gay entreprise

La question LGBTQ+ monte dans les entreprises

L'ADN
Le 14 mars 2018

Le monde du travail souffre toujours d'une « discrimination tolérée » envers les minorités sexuelles. Face à ce constat, de plus en plus d'entreprises mettent en place des initiatives


Cet article est paru dans la revue 13 de L’ADN : Sexe et questions de genre. A commander ici.


Par Noé Jacomet

Le malaise existe, et il est loin d’être réglé. En mai 2017, une étude du Défenseur des droits estimait que 51 % des agent.e.s de la fonction publique et 46 % des salarié.e.s du privé considéraient que « révéler son homosexualité à son entourage professionnel contribue à mettre mal à l’aise des collègues de travail ». Une seconde étude auprès des personnes LGBT révélait que 39 % d’entre elles souffraient ou avaient souffert, au travail, d’attitudes et de commentaires négatifs liés à leur orientation sexuelle. Pour pallier cela, certaines entreprises font appel à des associations spécialisées, telles que l’Autre Cercle. Pour Catherine Tripon, leur porte-parole, si l’on voit enfin la question des LGBT émerger en entreprise, c’est parce qu’elle est l’un des derniers points de discrimination toléré. En effet, si des normes sur les discriminations ethniques ou religieuses ont peu à peu été intégrées, en revanche, celles liées à l’orientation sexuelle restent relativement marginales. L’Autre Cercle accompagne a créé une charte d’engagement LGBT qui propose un cadre formel pour une politique de promotion de la diversité et de prévention des discriminations. En octobre 2017, celle-ci ne comptait qu’une soixantaine de signataires, uniquement des grands groupes (Accenture, Axa, Eau de Paris, Areva, BNP Paribas, Total, Groupe Casino, Monoprix, Orange, France Télévisions, TF1…), et de rares institutions publiques (ministère des Affaires sociales et de la Santé, Mairie de Paris, Agence régionale de santé IDF). La cause peine donc à mobiliser.

La fondation néerlandaise Workplace Pride réalise depuis quatre ans une étude à l’échelle mondiale sur le niveau d’inclusion des personnes LGBT dans le milieu professionnel. Le benchmark attribue une note sur 100 qui tient compte de certains critères : la mise en place de normes de soutien destinées aux employé.e.s LGBT en phase de transition ou de coming out, de structures ou de réseaux LGBT internes permettant aux salarié.e.s de s’entraider… Certaines des entreprises primées ont mis en place des politiques RH particulièrement offensives.

On apprend par exemple qu’IBM ouvre à ses employé.e.s des avantages et des accès médicaux dans 12 pays très défavorables aux personnes LGBT, que Randstad propose à ses intérimaires un séminaire intitulé « Biais inconscient » sur la question des discriminations, ou encore que l’ensemble des employé.e.s d’ING aux Pays-Bas se sont vu offrir un livre Le saviez-vous ? sur les questions liées à l’homosexualité, la transidentité, etc.

Outre ces actions de communication interne, d’autres sociétés s’engagent sur la scène publique dont, en France, Air France, Orange et BNP Paribas. Les deux premières ont soutenu financièrement leurs employé.e.s qui souhaitaient défiler lors de la Marche des fiertés, organisée à Paris le 24 juin 2017. Selon Claire Beffa – productrice de la série documentaire intitulée Coming-in  – ces actions ont un réel impact symbolique, et ouvrent la voie à des avancées très concrètes. En effet, ces grands groupes comptent dans leurs rangs une large diversité de profils, et s’engager sur cette cause permet d’ouvrir les mentalités et les débats. IBM fait figure de pionnier dans ce domaine. Toutefois, comme l’explique Jean-Louis Carvès,  Diversity Engagement Partner d’IBM France, dès les années 1980, l’entreprise a créé des normes salariales, de mutuelles, etc., visant l’égalité des droits pour leurs employé.e.s, quels que soient leurs types d’unions ou de familles. La firme a aussi lancé ses premiers réseaux LGBT internes dès la fin des années 1990 aux États-Unis et dès le début des années 2000 en France. Si l’on peut penser que des associations sont à l’origine de la prise en considération de ces sujets, ce n’est pas toujours le cas. Il est parfois plus efficace que la décision émane de la hiérarchie. Cela ouvre souvent un meilleur budget, un meilleur soutien du management et un meilleur suivi. Dans le cas d’IBM, l’approche éthique est aussi très pragmatique : il est simplement contre-productif de ne pas soigner un vivier de talents sous le prétexte d’orientations sexuelles.

Le classement Workplace Pride pose cependant question. Plusieurs des multinationales primées traînent de sérieuses casseroles en matière de conscience civique : Shell a tant pollué le delta du Niger qu’il faudra trente ans et de lourds travaux pour que l’écosystème soit restauré, Dow Chemical Company n’a jamais reconnu sa responsabilité dans la catastrophe de Bohpal, et a produit le tristement célèbre « agent orange » utilisé lors de la guerre du Viêtnam… Quand jouer la carte du greenwashing est devenu inaudible, est-ce que le pinkwashing (sa version gay-friendly) devient le moyen de laver sa communication à moindres frais ? Selon Catherine Tripon, le fait qu’une entreprise puisse être irréprochable sur une thématique ne l’affranchit évidemment pas d’avoir à se justifier sur une autre, et l’association ne distingue pas les droits LGBT de l’ensemble des droits humains, ni même des politiques de responsabilité sociétale des entreprises signataires de sa charte.
Commentaires
  • Dans notre société, malgré la législature, il y a un droit à l'homophobie !

    Les monotheistes homophobes et la majorité de la population composé hétéro suprémacistes ressente une impunité totale.

    Au travail, les LGBT sont humuliés continuellement vue que tout le monde sous-estime notre nombre vu que l'homophobie généralisé nous a rendu invisible dans la société !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.