Une jeune femme voilée avec des cafés yéménites

Yemeni coffee : La guerre oubliée qui finit en trend TikTok

© @mokacocoffee @mayar_elhamaky @mkefoodie414

Une diaspora qui fuit la guerre. Une GenZ qui cherche un goût d'ailleurs. Ils se croisent dans des coffee shops du Michigan et ça finit en trend sur TikTok.

Dearborn, Michigan, 2015. Des familles yéménites fuient une guerre dont tout le monde se fout. Dix ans plus tard, leurs coffee shops font des millions de vues sur TikTok et le qishr, café de coques séchées au soleil, brassé selon un rituel du XVe siècle, est devenu la boisson tendance de la GenZ américaine.

La guerre et cent coffee shops

Trente marques différentes de cafés yéménites opèrent aujourd'hui aux États-Unis. Qahwah House aura 100 adresses d'ici 2027. Haraz a 167 sites en développement. Tout est parti de Dearborn, dans le Michigan. La ville accueille la plus grande communauté de Yéménites hors Yémen. Elle s'est installée là, dans les années 1920, autour des usines Ford et depuis 2015, quand la guerre civile a éclaté, l'exode s'est accéléré.

Les coffee shops yéménites cochent toutes les cases de la catégorie et le café ancestral est mixé avec des laits végétaux et des pépites de chocolat. Mais côté entrepreneurs, ces lieux sont conçus comme des ambassades culturelles. Ibrahim Alhasbani a fondé Qahwah House en 2017. Son rêve : « Je veux partager la culture. Je veux partager le café. Je veux partager l'histoire. » Et pour les Yéménites, cela fait sens. La famille de Mokhtar Alkhanshali vit encore à Sanaa, capitale du Yemen, sous les bombes américaines depuis le retour de Trump aux affaires : « Je suis vraiment émue quand j'entre dans ces cafés et que je vois le café yéménite devenir populaire. » Pour la communauté, chaque tasse évoque une terre, des amis et leurs drames.

Deux solitudes autour d'une tasse

Sur TikTok, les conflits qui ensanglantent le Yemen ne sont le sujet, mais les récits de découverte du Yemeni coffee cartonnent. Des milliers de vidéos qui racontent des premières fois : « Ce n'est pas un café comme les autres. J'ai goûté pour la première fois au café yéménite et j'en suis légèrement accro. » La communauté yéménite a nommé le phénomène via un tag autonome, "White People Try Yemeni Coffee".

Étrange collision pour la world food avec cette rencontre improbable de deux réalités. D'un côté une diaspora qui lance un business en mode survie, témoins d'une guerre oubliée. De l'autre, une génération qui cherche à trouver dans leur rituel du café un goût d'ailleurs, qui donnent l'impression de pousser les frontières. Quelque chose se passe, comme la rencontre de deux solitudes.

Béatrice Sutter

J'ai une passion - prendre le pouls de l'époque - et deux amours - le numérique et la transition écologique. Je dirige la rédaction de L'ADN depuis sa création : une course de fond, un sprint - un job palpitant.

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