habillage
premium1
premium1
une voiture rose vintage
© Clem Onojeghuo via Unsplash

La voiture du futur fait-elle rêver ?

Le 25 oct. 2019

De la commercialisation des véhicules autonomes à la saturation du marché (le « peak car »), quelles sont les perspectives pour l’industrie automobile de demain ? On fait le point.

2040, c'est la date à laquelle les voitures à moteur thermique auront disparu de la circulation en France, si l'on en croit les objectifs du gouvernement. Certains modèles, comme les SUV, sont d'ailleurs pointés du doigt pour leur impact environnemental catastrophique. Plus largement, c'est la place de l'automobile dans nos sociétés qui est de plus en plus remise en question, alors même qu'en France, 86% des ménages possèdent un ou plusieurs véhicules. Un chiffre qui atteint 95% dans les zones rurales. Face à ces enjeux, que penser des innovations des constructeurs automobiles ?  Comment se dessine le futur de cette industrie ? Est-ce que posséder une voiture ne fera bientôt plus rêver ? Les véhicules électriques et autonomes sont-ils des alternatives plus durables ? À quoi ressemblera la mobilité demain ?

Autant de questions que nous avons posées à Carla Bailo, qui dirige le Center for Automotive Research, l’un des think tanks indépendants les plus influents en matière de mobilités aux États-Unis.

Comment se dessine le futur de l’industrie automobile ?

CARLA BAILO : Le futur est loin d’être lié uniquement à l’automobile, donc on devrait plutôt parler futur de l'industrie de la mobilité. Dans 30 ans, les business models des entreprises automobiles actuelles auront complètement disparus. Aujourd’hui, elles excellent dans le fait de concevoir, tester, développer et produire industriellement des véhicules dont le cycle de vie est d’environ cinq à sept ans. Mais demain, les modèles de consommation auront changé. Les gens s’attendront à ce que les mises à jour des véhicules électriques et autonomes soient aussi rapides que les mises à jour de leurs téléphones. Cela sous-tend des développements technologiques rapides. À la fois dans la puissance des systèmes d’information (algorithmes, traitement de la data), mais également du point de vue de l’amélioration des batteries et de l’électrification de ces nouveaux véhicules. Toute la chaîne de production se trouvera donc disruptée.

De quelle manière les véhicules autonomes pourraient transformer la vie des gens ?

C.B. : La promesse d’un véhicule autonome, ce n’est pas plus de temps libre, c’est plus de sécurité. Le véhicule intelligent sert avant tout à limiter les risques d’accident (avec les limites que l’on connaît aujourd’hui, car il est extrêmement compliqué de traduire l’imprévisible du quotidien en un langage informatique destiné à un véhicule). Le deuxième enjeu est d’ordre social. Les véhicules autonomes permettent aux personnes à mobilité réduite d’accéder à l’autonomie dans leurs déplacements. Mais cela vaut également pour les personnes qui souffrent de déclin cognitif, or la population vieillit dans les pays occidentaux !

N’oublions pas que la mobilité est la clé de toutes les opportunités. Cela peut permettre aux gens d’avoir accès à de l’éducation ou à un emploi.

Dans 30 ans, les business models des entreprises automobiles actuelles auront complètement disparus

- CARLA BAILO

 

Les constructeurs automobiles planchent tous sur des modèles de véhicules autonomes. Qui fait la course en tête aujourd’hui ?

C.B. : Pour moi le leader du marché est Waymo [voiture autonome en cours de développement par Google X, ndlr]. La raison est simple : ce sont eux qui ont conçu l’algorithme le plus solide. Grâce à la puissance de Google, ils ont une force de frappe considérable d’un point de vue informatique. General Motors a fait un grand bond en avant, notamment avec son projet Cruise. Je les place donc en second. Ensuite viennent des noms comme Mercedes, BMW, Toyota ou Honda.

Quel regard portez-vous sur les attentes et les doutes autour du cas de Tesla ?

C.B. : Lorsque Tesla s’est lancé sur le marché, les commentateurs étaient très sceptiques quant aux capacités de survie de l’entreprise. Or, aujourd’hui l’entreprise vend des véhicules, alors même que la construction automobile est un secteur très complexe. Mais ils font face à un challenge très complexe : ils ne vendent plus un véhicule de niche et doivent donc adapter leur chaîne de production. On peut constater qu’ils ont des difficultés à s’insérer dans ce nouveau marché de masse. Mais je suis confiante dans leur capacité à rebondir. À mon avis, l’enjeu pour Elon Musk est de recruter un bon COO (Chief Operation Officer).

