Jeune homme avec sa télécommande et TV, dans les tons jaunes

Faire tomber la redevance audiovisuelle : pourquoi cette mesure inquiète les médias publics ?

© Julia Gerasina via Getty images

Emmanuel Macron s'est engagé à faire disparaître la redevance audiovisuelle pour la remplacer par un nouveau mode de financement basé sur un budget pluriannuel. Une menace pour l'audiovisuel public ? On fait le point sur les enjeux.

C’est une idée qui a hanté la présidentielle et qui se trouvera au centre des discussions cet été. La suppression de la redevance audiovisuelle, ou contribution à l'audiovisuel public, est la promesse de campagne d'Emmanuel Macron qui met vent debout les médias publics. Mardi 28 juin, France Télévisions, Radio France, Arte et France 24 appelaient collectivement à la grève afin de défendre ce mode de financement, aujourd'hui menacé. Un mouvement de grève très suivi, signe de l'inquiétude qui règne dans les rédactions. La menace de cette suppression ravive en effet le spectre d’un assèchement de tout l’écosystème, à l’image de ce qui se passe aujourd’hui au Royaume-Uni, où le Premier ministre libéral Boris Johnson a annoncé geler la redevance audiovisuelle pour deux ans. Une mesure qui revient indirectement à couper les subsides de la BBC, la radio et télévision publique britannique, qui représente 75 % de son budget.

La redevance audiovisuelle, c’est quoi ?

On la connaît en réalité sous le nom de contribution à l’audiovisuel public (CAP). Il s’agit d’une taxe destinée à financer le service public de l’information. En France, la contribution à l’audiovisuel public existe sous diverses formes depuis 1933. En 2020, 27,6 millions de foyers ont payé cette contribution d’un montant de 138 euros. Ce qui représente un budget de 3,2 milliards d’euros pour le financement de France Télévisions, Radio France, Arte, France Médias Monde et l’Institut national de l’audiovisuel (INA). La redevance télé représente à ce jour 82 % du budget de France Télévisions.

Pourquoi est-elle critiquée ?

Dans le contexte économique actuel, la redevance audiovisuelle est associée aux inquiétudes relatives au pouvoir d’achat. Certains dénoncent le fait que cette taxe s’applique unilatéralement à quiconque possède un téléviseur, sans considération du revenu. C’est en partie faux, puisque sur les 27,6 millions de foyers assujettis à la taxe, seuls 23 millions la payent effectivement. En 2020, l’État a ainsi compensé ces exonérations en « épongeant » les 600 000 euros manquants.

D’autres la jugent caduque à l’heure où l’information se consomme sur une multiplicité d’écrans (smartphone, tablettes…). De fait, cette taxe s’applique à quiconque possède un téléviseur, et un téléviseur seulement. Elle est donc liée à la possession d’un appareil, alors que la circulation de l’information est beaucoup plus liquide aujourd’hui.

Que propose le gouvernement ?

La proposition du gouvernement est la suivante : la redevance audiovisuelle disparaîtrait en même temps que la taxe d’habitation et serait remplacée par un budget voté tous les cinq ans dans le cadre de la loi pluriannuelle des finances publiques. Invité de la matinale de France Inter mercredi 29 juin, Gabriel Attal tente de justifier cette décision. Impôt « daté », « injuste »  : le ministre de l'Action et des Comptes publics ne mâche pas ses mots, mais reste flou sur les propositions concrètes pour remplacer cette taxe emblématique. En guise de réponse aux inquiétudes formulées par les principaux médias publics en grève, il évoque « des garanties de visibilité et d’indépendance sur le budget du service public », sans préciser lesquelles. Une imprécision qui inquiète les défenseurs de ce mode de financement des médias publics. Certains soulignent que le choix d'enterrer cet impôt sans le réformer est brutal. D'autres s'inquiètent de l'absence de précision quant aux arbitrages gouvernementaux à venir.

Quelles sont les alternatives au mode de financement actuel ?

Dans une tribune à Libération datée du mois de mars 2022, l’économiste spécialiste des médias Julia Cagé s’inquiétait de voir la contribution à l’audiovisuel public remplacée par un budget pluriannuel. Principalement parce qu’un budget peut être revu à la baisse, à la discrétion du gouvernement en place. De fait, celui alloué à France Télévisions a déjà été en partie amputé sous le quinquennat Macron. Par ailleurs, cette proposition conduit selon elle à « placer les présidentes de France Télévisions et de Radio France dans un état d’assujettissement au pouvoir politique ». Julia Cagé envisage deux manières de faire évoluer cette taxe, sans la supprimer. La première serait de l’élargir à tous les écrans en la remplaçant par un prélèvement de 0,25 % sur tous les revenus, sauf les plus faibles. La seconde serait de réintroduire de la progressivité, avec des taux allant de 0 % à 0,5 % en fonction des revenus. Deux outils différents, mais un objectif commun : faire en sorte que les alternatives proposées rapportent la même chose de manière à ne pas baisser le financement de l’information. Pour l’économiste, celle-ci est plus que jamais un bien public dont dépend la qualité de notre vie civique et de notre démocratie.

Article mis à jour le 29 juin 2022

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