Deux femmes devant un ordinateur et symboles de cryptos

La fin du boys' club : les femmes investissent la crypto

Avec litebit

La crypto, un monde d’hommes ? Plus pour longtemps. Des femmes prennent le sujet à bras-le-corps, entre vulgarisation et représentativité. Un engagement essentiel pour que cette révolution soit inclusive et paritaire.

Toutes deux disent la même chose : elles n’étaient pas destinées à la crypto. Amandine Claude, alias la Mineuse, a un parcours littéraire et a d’abord travaillé dans la culture avant de fonder la Mineuse, un compte sur Twitter et Instagram pour rendre les cryptos et NFT accessibles aux femmes et aux LBGTQI. Caroline Jurado a quant à elle d’abord fondé une startup dans les ressources humaines et la tech. Elle est désormais à la tête d’un média de vulgarisation des cryptos, Les Cryptos de Caro, et est présente sur toutes les plateformes : TikTok, Instagram, YouTube, et une newsletter ! Caroline a également publié un livre éponyme.

Sa passion est partie d’une occasion manquée, nous raconte-t-elle. En 2017, alors qu’elle monte son entreprise, ses voisins de bureau sont des passionnés de Bitcoin et la poussent à investir. « Ça avait l’air tellement compliqué, fait pour les geeks. Je me disais que ce n’était pas pour moi. » L’entrepreneuse n’investit pas. En 2020, au cours du premier confinement, elle regarde les cours du Bitcoin. « Là je me dis, ces gens sont millionnaires. Moi non », rigole-t-elle sans amertume. Avec du temps devant elle, elle prend ce sujet « à bras-le-corps » : « J’ai fait des recherches pendant un an, en investissant mais sans que ce soit un projet professionnel. Et puis j’ai commencé à créer du contenu. »

Le boys’ club et ses codes

Pour les deux femmes, la plongée dans le monde des cryptos s'accompagne d’une réalisation quasi immédiate : elles sont entrées dans un monde d’hommes. « Clairement, j’ai senti que c'était un boys' club, se remémore Caroline Jurado. Il y a des codes très particuliers, tout le monde est anonyme, tout est en acronyme. Et puis il y a un élément de FOMO très important : si tu n’es pas là depuis 2017, alors tu es nul. » Être précurseur ne met pas à l’abri de se sentir à part, ajoute Amandine Claude, alias la Mineuse. « Depuis 2014, je suis sur des forums 100 % masculins, des groupes Discord où je suis la seule femme sur 200 personnes. Tous les contenus sont écrits par des hommes, tous les youtubeurs connus sont des hommes. »

Si le manque de femmes dans le milieu ne l’empêche pas d’avancer, il n’en est pas moins dérangeant. « Tu ne te sens pas vraiment à ta place, regrette la Mineuse. Quand les gens te répondent, ils t’appellent "bro", ils assument que tu es une personne de genre masculin. » Amandine Claude décide alors de se lancer pour « créer la communauté, le groupe que j’aurais aimé avoir quand j’ai commencé à apprendre et à me former dans cet univers ».

Un déséquilibre marqué

Les chiffres sont frappants. Selon une enquête américaine publiée en août 2021 et réalisée par l'entreprise Acorns et le média CNBC, les hommes investissent deux fois plus que les femmes dans les cryptomonnaies (16 % contre 7 %). Un déséquilibre hérité d’une rencontre de deux mondes historiquement masculins, pensent les deux femmes : la finance et la technologie.

Pourtant, les femmes ne manquent pas d’intérêt pour le sujet. Selon une étude récente de Gemini, 47 % des personnes « cryptocurieuses » sont des femmes. C’est d’ailleurs en France que les femmes sautent le plus le pas, puisque, toujours selon cette étude, près de la moitié (45 %) des investisseurs crypto sont des femmes. « J’ai été littéralement assaillie de messages de femmes, qui souvent me disent que leurs copains investissent dans les NFT et les cryptos, qu’elles sont curieuses et veulent prendre part, confirme Amandine Claude. J'ai vu qu’il y avait besoin de plus d’informations, d’aller au-delà des stéréotypes des gens qui utilisent les cryptomonnaies. » Même expérience pour Caroline Jurado : « Dès que j’ai commencé à créer du contenu, j’ai eu énormément de questions et j’ai compris l’importance de proposer un contenu différent de ce qui existe. On me demandait ce que sont les cryptos, quelles différences avec les actions, est-ce qu’on peut tout perdre, qu’est-ce que c’est le bitcoin, quelles différences entre les cryptos... Des questions de base mais pour lesquelles il est difficile d’avoir des réponses sans se sentir bête. »

Amandine Claude comme Caroline Jurado vulgarisent, démystifient et surtout ne reproduisent pas les codes qu’elles estiment masculins. Et ça marche ! Caroline revendique ainsi un public à environ 40 % féminin.

Une tâche néanmoins parfois difficile. Chaque jour, Caroline Jurado reçoit une cinquantaine de messages et de commentaires d’insultes, dit-elle. « On me dit, "depuis quand on parle de finance avec une fille" ou bien "tu es trop belle pour parler d’argent", des choses comme ça. » Pour se protéger, elle ne consulte jamais les commentaires sous ses vidéos. « Sinon, je n’arrive pas à travailler de la journée tellement ça me touche. » « Il y a beaucoup de détracteurs de la non-mixité », rapporte quant à elle Amandine Claude, qui organise des ateliers et des groupes Discord spécialement réservés aux femmes et LGBTQI.

La prochaine révolution doit se faire avec les femmes

L’enjeu est de taille. Si la crypto a le pouvoir révolutionnaire que lui prêtent ses adeptes, alors les femmes doivent en faire partie, estiment les entrepreneuses. « C’est important, pour ces minorités qui investissent moins, de participer, estime Amandine Claude. Les métiers de la blockchain sont les métiers de demain. Il faut y prendre part et diversifier les profils d’investisseurs. Quand ces personnes-là arrivent à des postes à responsabilité, ça change la vision des entreprises, ce qu’elles font et les missions qu’elles se donnent. » « Si les femmes ne prennent pas part, ça sera comme dans toutes les révolutions qu’on a eues : elles seront à la traîne, acquiesce Caroline Jurado. Elles ne seront pas prises en compte parce qu’elles n’auront pas eu l’opportunité de prendre part à la construction. » Et il n’est pas seulement question d’argent, insiste Jurado. « On entre dans les cryptos pour se faire de l’argent mais on voit vite la valeur ajoutée des innovations proposées par la blockchain. Il y a tellement de possibilités qui arrivent dans notre monde grâce à la blockchain : transparence, égalité, instantanéité… Il faut y aller ! »

Pour rééquilibrer les genres dans le milieu, les deux femmes partagent les mêmes conseils : plus de représentativité dans les médias et les événements consacrés à la question, plus de vulgarisation. « Il y a des artistes femmes qui font des NFT, des femmes à postes de responsabilité dans les entreprises blockchain en France : montrons-les !, enjoint Amandine Claude. On veut qu’elles soient les rôles modèles de demain et que les petites filles aient envie de s’orienter vers ces métiers. »

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