De grands médias, comme Bloomberg, évoquent d’ores et déjà le « Peak Car », c’est-à-dire le moment où les gens cesseront d’acheter des véhicules, pour se tourner vers des modèles alternatifs. Il peut s’agir du covoiturage ou des plateformes de service comme Uber et Lyft. Dressez-vous le même constat ?

C.B. : Nos recherches montrent que le « Peak Car » ne sera pas atteint avant une bonne dizaine d’année. Le modèle de la propriété d’un véhicule individuel est encore très prégnant, notamment aux États-Unis. Je pense que ce point critique ne sera pas atteint tant que de nouveaux services de multi-modalité ne sont pas parfaitement implantés. Néanmoins, cette tendance à la réduction du nombre de véhicules individuels se confirme dans les zones urbaines. Dans ces zones, les gens ont accès à de nouveaux types de transport (vélos en libre-service, trottinettes…) pour les petits trajets (first mile-last mile). Ce que l’on observe c’est que les foyers ont plutôt tendance à ne garder qu’un seul véhicule, de manière à pouvoir assurer les longs trajets ou les urgences. Pour le reste, ils se tournent en effet de plus en plus vers les plateformes. Je peux également évoquer le fait que la dette des ménages augmente aux États-Unis, en lien avec les prêts étudiants notamment. Ces facteurs jouent sur le fait que les plus jeunes choisissent de ne pas devenir propriétaires d’un véhicule.

Vous évoquiez un peu plus haut les services de multi-modalité. À l’échelle d’une ville, à quoi ressemblent-ils ?

C.B. : Lorsque l’on parle de multi-modalité, on imagine concrètement que votre smartphone puisse un jour vous dire : « Où veux-tu aller ? OK, Voici tes options ». Concrètement, il s’agirait d’une application qui centralise différents services de mobilité, on pourrait y souscrire en payant un forfait. Et ce forfait pourrait s’adapter à tous les types de déplacements, tous les modes de vie, en proposant le service adapté (train, voiture, trottinette…). On pourrait également passer d’un service à l’autre avec fluidité. Ce serait aux opérateurs des différents services de s’assurer que tout s’intègre parfaitement dans le parcours utilisateur. Ce système s’applique aux personnes, mais également aux objets et aux services.

Ce qui est très important avec cette idée de multi-modalité, c’est le fait de payer uniquement pour le temps que l’on utilise réellement. Grâce à l’analyse data, le service pourrait s’ajuster en fonction de l’affluence et de la fréquentation. C’est un véritable enjeu de logistique. Par exemple, aujourd’hui, dans les métropoles américaines, les services de bus ont la même fréquence quelle que soit l’heure ou l’affluence.

À quoi ressemblerait les garagistes et les concessionnaires du futur dans ce modèle ?

C.B. : À mesure que les voitures deviennent « intelligentes », elles pourront précisément nous signaler les dysfonctionnements avant même qu’ils n’adviennent. Mais nous aurons toujours besoin d’un système de maintenance et d’endroits pour les réparer. C’est un véritable enjeu pour les concessionnaires justement. Ils n’auront plus besoin d’investir dans des mètres carrés puisque les gens ne possèderont plus de véhicules individuels. Néanmoins, les utilisateurs auront besoin d’espaces de réparation. J’imagine ces lieux un peu comme des stands de formule 1 (pit stops). Il y a une véritable opportunité de marché là-dedans, ainsi qu’un réservoir de nouveaux métiers pour le futur.

Quels sont les nouveaux moyens de transport qui apparaîtront, et que nous ne connaissons pas encore aujourd’hui ?

C.B. : Je pense que nous verrons beaucoup de petits véhicules électriques monoplace ou biplaces (single passenger pod), comme le modèle Twizy de Renault. C’est très pratique pour les citadins. D’autant plus que de nombreuses municipalités ont pour objectif de bannir complètement les voitures à essence des centres urbains, pour privilégier uniquement les véhicules électriques et autonomes.
J’entrevois aussi l’émergence d’un nouveau marché, spécialement dédié à la mobilité des personnes âgées ou des personnes à mobilité réduite. Dans les pays développés, l’espérance de vie s’allonge et la population vieillit. Il est crucial que ces personnes continuent d’être autonomes dans leurs déplacements.

Pour aller plus loin :

eVtol : des taxis volants pour désengorger nos villes ?

Des machines et des hommes, voyage dans l'industrie de 2030

 

 

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

  • Bein bien sûr que non lol il est c** lui... ça fait déjà de nombreuses années que je rêve plus moi perso, quand je vois ce que devient l’automobile, ça me fait chialer plus que rêver.. RIP les franches rigolades aux volants de petits bolides à essence boîte manuelle et démunies de ttes aides à la conduite .. cela vaut aussi pour la moto, c’est devenu des trucs de gonzesses.