, musique, température… Toutes ces variables pourraient évoluer et s’adapter en fonction des données captées. Cela pourrait être un choix commandé, avec une domotique plus poussée, ou déclenché de manière autonome par le salon. Ces technologies seront possibles dans les années à venir.

Justement, on nous promet un foyer intelligent et robotisé, qui prendra soin de tout (consommation, ménage, alarme…) et tournera autour de notre bien-être. Sur le papier, ce nouveau foyer va nous libérer...

N. N. : Oui, mais ce ne sera pas sans contrepartie ! La maison de demain pourra collecter tout un tas de données, comme nos préférences (température, luminosité), le temps passé dans chaque pièce, notre heure de lever ou de coucher… La question est : pour quoi faire ? J’imagine bien un scénario dans lequel le partage de nos données nous rapportera un rabais en fonction de notre consommation d’eau par exemple, ou aidera notre médecin à suivre notre santé. 

Les données de santé seront un des enjeux des prochaines années, et la maison participera à leur collecte. Prenons la salle de bain : demain il sera possible d’analyser ce qui passe dans les toilettes, d’avoir un miroir capable de collecter des données de santé en fonction de notre peau… Ce dispositif pourra être complété par une cuisine connectée capable de savoir ce que l’on mange ou ce que l’on jette… En croisant ces données, on pourrait avoir une maison qui nous alerte sur un comportement ou un état de santé, un frigo qui nous dit quels aliments acheter ou nous donne des conseils de nutrition. Ce qui interroge la notion de vie privée.

Les tensions que l’on voit au sujet des compteurs Linky et des personnes qui s’opposent à leur installation chez elles présagent une résistance à l’automatisation et la collecte des données demain sur d’autres objets connectés.

Si les robots sont là pour veiller sur nous et nous faciliter la vie à la maison, doit-on s’attendre à une baisse des accidents domestiques ? Vont-ils en créer de nouveaux ? Où sont les risques domestiques en 2030 ?

N. N. : Pour moi, le risque est ailleurs : si on fait moins de choses, le risque est moins domestique que physique. L’absence d’activité physique risque d’être problématique, avec des risques de crise cardiaque, d’obésité, de burn out dû à l’infobésité… À force de se faciliter la vie parce que c’est plus confortable et que ça permet de gagner du temps, on va créer de nouveaux risques non plus domestiques au sens de l’accident – comme un robot qui nous tomberait dessus par exemple  mais les conséquences d’une activité sédentaire poussée à son paroxysme. 

Oui mais le frigo nous rappellera qu’il faut aller sur le tapis de course !

N. N. : Exactement, ça devient un monde absurde !

OneSharedHouse prophétise l’avènement du co-living en 2030. Le foyer de demain est-il un endroit où mon espace personnel se réduit inexorablement ?

N. N. : Cela semble être le cas. Surtout, le foyer de demain interroge ce qu’est mon espace personnel. Actuellement, l’espace personnel c’est avoir de l’espace physique autour de soi. Or, historiquement, ça n’a pas toujours été le cas. Au Moyen-Âge ou même au 19e siècle, la propriété de l’espace de vie n’était pas considérée comme acquise et la notion de l’espace personnel était très différente. Il y a eu un moment dans notre histoire où on a rattaché l’espace personnel à un espace physique, qui est une vision très bourgeoise. 

Finalement, notre espace personnel est peut-être dans le domaine du non-physique, des imaginaires qu’on va mettre ou des espaces numériques dans lesquels on va passer du temps, qu’il s’agisse de jeux vidéo ou de réseaux sociaux. Résultat : même un espace partagé devient un espace personnel.

Ces prochaines années, les grandes villes vont concentrer toujours plus d’habitants. Quel impact cela peut-il avoir sur nos modes de vie ?

N. N. : Il faut nuancer ce que l’on appelle ville car il y a les mégalopoles asiatiques de millions d’habitants et les villes européennes, l’échelle est très différente. Ce qui est certain, c’est que l’hyperdensité annoncée fait craindre une réduction de l’espace personnel, mais aussi des espaces de vie, avec des problèmes de trafic, de congestion des voiries, d’absence de verdure dans la cité… Il va falloir trouver des équilibres

Mais qui va réussir à trouver et à se payer ces équilibres ? Les classes sociales élevées, qui avaient plutôt quitté la ville, y reviennent partout dans le monde. Cette tendance pourrait développer des parties urbaines réservées à une élite, avec plus d’espaces et de meilleures prestations, et reléguer une partie de la population plus loin, dans des espaces denses de moins bonne qualité.

Pour moi, l’enjeu à l’avenir porte moins sur l’organisation spatiale que sur des problèmes de la qualité de vie, de l’air, de la nourriture, de l’eau que l’on aura à gérer dans cette hyperdensité. 

Justement, comment utiliserons-nous ces ressources dans la maison ces prochaines années ? Devrons-nous penser une toute nouvelle manière de concevoir nos habitations ?

N. N. : Je crois beaucoup à la reconfiguration de l’habitat autour de l’optimisation énergétique, tout simplement parce qu’on ne peut pas produire plus d’énergie. Même dans un pays pro-nucléaire comme la France, ce serait très difficile de construire une nouvelle centrale par exemple. On va devoir repenser la manière dont on a habité ces 100 dernières années et trouver d’autres formes d’habitats, plus respectueuses de notre environnement. Cette quête d’une meilleure adéquation avec les milieux naturels est un scénario qui me semble plus intéressant que celui du foyer intelligent et robotisé.

Cela va aussi nous obliger à nous interroger : ça veut dire quoi le confort ? N’y a-t-il pas d’autres manières de penser les pièces de vie de la maison ? Faut-il vraiment chauffer la chambre puisqu’on y dort sous une couverture ? Nous allons sûrement repenser les notions de confort thermique et d’hygiène. Or, ce sont des ruptures parce que cela signifie ne plus vivre exactement de la même manière, accepter d’évoluer sur nos habitudes. 

 

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