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homme montre ses datas au médecin
© DragonImages vía Getty Images

Demain, que voudra dire être en « bonne santé » ?

Le 9 sept. 2019

Éradiquer les souffrances des patients, anticiper les maladies… les nouvelles technologies couplées aux prouesses de la recherche médicale nous font entrevoir une médecine du futur aussi réjouissante que menaçante. Prêts à remplacer votre médecin traitant par une IA ?  

Télémédecine, boom de l’IOT, développement du séquençage du génome… les nouvelles technologies sont en passe de redéfinir la santé et l’intégralité du parcours du patient. Plus préventive, connectée et efficace, la santé de demain nous interroge sur notre philosophie et notre éthique du soin. Focus sur les dernières innovations et leurs conséquences sur notre avenir avec Samira Kiani (Université d’Arizona), Aymeric Tardivel (Hôpital Tréguier) et Racha Abu El Ata (Microsoft France).

Le séquençage du génome, la grande révolution biotechnologique

Depuis la découverte de la structure de l’ADN en 1953 par Watson et Crick, le séquençage a toujours été une marotte pour les chercheurs. Comment le séquencer ? Le couper ? Après de longues années de travail et bénéficiant de la réduction des coûts, des chercheurs américains sont venus à bout d’une veille utopie scientifique. Désormais, avec Crispr-Cas9, il est possible de manipuler et de modifier le génome. En 2013, l’invention et la commercialisation de cette technologie Crispr-Cas9 marquera un tournant majeur dans la santé mondiale et ouvrira la voie à une véritable ingénierie du génome humain.

« Pour moi, la révolution Crispr est donc similaire à la révolution de l’Internet il y a 30 ans. » Samira Kiani

Ressusciter des espèces disparues à partir de morceaux de code génétique, identifier les gènes défaillants qui mènent aux maladies comme le cancer ou Alzheimer, rendre nos fruits plus riches en vitamines… les possibilités de cette révolution biotechnologique sont infinies et les enjeux commerciaux et industriels colossaux. La future démocratisation de cette technologie pose toutefois de nouvelles questions en matière d’éthique. « Est-ce être un bon parent que de laisser se développer un enfant susceptible de tomber malade un jour ? », s'interroge Samira Kiani. L’enseignante, très impliquée dans le développement des applications thérapeutiques de la technologie Crispr-Cas9, précise que corriger des défaillances génétiques n’a rien à voir avec le fait d’utiliser ce ciseau génomique pour augmenter les humains. Une nuance qui sera certainement au coeur de vifs débats demain, en matière de bioéthique.

 

La médecine de demain sera préventive et ultra-personnalisée

Avec le Big Data et l’essor de l’intelligence artificielle, il sera bientôt possible de traiter les pathologies à un stade précoce. La France, qui consacre seulement 2% de son budget à la prévention, doit s’inspirer des pays nordiques. Il s’agit de les imiter pour entamer notre sortie du modèle du tout-curatif pour un modèle préventif. Par exemple, Microsoft a développé avec une start-up une IA capable d’établir, à partir des clignements des yeux des enfants, des probabilités de dyslexie, et cela dès 3 ans. De quoi changer la donne en matière de coûts de santé. Préventive donc moins chère, la médecine de demain sera aussi ultra-personnalisée. Les objets connectés au service de la santé vont pouvoir offrir un véritable confort pour les patients. Qualité de sommeil, alimentation, nombre de pas par jour… les médecins mais aussi tout le personnel soignant pourront accéder à une photographie en temps réel de l’état de santé de leur patientèle.

En développant des objets connectés dans le secteur médical, Microsoft souhaite s’attaquer à l’accessibilité. Stylo connecté pour aider les parkinsoniens à écrire, solutions pour booster la communication des enfants autistes… c’est bien une médecine mieux adaptée aux pathologies qui se dessine. Cette ultra-personnalisation va jusqu’à impacter le domaine de l’assurance, la rendant, elle aussi, ultra-personnalisée.

« Dans certains pays, des mutuelles de santé motivent déjà leurs adhérents sur la base de leur profil. » Racha Abu El Ata

En croisant les données primaires (examens, qualité de vie…) et données secondaires (climat, mode de vie, épidémies…) les assurances vont pouvoir proposer des contrats sur-mesure et impliquer davantage les patients. « Nous envisageons un futur dans lequel il pourrait y avoir une centaine de contrats d’assurance, voire plus, en fonction de la connaissance des adhérents qui sera développée », explique la responsable santé de Microsoft France.

 

La silvertech au service de l’autonomie et de la sécurité des plus âgés

Appareils d'audition, piluliers connectés, dispositifs anti-chutes… les technologies adressées aux seniors se sont fait remarquer lors de la dernière édition du CES. Et pour cause, entre 2000 et 2050, la proportion de la population mondiale de plus de 60 ans sera passée d'environ 11% à 22%, soit de 605 millions à deux milliards de personnes, selon l'Organisation mondiale de la Santé. Le vieillissement de la population offre un marché gigantesque au secteur de la silvertech. La technologie trouve donc sa pertinence dans sa capacité à soulager les patients et s’avère également très utile pour créer du lien et entretenir les facultés cognitives et l’autonomie des personnes âgées. « Avec la réalité virtuelle, nous leur proposons différents petits films de 4 à 5 minutes de voyage en bord de mer, en forêt… Ce besoin de s’évader participe au bien-être des personnes âgées », explique Aymeric Tardivel, coordinateur du laboratoire d’innovation du mieux-vieillir au centre hospitalier de Tréguier.

« Je pense que l’EHPAD de demain sera un espace connecté et ouvert sur l’extérieur, sur la ville, sur la cité, qui permettra aux personnes âgées d’avoir davantage de contact avec leurs proches… » Aymeric Tardivel 

Détecter les chutes, retrouver des résidents désorientés grâce à des chaussures connectées… les EPHAD ont vocation à s’équiper de plus en plus de ces technologies pour aider les plus âgés à vieillir en bonne santé. Mais face au vieillissement de la population et à la pénurie des places en établissements spécialisés, l’enjeu du maintien à domicile demeure. Mais là aussi, avec l’essor de la silvertech et ses promesses de robots qui aideraient au « bien vieillir » à la maison, tous les espoirs sont permis.

Séquençage de l’ADN pour retirer les gènes défaillants, IA qui accélère le diagnostic, télémédecine… les technologies sont presque matures. Mais qu’on se le dise, les défis sont aussi grands que les possibilités offertes par celles-ci. Jusqu’où aller en matière d’adoption de ces technologies en sachant que le frein le plus fréquemment évoqué reste le risque de perte de contact humain ? Pouvons-nous nous protéger d’une utilisation frauduleuse ou malveillante du génome de tous les individus, ressource patrimoniale qui doit être conservée dans un lieu hautement sécurisé ? Serons-nous demain esclaves de nos données de santé et des systèmes d’assurance ? Sommes-nous en train de nous diriger vers une médecine à deux vitesses à cause de la fracture numérique et du coût de certains traitements réservés aux plus riches ? Au-delà de ces trajectoires prospectivistes, il s’agit, pour nous Français, de répondre aux nombreux défis que représentent la souveraineté des données, leur unification, leur interopérabilité ou encore la formation et l’éducation des soignants. Réputée excellente, notre médecine joue peut-être là son avenir. Un avenir où l’actuelle définition de la santé de l’OMS et le serment d’Hippocrate deviendront de jolies réminiscences ?

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