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Place des cordes

La Place des cordes : déconnectez autrement

Le 29 août 2017

Le Shibari, ou l'art des cordes, invite ses adeptes à s'attacher les uns les autres... Rencontre avec Cyril Grillon, Fondateur de la Place des cordes.

Comment décrirais-tu l’atmosphère qui règne Place des cordes ?

CYRIL GRILLON : C’est une bulle de déconnexion qui protège de l’extérieur et où l’on n’a pas besoin de se cacher. Quand on vient ici, on ne peut être qu’honnête parce que l’on apparaît tel que l’on est, avec son énergie propre. On le dit, et c’est juste : la corde ne ment pas. L’une des choses qui rend l’endroit si magnifique, c’est cette notion de respect, de bienveillance, d’empathie. Généralement, quand tu rencontres des inconnus, tu ne dis pas naturellement que tu as un sale truc dans ta vie. Avec les cordes, non seulement c’est acceptable, mais c’est même souhaitable de le dire à quelqu’un que tu vas attacher ou qui va t’attacher.

Ici, tout semble se dérouler de manière très simple…

C. G. : Quand tu passes la porte, tu ouvres tous tes sens pour capter l’atmosphère. C’est toi qui m’as dit en entrant : « J’imagine que je dois retirer mes chaussures », tout simplement parce que cela se voit… De la même façon, on voit que l’on pratique des cordes sur des tatamis tous gentiment habillés, qu’il n’y a pas de pratiques sado-maso, alors quand quelqu’un le fait, il y a fatalement un habitué qui vient expliquer que ce n’est pas le bon endroit. Aussi longtemps que possible, j’ai envie de maintenir ce côté magique : il n’y a pas de règles du jeu, tu les appréhendes toi-même, et cela se passe très bien.

Est-ce que tu assimilerais la pratique des cordes à une expérience de reconnexion avec soi-même, avec l’autre ?
Ici, tu sais que tu fais quelque chose d’exceptionnel. Même pour moi qui pratique tous les jours, il y a une densité de réalité qui tend vraiment vers l’inoubliable. On entre dans le domaine de la sensualité pure, parce que tous les sens sont en éveil, toute notre attention est concentrée et magnifie l’instant. Cela te connecte avec une intensité folle à toi-même, à des facettes que tu n’exploites pas nécessairement au quotidien. Tout devient particulièrement vivace. Je crois que c’est cela que les gens cherchent et trouvent ici.
On imagine que les cordes sous-tendent des rapports de soumission entre celui qui attache et celui qui se laisse attacher…
C. G. : Cela cristallise surtout un rapport de confiance et d’intimité proprement phénoménal. Il y a des gens dont je ne connais pas le prénom, que je n’ai croisés qu’une fois, et avec lesquels je suis intime parce que l’on a fait des cordes, et que l’on se connaît : je connais leur sourire, je connais leur odeur…

Comment entre-t-on dans la pratique des cordes ?
C. G. : La partie visible du Shibari montre des suspensions et des harnais extrêmement impressionnants, mais ce n’est pas cela les cordes. On entre comme dans n’importe quelle pratique qui a une dimension technique, physique, mêlée à une recherche personnelle. On s’apprivoise tranquillement, on commence par une première corde, pas trop contraignante, et on part de là… Après où cela va, c’est une autre histoire.

C’est une discipline qui a souvent une dimension très esthétisante.
C. G. : Personnellement, je n’ai pas une recherche esthétique. Je pars du principe que si la personne qui est dans les cordes se trouve belle, alors mes cordes seront belles, et je pense que la personne se trouvera belle si elle trouve dans mon attitude, dans mon attention, quelque chose qui lui dit qu’elle est belle. Alors, elle le devient, et redécouvre ou accepte sa beauté… Il est difficile de verbaliser cette expérience.

Quel est le jeu de rôle qui s’établit entre celui qui attache et celui qui est attaché ?
C. G. : On n’est pas dans le rôle, on est dans le vrai – on se révèle. Après, clairement, il y a un transfert de pouvoir et cela se fait sur un rapport de confiance. Celui qui reçoit ce truc-là est particulièrement précautionneux parce qu’il sait qu’à n’importe quel moment ce pouvoir peut lui être retiré. On est dans l’exploration des limites tout en prenant soin de ne pas les briser… Quand quelqu’un te dit : « Vas-y attache-moi », tu tiens littéralement sa vie entre tes mains, donc tu ne fais pas n’importe quoi… C’est d’autant plus puissant que l’on comprend qu’il se passe des choses dingues, que l’on est en train de modifier l’état de conscience de la personne. Il y a de la chimie dans l’histoire, des endorphines, mais surtout, quand on est attaché, paradoxalement, on a ce sentiment complètement dingue de liberté. Parce que l’on est responsable de bien moins de choses, on n’a plus qu’à se préoccuper de soi-même, et être au centre de l’attention de quelqu’un, c’est quelque chose de particulièrement gratifiant et de fou.

