Fille regardant la télé sous sa couette dans son canapé

Faire tomber la redevance audiovisuelle : pourquoi cette idée hante la présidentielle ?

© Julia Gerasina via Getty images

Plusieurs candidat·e·s à la présidentielle, dont Emmanuel Macron, annoncent vouloir faire disparaître la redevance audiovisuelle. Une menace pour l'audiovisuel public ? On fait le point sur les enjeux.

C’est une déclaration du président-candidat Emmanuel Macron qui a mis le feu aux poudres. En affichant son intention de se délester de la taxe sur l’audiovisuel public, Emmanuel Macron fait planer une menace sur le financement des médias publics. Et ravive le spectre d’un assèchement de tout l’écosystème, à l’image de ce qui se passe aujourd’hui au Royaume-Uni, où le premier ministre libéral Boris Johnson a annoncé geler la redevance audiovisuelle pour deux ans. Une mesure qui revient indirectement à couper les subsides de la BBC, la radio et télévision publique britannique, qui représente 75 % de son budget.

La redevance audiovisuelle, c’est quoi ?

On la connait en réalité sous le nom de contribution à l’audiovisuel public (CAP). Il s’agit d’une taxe destinée à financer le service public de l’information. En France, la contribution à l’audiovisuel public existe sous diverses formes depuis 1933. En 2020, 27,6 millions de foyers ont payé cette contribution d’un montant de 138 euros. Ce qui représente un budget de 3,2 milliards d’euros pour le financement de France Télévisions, Radio France, Arte, France Médias Monde et l’Institut national de l’audiovisuel (INA). La redevance télé représente à ce jour 82 % du budget de France Télévisions.

Pourquoi est-elle critiquée ?

Dans le contexte économique (et électoral) actuel, la redevance audiovisuelle est associée aux inquiétudes relatives au pouvoir d’achat. Certains dénoncent le fait que cette taxe s’applique unilatéralement à quiconque possède un téléviseur, sans considération de revenu. C’est en partie faux, puisque sur les 27,6 millions de foyers assujettis à la taxe, seuls 23 millions la payent effectivement. En 2020, l’État a ainsi compensé ces exonérations en « épongeant » les 600 000 euros manquants.

D’autres la jugent caduque à l’heure où l’information se consomme sur une multiplicité d’écrans (smartphone, tablettes…). De fait, cette taxe s’applique à quiconque possède un téléviseur, et un téléviseur seulement. Elle est donc liée à la possession d’un appareil, alors que la circulation de l’information est beaucoup plus liquide aujourd’hui.

Qui sont les candidat·e·s à l’élection présidentielle qui proposent de la supprimer ?

Avec cette proposition, Emmanuel Macron fait jeu égal avec Eric Zemmour, Marine Le Pen et Valérie Pécresse. Eric Zemmour annonce vouloir couper les vivres à l’audiovisuel public, cette « machine de propagande inouïe, au service d’une idéologie qui déteste la France. » Marine Le Pen avait cette proposition dans les cartons depuis 2017. Quant à Valérie Pécresse, elle a déclaré que la privatisation du service public de l’information n’était « pas un tabou ». Du côté de LREM, on temporise. Gabriel Attal signale qu’il ne « s’agit pas de supprimer le financement, mais l’outil ». Si le candidat-président est élu, la redevance audiovisuelle disparaitrait en même temps que la taxe d’habitation. La taxe serait remplacée par un budget voté tous les cinq ans.

Quelles sont les alternatives ?

Dans une tribune à Libération, l’économiste spécialiste des médias Julia Cagé s’inquiète de voir la contribution à l’audiovisuel public remplacée par un budget pluriannuel. Elle soulève d’une part qu’un budget, ça peut être revu à la baisse. De fait, celui alloué à France Télévisions a déjà été en partie amputé sous le quinquennat Macron. Par ailleurs, cette proposition conduit selon elle à « placer les présidentes de France Télévisions et de Radio France dans un état d’assujettissement au pouvoir politique ». Julia Cagé envisage deux manières de faire évoluer cette taxe, sans la supprimer. La première serait de l’élargir à tous les écrans en la remplaçant par un prélèvement de 0,25 % sur tous les revenus, sauf les plus faibles. La seconde serait de réintroduire de la progressivité, avec des taux allant de 0 % à 0,5 % en fonction des revenus. Deux outils différents, mais un objectif commun : faire en sorte que les alternatives proposées rapportent la même chose de manière à ne pas baisser le financement de l’information. Pour l’économiste, celle-ci est plus que jamais un bien public dont dépend la qualité de notre vie civique et de notre démocratie.

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