
Depuis le mois de novembre, un écosystème numérique très semblable à celui de Google permet aux internautes de naviguer dans les méandres du dossier Epstein. Une prouesse technique rendue possible grâce aux outils de génération de code.
Vous voulez plonger dans la lecture des 20 000 documents produits par Jeffrey Epstein mais vous ne savez pas vraiment par où commencer ? Heureusement, l’artiste (et ingénieur) Riley Walz, ainsi que le cofondateur de Kino AI, Luke Igel, ont mis au point une solution à la fois drôle et pratique. Bienvenue sur Jmail, une interface web semblable en tout point à ce bon vieux Gmail de Google, sauf qu’ici, c’est la correspondance de l’homme d’affaires et trafiquant sexuel que vous pouvez consulter.
Une blague utile crée avec l'IA
Paru en novembre 2025, le site jmail.world a pour ainsi dire « simplifié » la navigation au sein de cet océan de données et de documents. L’interface permet ainsi de voir les contacts les plus fréquents du milliardaire, en premier lieu sa compagne Ghislaine Maxwell, condamnée à 20 ans de prison pour avoir recruté des jeunes filles mineures, mais aussi l’idéologue d’extrême droite Steve Bannon, l’ex-président de Harvard Larry Summers, ou bien encore le Français Jean-Luc Brunel, agent de mannequins et proxénète supposé dans l’affaire.
Et ce n’est pas tout. Riley et Luke ont continué à développer cette plateforme en y ajoutant, au fur et à mesure, des fonctionnalités supplémentaires. En haut à droite, il est possible d’accéder à Jdrive, qui répertorie plus de 7 000 documents montrant, entre autres, Bill Clinton, Kevin Spacey, Bill Gates ou, plus étonnamment, le penseur américain et figure de la gauche radicale Noam Chomsky.
Dans JFlight, l’ensemble des vols pris par le condamné est répertorié et visualisé sur un globe 3D. Vous voulez voir à quoi ressemblent les différentes propriétés d’Epstein, et notamment son île privée de Little Saint James ? JVR vous permet de visiter ces endroits à l’aide d’un casque de réalité virtuelle. Vous pouvez aussi consulter l’ensemble des fichiers audio dans un pastiche de Spotify, accéder à l’ensemble des documents dans JDrive et, si vraiment vous êtes perdu, demander à Jemini, la version « Epstein friendly » de l’IA de Google Gemini.
Au-delà de la blague, la création de cette plateforme, à mi-chemin entre la performance artistique et l’interface journalistique, raconte aussi quelque chose de notre époque. Interrogés par Wired, les deux informaticiens blagueurs ont confié avoir codé la première version de JMail en une nuit, à l’aide de la plateforme Cursor, bien connue dans le monde des « vibe codeurs ». Cette dernière permet à n’importe quel internaute, sans véritables compétences techniques, de coder des sites ou des applications extrêmement facilement à l’aide de l’intelligence artificielle. « Cela ne nous a pris que quelques heures », explique Igel dans l’article. « Je pense que d’autres devraient faire de même, car un simple logiciel peut simplifier considérablement la compréhension de nombreux phénomènes qui se produisent dans le monde. Il faut absolument se lancer. »
Le moment YouTube du code ?
Cet avis semble aussi être partagé par Anish Acharya, entrepreneur et associé chez Andreessen Horowitz, qui rédige la newsletter It’s Time To Build. Dans sa newsletter du 16 janvier dernier, il écrivait que l’on était arrivé dans un « moment YouTube » pour les logiciels. Derrière cette formule, Anish Acharya explique qu’à l’instar de YouTube, qui a donné naissance à une vague de créations audiovisuelles, le codage assisté par l’IA donnerait aussi naissance à un tsunami d’applications, de sites, d’interfaces et autres projets numériques. Il évoque une application de lecture personnalisée d’IRM, un site de classement de films ou d’œuvres de science-fiction. Pour l’entrepreneur, cette ouverture du code est donc semblable à celle de YouTube, qui a permis de décentraliser la création de contenu des networks télévisuels.
Ce discours optimiste arrive toutefois à un moment délicat pour le monde de l’IA. Alors que Satya Nadella, PDG de Microsoft, et Sundar Pichai, PDG de Google, ont tous deux affirmé qu’environ un quart du code de leurs entreprises est désormais généré par l’IA, la prestigieuse MIT Technology Review a publié un article montrant que les choses n’étaient pas aussi simples. Une étude menée en juillet par l’organisme de recherche à but non lucratif METR (Model Evaluation & Threat Research) a démontré que, si les développeurs expérimentés pensaient que l’IA les rendait 20 % plus rapides, des tests objectifs ont montré qu’ils étaient en réalité 19 % plus lents.
Les développeurs autrefois très enthousiastes vis-à-vis du vibe coding, comme Mike Judge, développeur principal chez Substantial, se montrent aussi plus sceptiques vis-à-vis des capacités de l’IA. Ce dernier a lui aussi testé la capacité de l’IA à le rendre plus efficace. Pendant six semaines, il a estimé la durée d’une tâche, a tiré à pile ou face pour décider d’utiliser l’IA ou de coder manuellement, et a chronométré ses performances. À sa grande surprise, l’IA l’a ralenti en moyenne de 21 %, confirmant ainsi les résultats de l’étude METR. Pire encore, Judge a tenté de voir si l’on observait une explosion du nombre de nouvelles applications, d’enregistrements de sites web, de jeux vidéo et de projets sur GitHub. Après avoir passé des heures à analyser toutes les données publiques disponibles, il n’a constaté aucune évolution significative.
L’IA est effectivement très forte pour aider les développeurs débutants à mettre la main à la pâte, surmonter la peur de la page blanche ou réaliser rapidement des prototypes. Et il semblerait que ce soit devenu l’argument principal de ses promoteurs.





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