Et puis il y a aussi celui qui regarde…
C. G. : Il y a des gens qui font des cordes pour se montrer, pour jouer sur l’excitation que provoque cette exposition. En ce qui me concerne, mis à part évidemment dans le cadre de mes cours, je tolère tout juste le voyeur. Dans la très vaste majorité des cas, au bout de cinq minutes, tu oublies qu’il y a des gens autour, et si cela n’est pas le cas, c’est un avis purement personnel, je pense que cela fait une session sans intérêt. Ce que je recherche est de l’ordre de la danse. Est-ce que la danse est une forme de communication entre deux corps ? Est-ce un sport ? Est-ce un art ? Est-ce sensuel ? Est-ce que cela fait mal ? La réponse à toutes ces questions est oui… mais pas tout le temps, et selon la pratique de chacun, c’est très différent. C’est pareil avec les cordes.

Le Shibari vient du Japon. Que reste-t-il de cette tradition dans ta pratique ?
Le savoir vient de là-bas mais il s’est un peu sclérosé. Au Japon, il reste cantonné au milieu de la nuit, en marge de la société. Oser pratiquer est très impressionnant chez eux, beaucoup plus qu’ici. Nous n’avons pas cette expérience, donc on a fait un truc complétement neuf. Clairement, il est arrivé par le milieu SM, mais je fais partie des gens qui se sont dirigés vers  d’autres options : on peut faire du yoga avec, on peut faire de la danse, du coup les artistes s’y sont intéressés. Les Japonais qui nous ont rendu visite reconnaissent que l’on commence à être très forts en Europe parce que l’on a su suivre une voie décomplexée. Il n’y a pas de lieux comme ici au Japon, cela n’existe pas. Le haut-lieu du Shibari peut accueillir à peine dix personnes. Ici, finalement, on pratique beaucoup plus, le nombre d’itérations est énorme, donc, forcément, on fait émerger beaucoup plus de trucs.
Ce qui se vit Place des cordes se vit ailleurs en Europe ?
C. G. : Le mouvement est en train d’éclore et de se structurer en réseau. Les lieux et les initiatives se multiplient. On en compte une dizaine en France, et des centaines en Europe.

Est-ce que la Place des cordes ne rend pas mainstream une pratique dont la saveur était aussi dans le fait qu’elle est transgressive ?
C. G. : C’est toujours un lieu de transgression, mais c’est un lieu de repos où l’on vient grandir tranquillement. Je ne suis pas du tout religieux, mais il faut reconnaître qu’il y a ici un côté chapelle. On est ancré dans la réalité, mais en dehors d’elle. Comme dans Harry Potter, il y a cette sensation en sortant d’ici de revenir chez les Moldu. Tu as passé un portail, tu t’es chargé d’une énergie qui va te donner accès à cette petite couche de bien-être qui te fait rayonner tranquillement. Après ça, tu es moins agressé par la réalité.


PARCOURS DE CYRIL GRILLON

Passionné par les jeux de cartes, pendant longtemps, Cyril organisait des compétitions. Il est aussi l’un des fondateurs du Dernier Bar avant la fin du monde, un lieu dédié aux cultures de l’imaginaire. Quand il découvre la tradition des cordes, il veut créer un endroit pour pratiquer, ce qu’il a commencé à entreprendre avec sa femme Barbara et quelques amis depuis 2013.

 

À VISITER

Place des cordes : 30 rue du Docteur-Potain, 75019 Paris.


Cet article est paru dans la revue 11 de L’ADN : Connexion – Déconnexion – Reconnexion. A commander ici.

Béatrice Sutter - Le 29 août 2017
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  • Grillon est accusé d'agressions sexuelle. 4 témoignages ont été publiés sur le réseau social Fetlife.
    Effacer votre article ou faites une dexuième interview, parce que tout ce bullshit est à vomir