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Pourquoi Sorare est un modèle d’entreprise Web3 ?

© Nicolas Julia et Adrien Montfort, les deux cofondateurs de Sorare

Pour comprendre le Web3, un bon exemple vaut mille explications. Et Sorare en est un parfait.

« Époustouflant », « incroyable », « un ovni »... Les investisseurs sont unanimes. Sorare (l’entreprise) est ce qu’on appelle « le coup d’une vie ». En quelques années, avec une valorisation de 4,3 milliards de dollars, l’entreprise est devenue la plus cotée des licornes françaises. Encore mieux et encore plus exceptionnel au pays des licornes : Sorare génère des bénéfices, et ce depuis ses débuts. Une success story donc, qui comme toutes les bonnes histoires, a eu bien du mal au départ. Quand Nicolas Julia et Adrien Montfort, les deux jeunes cofondateurs, prétendaient créer le « leader mondial du divertissement », personne n’y croyait : « Je n’y comprends rien, à ton truc », ont-ils souvent entendu. Désormais que le Web3 enflamme les curiosités, les choses ont évidemment changé. Et comprendre le modèle de Sorare, c'est comprendre à quoi pourra ressembler l'Internet de demain.

Collectionneurs, parieurs, gameurs et amateurs de foot...

C’est vrai que, au départ, on ne comprend rien à Sorare (le jeu). Pour faire simple, Sorare mélange trois modèles. Celui de Panini, ces images autocollantes que les gamins adoraient collectionner, de Betclic, le site de paris sportifs, et enfin des jeux de fantasy sport, où les défis se font sur la base des résultats des vraies équipes sur le terrain. Autant de marchés qui culminent au sommet des plus lucratifs, avec des chiffres d’affaires de plusieurs centaines de milliards de dollars. Bref. Sorare est un vrai piège pour les collectionneurs, un éden pour les parieurs, les champs élyséens des amateurs de foot.

NFT, blockchain, cryptomonnaies...

Mais la véritable botte secrète de Sorare n’est même pas là. Sorare, c’est la réussite d’un business qui utilise la blockchain, les cryptomonnaies et les NFT... En résumé, cela donne un jeu en ligne (développé sur la blockchain) où l’on achète, collectionne et joue des cartes virtuelles à l’effigie de joueurs de foot (des NFT), et qui permet de parier, d’investir et de spéculer. Les fondateurs de Sorare prétendent que ce n’est pas un jeu d’argent. Mais ce type de cryptojeu appartient quand même à la catégorie dite « play to earn », à traduire par… « jouer pour gagner de l’argent ». À présent, Sorare attire les fonds les plus prestigieux, et des sportifs stars deviennent actionnaires – l’attaquant de l’équipe de France Antoine Griezmann, le défenseur du FC Barcelone Gerard Piqué. Plus récemment, la tenniswoman Serena Williams est devenue membre du conseil d’administration de la startup.

Alors, comment Sorare a bâti son business sur le Web3 ? On vous donne 6 raisons.

1. Sorare a « blockchainisé » son business

Comme tout acteur du Web3, Sorare est basé sur une blockchain, la technologie qui a rendu possible l'avènement des cryptomonnaies, et plus récemment celui des NFT. Elle permet de stocker des informations de manière décentralisée et sécurisée. Sorare utilise Ethereum, l’une des blockchains les plus utilisées au monde – et la plus fiable, dit-on.

2. Sorare a fait de ses clients des investisseurs 

Dans le Web2, les utilisateurs produisaient du contenu et/ou de la donnée, mais n’en retiraient aucun revenu. Le Web3 permet au contraire de les récompenser pour leurs contributions et de les intéresser au succès de l’entreprise. Chez Sorare, les utilisateurs achètent des cartes, mais c’est aussi quelque part un investissement dans le jeu pour lequel ils obtiendront des bénéfices. 

3. Sorare a financiarisé les interactions

Le Web3 fonctionne essentiellement autour d’échanges monétaires (en crypto de préférence), à rebrousse-poil de la gratuité apparente des grandes plateformes du Web2 (Facebook, Twitter, Google), qui sont financées grâce à la publicité. La financiarisation des échanges a l’avantage de vous récompenser de votre contribution, mais vous devez payer pour participer. 

4. Sorare sait rester un peu mystérieuse

Les applis Web3 se veulent de prime abord un peu complexes et mystérieuses. Leurs sites sont souvent un peu abscons, leur design, un peu primaire. Cela fait partie du marketing. Le but est de créer un sentiment d’appartenance à un petit club d’initiés, qui a repéré avant tout le monde le truc qui monte. La fameuse FOMO (Fear Of Missing Out, la peur de rater quelque chose) est complétée par la fierté d’en être...

5. Sorare mise beaucoup sur sa commu’

La pub, c’est so Web2. Vous n’avez pas encore vu de grande campagne d’affichage de Sorare dans le métro. La startup préfère miser sur ses utilisateurs les plus actifs (ceux qui ont compris le truc, cf. le point numéro 4), qui vont échanger entre eux sur les réseaux, se parrainer… Certains se voient affubler de titres qui les distinguent. Chez Sorare, ce sont les « top managers » et les « ambassadeurs ». Dans d’autres communautés Web3, la communauté est créée avant même d’avoir le produit. 

6. Sorare a décentralisé... mais pas trop 

L’une des ambitions du Web3 est de redonner un semblant de pouvoir aux utilisateurs. Dans le cas de Sorare, cela passe par l’accès facilité aux données du jeu pour pouvoir créer des applis et jeux parallèles. Mais, qu’on ne s’y trompe pas, cette décentralisation est limitée. Les utilisateurs n’ont pas la main sur les règles du jeu d’origine, le « Mother Game », ni sur la gouvernance de l’entreprise.  

Cet article est paru dans la revue 31 de L'ADN, SORARE, LE WEB VERSION COLLECTOR, à se procurer ici.

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