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photo du mannequin melanie gaydos

Melanie Gaydos : la freak est chic

L'ADN
Le 11 déc. 2017

Atteinte d’une maladie génétique, la jeune modèle américaine Melanie Gaydos a néanmoins imposé son « anormalité » dans le monde de la mode à force de rébellion contre la standardisation des images de soi.

Cet article est paru dans la revue 12 de L’ADN : Ordre et Chaos. A commander ici.


 

Atteinte de dysplasie ectodermique, une forme de mutation génétique, Melanie Gaydos a, pour le moins que l’on puisse dire, un physique atypique. Cette maladie est rare, imprévisible, déformante et douloureuse. Mais la jeune femme la supporte et la combat depuis sa naissance : « J’ai accepté ma condition, et de là vient mon succès. C’est comme ça ! Je suis née ainsi, et cela ne devait pas être autrement. Alors, je n’essaie pas de changer le cours des choses. J’essaie juste de trouver des façons de mieux vivre avec. Et cela ne veut pas dire changer mon apparence. Je cherche tout simplement ce qui est le plus pratique pour moi au quotidien », explique-t-elle. Elle a subi des dizaines d’interventions chirurgicales, a supporté le chaos de son corps et les malformations osseuses dues à sa pathologie. Un combat qui l’a dotée d’une ténacité hors norme.
Après avoir suivi des cours dans une école d’art, elle s’est lancée dans le monde de la mode il y a quelques années. « Je me suis toujours intéressée à l’expression de soi, et aux différentes voies qui la permettent. Le monde de la mode en fait partie ! » C’est en qualité de mannequin qu’elle a fait son entrée, non sans surprise, dans cette industrie aux codes esthétiques intransigeants, où les canons exigent un corps aux mesures stéréotypées et des traits glamours, forcément glamour. Malgré des débuts très contrastés avec les professionnels, Melanie Gaydos a imposé sa personnalité : « Au départ, les relations n’étaient pas très bonnes. J’ai fait le choix de ne travailler qu’avec des artistes qui voulaient se dépasser dans leur art, mais aussi pour eux-mêmes. Tous les autres artistes avec qui j’ai travaillé et qui n’étaient pas dans cette dynamique, n’étaient là que pour rigoler — ce qui est extrêmement choquant… Je m’intéresse à la postérité, et ce second type d’artistes n’y conduit pas. »
Avec d’autres modèles, elle veut montrer plus de diversité. Elle raconte : « Inciter un changement dans notre société, c’est plus important que tout pour moi. Je suis restée moi-même, et je ne fais pas attention aux standards que d’autres peuvent avoir. La vision des personnes avec qui je travaille m’aide à illustrer la mienne et, de cette façon, j’atteins à chaque fois de nouveaux publics. Je m’assure toujours que les résultats, un portrait par exemple, restent fidèles à ce que je suis, et à ce en quoi je crois. Ma personnalité a plusieurs facettes, et j’aime à croire qu’il y a autant de potentiel de création qu’il y a d’humains. »

Pour la sculpteuse et photographe polonaise Sylwia Makris, elle a réalisé une série de photos où elle pose avec Zombie Boy, le mannequin canadien recouvert de tatouages, ou encore Shaun Ross, premier albinos à avoir conquis les podiums. Cette artiste commente son œuvre, expliquant qu’elle cherche toujours à ce que ses clichés provoquent un impact réel sur le public. « Sylwia est une de mes photographes préférées et une amie de longue date. Comme elle, ma manière de penser est très différente, je me soucie peu de ce que les gens pensent. C’est audacieux de nos jours et cette audace peut être traduite de plusieurs façons. Mais faire ressentir quelque chose d’authentique à quelqu’un ne peut pas être totalement mauvais ! »

Du haut de ses 28 ans, elle posait cet été encore, androgyne, chauve, sans dents, pour les pages mode de revues telles que i-D. Elle défile désormais régulièrement à la Fashion Week new-yorkaise. « Je cherche simplement à aller de l’avant. J’essaie toujours de me lancer dans de nouvelles choses et des projets qui me parlent. J’aime être “le changement que j’aimerais voir dans le monde”. »
Comme Winnie Harlow, mannequin black atteinte de vitiligo, Melanie Gaydos fait désormais partie des icônes que s’arrachent les créateurs. Comme elle, elle participe à donner corps à cette fameuse et galvaudée notion de diversité. « Je suis toujours restée fidèle à ce que je suis. Mais j’aurais aimé être plus douce envers moi-même, m’accepter plus tôt. Plus jeune, j’étais têtue et j’avais gardé de mes expériences un goût amer, et peu d’amour. » À la question « Peut-on dire, d’une certaine façon, que vous avez apporté un peu de chaos dans tout cet ordre  ? », elle répond : « Oui, tout à fait ! J’ai toujours eu un esprit rebelle. Je me rappelle d’une citation, mais pas de son auteur, qui dit : “La rébellion est la forme de liberté la plus vraie.” »

À CONSULTER

melaniegaydos.tumblr.com

instagram.com/melaniegaydos


Un article signé Virginie Achouch.

L'ADN - Le 11 déc. 2017
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